mardi 26 juin 2018

Exhumons Exuma (2) : Do Wah Nanny (1970)

Cette fois, on entre dans le vif du sujet avec le troisième album d'Exuma, le troisième de l'année 1970 aussi! Tony McKay vient de quitter Mercury pour Buddah et ça marche pour lui du tonnerre de dieu, en 1970. Avec Exuma, le caranaval n'est jamais vraiment loin, sauf que ce n'est pas forcément le côté aseptisé de la chose qui apparait. Voyez donc avec le titre éponyme :


On arrête un peu les sifflets et on ralentit le rythme avec une ballade stellaire :


Enfin le morceau le plus perché, un peu comme une chanson de Bowie ou de Scott Walker plongée dans un bayou de fantasmes futuristes. Utopie ou dystopie? Au XXIIe siècle, "il n'y aura plus d'oxygène, les hommes et les femmes auront perdu leur cheveux, visages couleur de cendre, jambes debout sans plus de corps, fantômes et gobelins traverseront le pays, et alors aujourd'hui deviendra hier et hier une éternité..." 


Le morceau a tellement plus à Nina Simone qu'elle l'a immédiatement repris dès l'année suivante et il est peut-être encore mieux.


Et puis, en bonus, allez, le morceau de Scott Walker qui me démange depuis toute à l'heure. On s'éloigne (et on va même jusqu'au XXXe sicèle) mais comme le génie est tout pur ici, vous me pardonnerez peut-être mon absence de concision :




dimanche 24 juin 2018

Exhumons Exuma (1) : Life (1973)

Tony McKay vient des Bahamas et s'installe d'abord à New-York dans les 60's, puis à La Nouvelle-Orléans. Il a inventé une curieuse musique dans les années 70, mêlant folk, rock, psychédélisme, avec des genres caribéens (calypso, junkanoo, mento,etc.) le tout sous forte influence de la musique du bayou telle que Dr John venait de la réinventer. Parmi ses albums majeurs des 70's, commençons en douceur par le dernier, Life, un des plus faciles d'accès avec ses multiples reprises. Nous sommes en 1973 et Exuma écoute beaucoup les Stones qu'il n'hésite pas à repeindre en noir :


L'album compte aussi une reprise de "Iko Iko", morceau fétiche de la Cellule, qu'on ne peut pas décemment laisser passer sans vous proposer d'y jeter une oreille :

Et puis voici une adaptation en roue libre de "Love Is Strange", pour vous familiariser avec la voix éraillée d'Exuma et ses envolées mystico-barrés : 




vendredi 22 juin 2018

Calypso avec accordéon aux Bermudes : les Talbot Brothers

Perdues au milieu de l'Atlantique, les Bermudes sont surtout connues par une figure géométrique associée à des disparitions inexpliquées et par un short local, porté d'abord par les policiers britanniques avant de coloniser vos guibolles, messieurs. Mais pour la Cellule c'est bien sûr le calypso de l'archipel qui mérite le détour. Acclimaté dans les années 40, le genre trinidéen est devenu comme aux Bahamas la musique des grands hôtels pour touristes américains. Les Talbot Brothers en devinrent  les emblèmes et leur adaptation avec accordéon et "doghouse", du nom de la sorte de contrebasse inventée par Roy Talbot, est un vrai enchantement plein de douceur, avec une pointe de mélancolie tropicale. Essayez donc d'abord une chanson, si vous avez une appréhension avant de vous jeter à l'eau. Par exemple, celle-ci :


Vous n'hésiterez sans doute pas longtemps avant de vous infuser l'album en intégralité, en vous préparant le cocktail approprié :
 
 
L'agence de voyage vous propose en outre de prolonger un peu le séjour avec l'immanquable Jonathan Richman :



mardi 19 juin 2018

Quand les flèches vertes se fichent dans votre coeur (Zimbabwe 70's)

Le premier grand groupe zimbabwéen des seventies est sans conteste les Green Arrows, qui fusionnent toute la richesse rythmique de la musique de Rhodésie avec la modernité la plus pointue du moment. Le jubilatoire résultat est connu sous le nom de "wah-wah music", vocable ultimement bien adapté car si la "wah-wah", c'est d'abord le nom local de la bière, les Green Arrows sont aussi des as de la pédale d'effet. Voyez avec :


La chanson est tirée de leur premier album, le premier jamais enregistré au Zimbabwe! Les deux autres que nous vous proposons sont issus de singles de la deuxième moitié des seventies. Imparable!


 et Nyoka Yendara :







samedi 16 juin 2018

Explosion garage dans le cône austral : Los Gatos Salvajes, Los Beat 4 et Los Tennyson

Comme la plupart des groupes beat du monde, les chiliens de Los Beat 4 passent beaucoup trop de temps à soigner leur allure. On leur pardonne parce que leurs morceaux de 1968 balancent exactement l' énergie dont on avait besoin aujourd'hui. Faîtes comme nous, suivons-les sur leur île solitaire :


De l'autre côté des Andes, c'est en 1965 que les Chats Sauvages locaux impriment leur marque au garage argentin. Donde vas? On ne sait plus très bien...


Grimpons maintenant sur les hautes terres boliviennes pour faire la rencontre des Tennyson qui ajoutent une touche psychédélique à notre périple du jour et aussi énergie plus déterminée, il faut bien le dire.


Les Trois titres sont issus de la formidable compil " 60's Latinos Nuggets" que vous trouverez sur le blog Radio Gwreg, que l'on salue bien bas.


vendredi 15 juin 2018

Les aveugles lumineux du Zimbabwe : le jit-jive du Jairos Jiri Band



Encore un peu de jit sur la Cellule! Quesako le jit, nous demandez-vous? C'est un générique qui a fini par désigner tout un pan de la musique pop du Zimbabwe et donc vos feuilles, à l'instar de celles de M. Jourdain, ont commencé depuis déjà un petit moment à se familiariser avec le jit-jive sans le savoir. 

Le morceau génial du jour est interprété par le Jairos Jiri Kwela Band (pas mal de variantes du nom existent aussi). Jairo Jiri était un philanthrope qui avait créé un certain nombre de centres pour venir en aide aux handicapés du Zimbabwe, tout particulièrement aux aveugles. Dans une grande tradition illustrée par nombre de groupes de blues ou de gospel - on pense aussi aux célèbres Amadou et Mariam - , l'orchestre de l'institution est composé de brillants musiciens aveugles. Paul Matavire est à la tête du groupe. Nous sommes en 1984 et la chanson a donné cette année-là son nom à une compilation que vous retrouverez sur Likembe. Elle est elle-même soutenue par un rythme imparable et tirée dans tous les sens par l'intervention d'instruments dont on ignore tout. Énergie communicative et bizarreries jubilatoires au programme.


 En bonus, une interview de Paul Matavire avec des bouts de concert que vous pouvez voir ici.






jeudi 14 juin 2018

Suspendu à un fil : Un tour en Afrique australe au temps du garage rock.



Partie d'Angleterre, prenant un nouvel élan aux States, la vague garage rock n'a pas tardé à déferler sur le monde entier. Dans le cône australe du continent noir, c'est naturellement l'Afrique du Sud reliée à l'anglosphère qui lui a servi de tête de pont. Si personne ne sera vraiment étonné de voir émerger un garage sud-africain, l'existence d'un garage mozambicain ou angolais est sans doute moins évidente. La Cellule vous propose aujourd'hui un parcours à travers les nuggets africaines réunies sur la compil Cazumbi (vol. 1).

Commençons avec de vieilles connaissances du blog, le Conjunto de Oliveira Muge, groupe mozambicain que nous avons déjà présenté ici, qui reprenden 1967 un grand classique. "I Had To Much To Dream Last Night" des Electric Prunes devient "Sospesa Ad Un Filo" sans perdre un poil de son inquiétante étrangeté :


L'étape suivante nous amène en Afrique du Sud, où des jeunes gens ont choisi un nom de groupe particulièrement peu distinctif. On ne sait rien ou presque des Them sud-africain mais ils ne manquent pas d'énergie et vous racontent une histoire triste de ruine financière :


Passons enfin en Angola où sévissent les excellents Os Gambuzinos qu'on aime tant qu'on vous offre à la fois Aida (peut-être de 1969) :


Et Kalumba qui date de 1972 :







lundi 11 juin 2018

Les classiques : Skokiaan

Prolongeons donc notre séjour à Bulawayo, qui avec "Pata Pata" et "Skokiaan" a offert deux tubes intercontinentaux à la planète, ce qui, à vue de nez, place la ville devant Pékin, New Delhi et peut-être même Genève ou Périgueux...

Skokiaan, donc, est un instrumental dû au saxophoniste August Musarurwa et à son combo l'African Dance Band of the Cold Storage Commission of Southern Rhodesia. Le nom de la chanson est tiré d'un tord-boyau de contrebande, à base de farine de maïs et de levure. Le premier enregistrement de la chanson daterait de 1947, et le disque a peut-être été ensuite gravé vers 1950, mais la chronologie est ici très incertaine. Ce qui est sûr, c'est que la chanson va bientôt être célèbre sur toute la planète, où elle est attribuée désormais au Bulawayo Sweet Rhythms, ce qui est tout de même plus facile à retenir. Il s'agit cependant bien des mêmes musiciens sous un nouveau nom.

En 1954, on compte déjà dix-neuf reprises et aujourd'hui il y en a sans doute plus d'une centaine. Skokiaan a vite des versions mento, merengue, ska ou mambo. On l'adapte dans plus de dix-sept pays : de la Finlande à Trinidad. Des orchestres à cordes ou des steel band s'en emparent. Des pointures comme Bill Haley, Roland Alphonso, Perez Prado ou Alix Combelle (et oui, Alix Combelle aussi) ne laissent pas passer l'occasion et proposent leur version. Voici une petite sélection de reprises concoctée par la Cellule. De quoi vous entêter pour la journée.

Impossible de ne pas commencer par la version de Louis Amstrong (1954). A tout seigneur tout honneur. Aucun doute qu'il était une des influences principales d'August Musararwu et ce fut sans doute un retour des choses plutôt satisfaisant pour le musicien de Bulawayo que cette reprise. Une des meilleures! Louis Amstrong tiendra d'ailleurs à rencontrer Musararwu en 1960 durant sa tournée africaine.

 

Pour rester au rayon jazz, signalons la très bonne version du grand arrangeur Oliver Nelson et ne négligeons pas celle de Johnny Hodges (1954), avec le jeune John Coltrane dans un coin :


Passons maintenant aux choses plus discutables avec le groupe canadien des Four Lads, qui porteront la chanson plus haut dans les charts que personne d'autres. Nous sommes toujours en 1954. Ce n'est pas que leur version manque d'énergie ni même d'un côté jubilatoire mais cette Afrique de pacotille qu'ils associent à Skokiaan est tout de même rudement toc. Mais peut-être aurez-vous un pressentiment de l'enfer si vous apprenez que leur reprise était jouée toute la sainte journée sur le parking du parc d'animation Africa USA Park, sis à Boca Raton en Floride? Je ne sais combien ils ont pu lessiver de gardes avec ce traitement inhumain mais, moi, je n'aurais jamais pu résister une seule semaine sans devenir zinzin.


Encore un peu de bizarrerie avec la version d'Hot Butter en 1973, qui vaut son pesant de cacahuètes :


Petit pas de côté avec Tommy McCook et les Skatalites, dont le magnifique Dynamite paraît sous influence de Skokiaan même si ce n'est pas vraiment une reprise (les images viennent du documentaire légendaire "Deep Roots Music" diffusé en 1983) :


Enfin retour à La Nouvelle-Orléans avec Kermitt Ruffins et sa version brass band d'une parfaite évidence (c'est la version de l'excellente série Treme, durant la première saison en 2010) :





dimanche 10 juin 2018

Jazz à Bulawayo : August Musaruwa vous ouvre la chambre froide aux trésors



Nous sommes au tournant des années 50, mais ce n'est pas l'éclosion du be-bop qui obsède les jazzeux de Bulawayo, le cœur économique de la Rhodésie du Sud. Finalement La Nouvelle-Orléans est bien plus proche des townships de la ville industrielle du futur Zimbabwe que New-York et tout le clinquant de sa modernité, comme vous vous en apercevrez sans peine avec ce premier morceau du Los Angeles Orchestra :


Cependant la figure centrale de la scène locale est le saxophoniste August Musarurwa qui dirige un groupe au nom long comme un trombone (prenez votre souffle) : il s'agit du African Dance Band of the Cold Storage Commission of Southern Rhodesia. Et de cette chambre froide va sortir une des musiques les plus chaudes du début de années 50 que nous vous présentons d'abord avec ce morceau :


Le jazz de Bulawayo comme son grand-cousin tutélaire originaire de la ville du Croissant se mâtine facilement d'influences cubaines. Tout d'un coup, des fourmis vous cavalcadent dans les guibolles et vous avez irrépressiblement envie de défiler pour ce carnaval imprévu d'Afrique australe :


Et maintenant que vous êtes en jambes, vous êtes peut-être prêts à faire aussi fonctionner vos éninges et à vous souvenir qu'en fait vous connaissiez depuis longtemps August Musaruwa et son African Dance Band of the Cold Storage Commission of Southern Rhodesia parce que ce sont les auteurs d'un hit interplanétaire Skokiaan, dont nous reparlerons au plus vite, mais que nous vous mettons d'ores et déjà entre les feuilles. Ce premier enregistrement serait de 1947 mais rien n'est sûr :


On vous conseille chaudement la compilation Bulawayo Jazz, sur le label SWP Records, dont sont issus tous les titres de ce post.

vendredi 8 juin 2018

La musique mal rangée : La country gospel du Zimbabwe

Tarira Nguva est le premier single de The Family Singers groupe de gospel du Zimbabwe et ce 45T est furieusement country. C'est Likembe qui nous permet de vous transmettre ces invraisemblables amabilités :


mardi 5 juin 2018

Les pinceaux du rocks : TVP's (2) et le pop art maigre.

Personne, peut-être, n'a laissé tomber les noms de peintres avec plus de conviction que Dan Treacy. Sur son deuxième album, en 1982,  le serial name dropper s'attaque à Roy Lichtenstein, l'îcone du pop art. Le prétexte est mince : Dan Treacy a rencontré une fille qui ressemble selon lui, à The Sleeping Girl. Soit. Reste un morceau asthmatique, toujours au bord de l'apoplexie. 



lundi 4 juin 2018

Dorothy Masuka : la diva jazzy du Zimbabwe

Dorothy Makusa est l'étoile filante de la musique du Zimbabwe. Elle est originaire de Bulawayo, la deuxième ville du pays, connue pour la vigueur de sa scène jazz mais, en vérité, ses débuts se font plutôt dans le grand pays voisin de la Rhodésie (nous sommes avant l'indépendance) : l'Afrique du Sud. A 18 ans, Dorothy est déjà une star reconnue pour son tube "Hamba Notsokolo". Elle se lie aussi rapidement avec Miriam Makeba, pour qui elle écrit "Pata Pata". Cependant, ses positions politiques ne tardent pas à rendre son séjour impossible dans le pays de l'apartheid et elle doit s'exiler pour de nombreuses années. C'est à Londres qu'elle enregistre en 1959 les deux faces de ce délicieux 45 T que la Cellule vous met aujourd'hui entre les oreilles.

On les trouve sur le volume 4 des inépuisables compilations "London is the place for me".


samedi 2 juin 2018

Le programme spatial égyptien



Les spécialistes de l'aérospatiale connaissent l'étonnante histoire de l'aventure des fusées libanaises mais il y a plus méconnu : le programme spatial égyptien. Délaissant les méthodes des superpuissances avec lesquelles il serait vain de rivaliser, Omar Khorshid leur préfère la puissance non alignée de la guitare électrique. Figure centrale de la musique égyptienne et libanaise, Omar Khorshid nous envoie directement en orbite avec Guitar El Chark, la guitare de l'orient.


La clique beat en Italie : le plein d'énergie!

Quatre petits quarante-cinq tours entre 1964 et 1965, et puis s'en vont. La discographie de La Cricca, "la clique", est expéditivement courte (La Nuova Cricca ne durera guère plus...). Oui, mais c'est un concentré d'énergie ultra-efficace, l'expression de l'éruption adolescente sans aucun filtre. Un peu comme les Tammys italiens!


Un poil de surf :


Et n'hésitez pas à quitter vos godasses (Patti Smith vous dirait la même chose) :


Okay, okay, la face B aussi, puisque vous insistez :


Délicieuse et très parfaitement inconnue, la musique de l'île de Tortola



En 1982, l’ethnomusicologue John Storm Roberts et sa compagne Anne Needham décident de passer leurs vacances dans les îles Vierges britanniques. Ils n'oublient pas de prendre du matériel d'enregistrement et reviennent de ces minuscules îlots avec de merveilleuses bandes sur lesquelles on trouve une musique que personne ne s'était jamais donné la peine d'enregistrer jusque-là. Le calypso de Tortola est d'une douceur exquise. Tout le monde est amateur ici. Le groupe s'appelle les Sparkplugs. Ils accompagnent d'abord Alex Cameron qui chante une bien vieille histoire liée à la contrebande d'alccol généralisée dans les Antilles à l'époque de la prohibition américaine.


C'est ensuite Elmore Stoutt qui prend le micro pour votre enchantement avec :


Enfin, c'est pour votre pur ébahissement qu'Alex Cameron revient avec une chorale de poche pour une adaptation a capella incroyable de la plus célèbre des chansons à boire allemande :