lundi 17 septembre 2018

Uruguay : la grande délicatesse d'El Kinto (1968-1969)


En 1965, à Montevideo, ce n'est pas tellement différent de partout ailleurs : il y a des jeunes gens dont l'idée principale est de reprendre les chansons des Beatles. Ils s'appellent par exemple les Hitfingers, Los Malditos ou The Knights selon l'évolution de leurs formations. On organise des Conciertos Beat et le club de l'Orfeo Negro tourne à plein régime. En 1967, les jeunes gens prennent le nom d'El Kinto. Le candombe local fournit une touche très particulière, l'influence brésilienne tropicaliste est manifeste et chanter en espagnol est un choix excellent mais qui ne va pas de soi. Les cinq membres initiaux d'El Kinto sont Walter Cambón, Rubén Rada, Luis Sosa Antonio «Lobito» Lagarde et Eduardo Mateo (dont on reparlera). Ils ont produits quelques-unes des chansons pop les plus délicates de l'époque. Écoutez donc d'abord "Principe Azul", petit conte lunaire à souhait, grignoté par les souris du rêve :


Puis laissez-vous envahir par le mouvement sans fin de l'écume des vagues avec "Suena Blanca Espuma", qui se range immédiatement parmi les sommets de notre série "mélancolie de plage" :


On laisse le groupe reprendre sa place, s'installer de nouveau et on termine aujourd'hui avec "Don Pascual", un petit joyaux que vous n'oublierez pas de sitôt :





mercredi 5 septembre 2018

Rester encore un peu à Nassau avec Charlie Adamson




C'est un fait, la Cellule rechigne cette année à se mettre en ordre de rentrée... Pourquoi plutôt ne pas traîner encore un peu sur les plages de Nassau. Souvenez-vous. Nous sommes dans les années 50 et dès que vous faites un pas hors la chambre de l'hôtel, il y a un guitariste génial qui vous invite à remuer votre nombril au son du goombay. Quand c'est Charlie Adamson, vous cessez bien raisonnablement toute inutile résistance.

lundi 3 septembre 2018

Encore un tour aux Bahamas avec les frères Percentie

C'est la rentrée mais pas pour tout le monde. La Cellule préfère se prélasser encore un peu à la plage et vous invite à l'imiter en regardant passer les splendides Bahaméennes célébrées par les frères Percentie.



samedi 1 septembre 2018

Les classiques : The Cheik of Araby (1921-2011)

Au début, il y a un film muet à grand succès : The Sheik, avec Rudolph Valentino comme star principale. Dans l'année (1921), Harry B. Smith, Francis Wheeler, et Ted Snyder s'en inspirent et composent le morceau que le Club Royal Orchestra dirigé par Clyde Doerr enregistre à New-York au mois de novembre. 


Il ne tarde pas à devenir un standard repris par Duke Ellington, Django Reinhardt, les deux Fats, Weller et Domino, Louis Prima, Louis Amstrong, Spike Jones, Champion Jack Dupree, les Everly Brothers ou même les Beatles, pour n'en citer que quelques-uns. En 1976, le délicieux Leon Redbone le fait figurer sur son deuxième album et c'est sans doute ce qui a donné l'idée aux producteurs de la magnifique série Boardwalk Empire de lui demander de leur en refaire une version ad hoc. Et c'est cette version que je me repasse en boucle aujourd'hui pour célébrer l'arrivée du mois de septembre :


jeudi 23 août 2018

Les classiques : Cabral de l'Orchestra Baobab (1978)

L'Orchestra Baobab vient de quitter le club qui lui a donné son nom pour rejoindre celui du Jandeer, bouleversant le centre de gravité des nuits de Dakar. Il y enregistre rapidement un de ses plus grands albums (paru en 1978) au centre duquel brille un des boleros les plus extraordinaires que je connaisse : Cabral. Le morceau est un hommage au leader révolutionnaire bissau-guineén, Amilcar Cabral, mort en 1973. La mélancolie de la chanson lusophone et les splendeurs cuivrées de la musique afro-cubaine se sont données rendez-vous sur ce morceau qui n'est pas prêt de quitter votre mémoire si vous l'y laisser un jour rentrer.

 



Avis d'agitation au poulailler : Hasil Adkins

Avis de grand vent au poulailler aujourd'hui. C'est Hasil Adkins qui mène la danse et (vous vous en doutez) ce n'est pas le jour d'essayer ses dentelles. Tentez plutôt le "Chicken Twist" pour vous dérouiller les articulations.


PS : J'ai trouvé la photo sur un blog proposant une playlist très gallinacée qu'on aimerait bien pouvoir écouter en dépits des restrictions légales... C'est ici :
https://acrocollective.net/2015/05/02/rb-blues-chicken-playlist-big-sound/

lundi 6 août 2018

Tout en haut, là-haut sur le toit.

On ne voit ça que sur la Planèze de Saint-Flour, ces quilles de pierre sur les cheminées de ferme qui tendent leur doigt vers le ciel. Et parmi elles, il y en a une plus singulière. C'est une poule qui a été sculptée tout en haut, la-haut sur un toit de Tanavelle. Mais dérivons à peine et suivons ce fameux groupe de doo-woop qui nous invite à fuir les embarras du monde et à nous placer à notre tour là-haut, tout en haut sur le toit. La journée commence bien.



samedi 4 août 2018

Quelques doutes sur la musique des sphères : Delphine Dora (2018)

Je dois dire que je suis dubitatif. Franchement, je me demande bien si la poésie de Kathleen Raine (1908-2003) a quelque chose à me dire. Il y a chez elle un fond de mysticisme spiritualiste dont je ne vois pas bien que faire. N'empêche que je me suis laissé prendre par l'adaptation de certains de ses textes par Delphine Dora sur Eudaimon, disque sorti au début de l'année (voir ici). Réincarnation ? Il semblerait que Nico se soit finalement installée sur la Planèze de Saint-Flour et qu'elle se soit laissée tenter par le syncrétisme savant d'une poétesse anglaise d'un cosmique exagéré. Voilà un morceau :


Et voici le poème :

Et un autre morceau :


jeudi 2 août 2018

Matin difficile : Billy Briggs (1951)


Boogie asthmatique aujourd'hui avec ce morceau de Billy Briggs qui règle ses comptes avec son réveil-matin, cette bombe à retardement quotidienne...


mercredi 1 août 2018

Le poulailler en émoi : Rosco Gordon

Nous sommes à Memphis en 1955 et il y a ce pianiste, Rosco Gordon, un des pionniers du rock'n'roll qui a décidé de faire du coq son emblème qu'il se colle si possible sur l'épaule. Il vous invite immédiatement à essayer avec lui la danse spéciale des gallinacés.


Le film "Rock It, Baby" a d'ailleurs immortalisé en 1957 un gig où le coq est bien sur le piano. Regardez comme il est majestueux et fier :


Mais vous avez aussi sans doute remarqué quelque chose de spécial ; oui cette syncope qui déplace le rythme classique du rhythm'and'blues (tout comme Professor Longhair à La Nouvelle-Orléans). Vous avez là une des origines du ska jamaïquain qui s'invente aussi donc dans les studios Sun de Sam Phillips. On vous en remet une pour la route (mais sans zoziaux cette fois-ci), c'est "Booted" (1951), et c'est aussi ma préférée :





samedi 28 juillet 2018

Ma vie sans moi (14) : Si un jour j'ai besoin de toi


C'est un morceau sublime avec pour sujet l'asymétrie amoureuse. Et c'est aussi le repère ultime pour vérifier si vous n'êtes pas une pierre...




mercredi 25 juillet 2018

Ma vie sans moi (13) : halluciner l'été


Je ne l'ai pas écoutée beaucoup de fois l'été dernier et pourtant elle me revenait toujours en tête, cette chanson hallucinée d’Étienne Daho, et avec toujours le même effet de vertige.

Quelques mots de Manuel Anceau relevés aujourd'hui dans une plaquette de 1995 font étrangement écho à cette vibration singulière :

"Seul. Poids sur les cils de tout ce qui a été vu. Poids sur le cœur de ton ce qui a été entrevu.

Solitude, ton nom est en été un anneau de plus autour de la tringle du vide.

Si pour l’amour, il me fallait vous dire la saison idéale je vous répondrais : mais l’été voyons ; ceci comme une évidence ; maintenant, je vous dis comme une autre évidence ; pour être seul, jamais, au grand jamais ne choisissez l’été. Pic du midi, ta neige est métaphoriquement amoureuse.

En été, les torrents eux-mêmes donnent la tétée au veau de la chaleur." 

(extraits de : Enchantements II et III)

lundi 16 juillet 2018

Californitalie : les corvidés sont un peu rogues aujourd'hui (1965/1966)



Aujourd'hui, journée de reprise. Ce sera donc d'abord l'originale créée par les Brogues en 1965, du côté de la Californie, puis l'imparable version des Corvi l'année suivante. N'épiloguons pas plus longtemps : sur le devant de la scène, il y a des merveilleux travailleurs (qui doutent d'eux-mêmes) et aussi des garçons des rues.




dimanche 15 juillet 2018

Mickey Lee Lane (1965) : ça déménage !

Oui, à coup sûr, son sourire n'est guère plus rassurant que celui d'un piranha mais Mickey Lee Lane  n'en a pas moins laissé derrière lui quelques merveilles (pour en savoir un peu plus, c'est ici). Comme il était aussi producteur et musicien versatile, il a lui-même enregistré ses quelques tubes et c'est aussi lui qui joue de tous les instruments dessus comme, par exemple, sur "Hey Sha-Lo-Ney", le morceau de soul foutrement puissant que la Cellule vous offre aujourd'hui :



lundi 9 juillet 2018

Les 40e rugissants du mélodrame : Jimmy Ruffin (1966) et Jean-Christophe Réhel

Prenez votre courage à deux mains aujourd'hui et franchissez les 40e rugissants du mélodrame avec la Cellule et un classique absolu de la soul, une tempête sentimentale déchainée pour vous dans les studios de la Motown tout spécialement spectorisés. Le morceau n'est peut-être pas une découverte pour vous mais pourquoi ne servirait-il pas de bande-son à la lecture d'un poème bouleversant?


D'ailleurs ça tombe bien, pour le poème j'ai aussi une idée. Je vous propose un texte tiré d'un magnifique ouvrage édité par les non moins magnifiques éditions de L'Oie de Cravan, La fatigue des fruits de Jean-Christophe Réhe. Accrochez-vous, ça tangue aussi pas mal :

j'ai appris
à bien pleurer
je te le jure
j'ai compris l'importance
de marcher lentement pour mieux tomber
dans les plus belles craques du trottoir
j'ai appris à ne pas t'oublier
je te le jure
je ne veux pas t'oublier
mais je pleure je ne vois rien
je monte les marches en pleurant
je fais craquer l'escalier
j'élabore une longue stratégie
pour limiter le bruit des escaliers
vois-tu
le bruit des escaliers me suit depuis l'âge de quatre ans
le bruit des escaliers me suit quand je dors sur le dos
c'est une malédiction
je pleure je ne te vois plus
je pleure pour mieux te voir
tu ressembles à une pluie
à une belle averse
tu es cette pluie qui visse
les pôles à rideaux de mon appartement
une pluie qui a un coffre à outils
avec une drill et un marteau et tout ça
et moi je n'ai rien
je possède beaucoup d'avions de tintin
et c'est tout
je sais justement comment pleurer
avec une méthode précise
et je ne te vois plus
je t'entends visser
quelque chose dans le mur
j'ai peur de me perdre
dans l'un des trous que tu fais dans le mur
et je comprends que je suis déjà dans le mur
et que les trous me permettent de mieux respirer
et il n'y a pas assez de trous
et il n'y a jamais assez de trous
je te le jure
je ne veux pas t'oublier
je suis là regarde
je suis caché là quelque part dans tes cheveux
je suis un ours dans tes cheveux qui respirent fort
un ours qui respire trop fort
et qui fait semblant de savoir
comment une drill fonctionne.

samedi 7 juillet 2018

Le Boléro ultime de l'Orchestre Volta Jazz

Nous sommes à Bobo-Dioulasso. Peut-être en 1977, mais il n'y a pas de date sur le 45T. L'Orchestre Volta Jazz joue pour vous le boléro le plus bouleversant. Faut-il vraiment dire quelque chose de plus?




mardi 26 juin 2018

Exhumons Exuma (2) : Do Wah Nanny (1970)

Cette fois, on entre dans le vif du sujet avec le troisième album d'Exuma, le troisième de l'année 1970 aussi! Tony McKay vient de quitter Mercury pour Buddah et ça marche pour lui du tonnerre de dieu, en 1970. Avec Exuma, le caranaval n'est jamais vraiment loin, sauf que ce n'est pas forcément le côté aseptisé de la chose qui apparait. Voyez donc avec le titre éponyme :


On arrête un peu les sifflets et on ralentit le rythme avec une ballade stellaire :


Enfin le morceau le plus perché, un peu comme une chanson de Bowie ou de Scott Walker plongée dans un bayou de fantasmes futuristes. Utopie ou dystopie? Au XXIIe siècle, "il n'y aura plus d'oxygène, les hommes et les femmes auront perdu leur cheveux, visages couleur de cendre, jambes debout sans plus de corps, fantômes et gobelins traverseront le pays, et alors aujourd'hui deviendra hier et hier une éternité..." 


Le morceau a tellement plus à Nina Simone qu'elle l'a immédiatement repris dès l'année suivante et il est peut-être encore mieux.


Et puis, en bonus, allez, le morceau de Scott Walker qui me démange depuis toute à l'heure. On s'éloigne (et on va même jusqu'au XXXe sicèle) mais comme le génie est tout pur ici, vous me pardonnerez peut-être mon absence de concision :




dimanche 24 juin 2018

Exhumons Exuma (1) : Life (1973)

Tony McKay vient des Bahamas et s'installe d'abord à New-York dans les 60's, puis à La Nouvelle-Orléans. Il a inventé une curieuse musique dans les années 70, mêlant folk, rock, psychédélisme, avec des genres caribéens (calypso, junkanoo, mento,etc.) le tout sous forte influence de la musique du bayou telle que Dr John venait de la réinventer. Parmi ses albums majeurs des 70's, commençons en douceur par le dernier, Life, un des plus faciles d'accès avec ses multiples reprises. Nous sommes en 1973 et Exuma écoute beaucoup les Stones qu'il n'hésite pas à repeindre en noir :


L'album compte aussi une reprise de "Iko Iko", morceau fétiche de la Cellule, qu'on ne peut pas décemment laisser passer sans vous proposer d'y jeter une oreille :

Et puis voici une adaptation en roue libre de "Love Is Strange", pour vous familiariser avec la voix éraillée d'Exuma et ses envolées mystico-barrés : 




vendredi 22 juin 2018

Calypso avec accordéon aux Bermudes : les Talbot Brothers

Perdues au milieu de l'Atlantique, les Bermudes sont surtout connues par une figure géométrique associée à des disparitions inexpliquées et par un short local, porté d'abord par les policiers britanniques avant de coloniser vos guibolles, messieurs. Mais pour la Cellule c'est bien sûr le calypso de l'archipel qui mérite le détour. Acclimaté dans les années 40, le genre trinidéen est devenu comme aux Bahamas la musique des grands hôtels pour touristes américains. Les Talbot Brothers en devinrent  les emblèmes et leur adaptation avec accordéon et "doghouse", du nom de la sorte de contrebasse inventée par Roy Talbot, est un vrai enchantement plein de douceur, avec une pointe de mélancolie tropicale. Essayez donc d'abord une chanson, si vous avez une appréhension avant de vous jeter à l'eau. Par exemple, celle-ci :


Vous n'hésiterez sans doute pas longtemps avant de vous infuser l'album en intégralité, en vous préparant le cocktail approprié :
 
 
L'agence de voyage vous propose en outre de prolonger un peu le séjour avec l'immanquable Jonathan Richman :



mardi 19 juin 2018

Quand les flèches vertes se fichent dans votre coeur (Zimbabwe 70's)

Le premier grand groupe zimbabwéen des seventies est sans conteste les Green Arrows, qui fusionnent toute la richesse rythmique de la musique de Rhodésie avec la modernité la plus pointue du moment. Le jubilatoire résultat est connu sous le nom de "wah-wah music", vocable ultimement bien adapté car si la "wah-wah", c'est d'abord le nom local de la bière, les Green Arrows sont aussi des as de la pédale d'effet. Voyez avec :


La chanson est tirée de leur premier album, le premier jamais enregistré au Zimbabwe! Les deux autres que nous vous proposons sont issus de singles de la deuxième moitié des seventies. Imparable!


 et Nyoka Yendara :







samedi 16 juin 2018

Explosion garage dans le cône austral : Los Gatos Salvajes, Los Beat 4 et Los Tennyson

Comme la plupart des groupes beat du monde, les chiliens de Los Beat 4 passent beaucoup trop de temps à soigner leur allure. On leur pardonne parce que leurs morceaux de 1968 balancent exactement l' énergie dont on avait besoin aujourd'hui. Faîtes comme nous, suivons-les sur leur île solitaire :


De l'autre côté des Andes, c'est en 1965 que les Chats Sauvages locaux impriment leur marque au garage argentin. Donde vas? On ne sait plus très bien...


Grimpons maintenant sur les hautes terres boliviennes pour faire la rencontre des Tennyson qui ajoutent une touche psychédélique à notre périple du jour et aussi énergie plus déterminée, il faut bien le dire.


Les Trois titres sont issus de la formidable compil " 60's Latinos Nuggets" que vous trouverez sur le blog Radio Gwreg, que l'on salue bien bas.


vendredi 15 juin 2018

Les aveugles lumineux du Zimbabwe : le jit-jive du Jairos Jiri Band



Encore un peu de jit sur la Cellule! Quesako le jit, nous demandez-vous? C'est un générique qui a fini par désigner tout un pan de la musique pop du Zimbabwe et donc vos feuilles, à l'instar de celles de M. Jourdain, ont commencé depuis déjà un petit moment à se familiariser avec le jit-jive sans le savoir. 

Le morceau génial du jour est interprété par le Jairos Jiri Kwela Band (pas mal de variantes du nom existent aussi). Jairo Jiri était un philanthrope qui avait créé un certain nombre de centres pour venir en aide aux handicapés du Zimbabwe, tout particulièrement aux aveugles. Dans une grande tradition illustrée par nombre de groupes de blues ou de gospel - on pense aussi aux célèbres Amadou et Mariam - , l'orchestre de l'institution est composé de brillants musiciens aveugles. Paul Matavire est à la tête du groupe. Nous sommes en 1984 et la chanson a donné cette année-là son nom à une compilation que vous retrouverez sur Likembe. Elle est elle-même soutenue par un rythme imparable et tirée dans tous les sens par l'intervention d'instruments dont on ignore tout. Énergie communicative et bizarreries jubilatoires au programme.


 En bonus, une interview de Paul Matavire avec des bouts de concert que vous pouvez voir ici.






jeudi 14 juin 2018

Suspendu à un fil : Un tour en Afrique australe au temps du garage rock.



Partie d'Angleterre, prenant un nouvel élan aux States, la vague garage rock n'a pas tardé à déferler sur le monde entier. Dans le cône australe du continent noir, c'est naturellement l'Afrique du Sud reliée à l'anglosphère qui lui a servi de tête de pont. Si personne ne sera vraiment étonné de voir émerger un garage sud-africain, l'existence d'un garage mozambicain ou angolais est sans doute moins évidente. La Cellule vous propose aujourd'hui un parcours à travers les nuggets africaines réunies sur la compil Cazumbi (vol. 1).

Commençons avec de vieilles connaissances du blog, le Conjunto de Oliveira Muge, groupe mozambicain que nous avons déjà présenté ici, qui reprenden 1967 un grand classique. "I Had To Much To Dream Last Night" des Electric Prunes devient "Sospesa Ad Un Filo" sans perdre un poil de son inquiétante étrangeté :


L'étape suivante nous amène en Afrique du Sud, où des jeunes gens ont choisi un nom de groupe particulièrement peu distinctif. On ne sait rien ou presque des Them sud-africain mais ils ne manquent pas d'énergie et vous racontent une histoire triste de ruine financière :


Passons enfin en Angola où sévissent les excellents Os Gambuzinos qu'on aime tant qu'on vous offre à la fois Aida (peut-être de 1969) :


Et Kalumba qui date de 1972 :







lundi 11 juin 2018

Les classiques : Skokiaan

Prolongeons donc notre séjour à Bulawayo, qui avec "Pata Pata" et "Skokiaan" a offert deux tubes intercontinentaux à la planète, ce qui, à vue de nez, place la ville devant Pékin, New Delhi et peut-être même Genève ou Périgueux...

Skokiaan, donc, est un instrumental dû au saxophoniste August Musarurwa et à son combo l'African Dance Band of the Cold Storage Commission of Southern Rhodesia. Le nom de la chanson est tiré d'un tord-boyau de contrebande, à base de farine de maïs et de levure. Le premier enregistrement de la chanson daterait de 1947, et le disque a peut-être été ensuite gravé vers 1950, mais la chronologie est ici très incertaine. Ce qui est sûr, c'est que la chanson va bientôt être célèbre sur toute la planète, où elle est attribuée désormais au Bulawayo Sweet Rhythms, ce qui est tout de même plus facile à retenir. Il s'agit cependant bien des mêmes musiciens sous un nouveau nom.

En 1954, on compte déjà dix-neuf reprises et aujourd'hui il y en a sans doute plus d'une centaine. Skokiaan a vite des versions mento, merengue, ska ou mambo. On l'adapte dans plus de dix-sept pays : de la Finlande à Trinidad. Des orchestres à cordes ou des steel band s'en emparent. Des pointures comme Bill Haley, Roland Alphonso, Perez Prado ou Alix Combelle (et oui, Alix Combelle aussi) ne laissent pas passer l'occasion et proposent leur version. Voici une petite sélection de reprises concoctée par la Cellule. De quoi vous entêter pour la journée.

Impossible de ne pas commencer par la version de Louis Amstrong (1954). A tout seigneur tout honneur. Aucun doute qu'il était une des influences principales d'August Musararwu et ce fut sans doute un retour des choses plutôt satisfaisant pour le musicien de Bulawayo que cette reprise. Une des meilleures! Louis Amstrong tiendra d'ailleurs à rencontrer Musararwu en 1960 durant sa tournée africaine.

 

Pour rester au rayon jazz, signalons la très bonne version du grand arrangeur Oliver Nelson et ne négligeons pas celle de Johnny Hodges (1954), avec le jeune John Coltrane dans un coin :


Passons maintenant aux choses plus discutables avec le groupe canadien des Four Lads, qui porteront la chanson plus haut dans les charts que personne d'autres. Nous sommes toujours en 1954. Ce n'est pas que leur version manque d'énergie ni même d'un côté jubilatoire mais cette Afrique de pacotille qu'ils associent à Skokiaan est tout de même rudement toc. Mais peut-être aurez-vous un pressentiment de l'enfer si vous apprenez que leur reprise était jouée toute la sainte journée sur le parking du parc d'animation Africa USA Park, sis à Boca Raton en Floride? Je ne sais combien ils ont pu lessiver de gardes avec ce traitement inhumain mais, moi, je n'aurais jamais pu résister une seule semaine sans devenir zinzin.


Encore un peu de bizarrerie avec la version d'Hot Butter en 1973, qui vaut son pesant de cacahuètes :


Petit pas de côté avec Tommy McCook et les Skatalites, dont le magnifique Dynamite paraît sous influence de Skokiaan même si ce n'est pas vraiment une reprise (les images viennent du documentaire légendaire "Deep Roots Music" diffusé en 1983) :


Enfin retour à La Nouvelle-Orléans avec Kermitt Ruffins et sa version brass band d'une parfaite évidence (c'est la version de l'excellente série Treme, durant la première saison en 2010) :





dimanche 10 juin 2018

Jazz à Bulawayo : August Musaruwa vous ouvre la chambre froide aux trésors



Nous sommes au tournant des années 50, mais ce n'est pas l'éclosion du be-bop qui obsède les jazzeux de Bulawayo, le cœur économique de la Rhodésie du Sud. Finalement La Nouvelle-Orléans est bien plus proche des townships de la ville industrielle du futur Zimbabwe que New-York et tout le clinquant de sa modernité, comme vous vous en apercevrez sans peine avec ce premier morceau du Los Angeles Orchestra :


Cependant la figure centrale de la scène locale est le saxophoniste August Musarurwa qui dirige un groupe au nom long comme un trombone (prenez votre souffle) : il s'agit du African Dance Band of the Cold Storage Commission of Southern Rhodesia. Et de cette chambre froide va sortir une des musiques les plus chaudes du début de années 50 que nous vous présentons d'abord avec ce morceau :


Le jazz de Bulawayo comme son grand-cousin tutélaire originaire de la ville du Croissant se mâtine facilement d'influences cubaines. Tout d'un coup, des fourmis vous cavalcadent dans les guibolles et vous avez irrépressiblement envie de défiler pour ce carnaval imprévu d'Afrique australe :


Et maintenant que vous êtes en jambes, vous êtes peut-être prêts à faire aussi fonctionner vos éninges et à vous souvenir qu'en fait vous connaissiez depuis longtemps August Musaruwa et son African Dance Band of the Cold Storage Commission of Southern Rhodesia parce que ce sont les auteurs d'un hit interplanétaire Skokiaan, dont nous reparlerons au plus vite, mais que nous vous mettons d'ores et déjà entre les feuilles. Ce premier enregistrement serait de 1947 mais rien n'est sûr :


On vous conseille chaudement la compilation Bulawayo Jazz, sur le label SWP Records, dont sont issus tous les titres de ce post.