lundi 16 juillet 2018

Californitalie : les corvidés sont un peu rogues aujourd'hui (1965/1966)



Aujourd'hui, journée de reprise. Ce sera donc d'abord l'originale créée par les Brogues en 1965, du côté de la Californie, puis l'imparable version des Corvi l'année suivante. N'épiloguons pas plus longtemps : sur le devant de la scène, il y a des merveilleux travailleurs (qui doutent d'eux-mêmes) et aussi des garçons des rues.




dimanche 15 juillet 2018

Mickey Lee Lane (1965) : ça déménage !

Oui, à coup sûr, son sourire n'est guère plus rassurant que celui d'un piranha mais Mickey Lee Lane  n'en a pas moins laissé derrière lui quelques merveilles (pour en savoir un peu plus, c'est ici). Comme il était aussi producteur et musicien versatile, il a lui-même enregistré ses quelques tubes et c'est aussi lui qui joue de tous les instruments dessus comme, par exemple, sur "Hey Sha-Lo-Ney", le morceau de soul foutrement puissant que la Cellule vous offre aujourd'hui :



lundi 9 juillet 2018

Les 40e rugissants du mélodrame : Jimmy Ruffin (1966) et Jean-Christophe Réhel

Prenez votre courage à deux mains aujourd'hui et franchissez les 40e rugissants du mélodrame avec la Cellule et un classique absolu de la soul, une tempête sentimentale déchainée pour vous dans les studios de la Motown tout spécialement spectorisés. Le morceau n'est peut-être pas une découverte pour vous mais pourquoi ne servirait-il pas de bande-son à la lecture d'un poème bouleversant?


D'ailleurs ça tombe bien, pour le poème j'ai aussi une idée. Je vous propose un texte tiré d'un magnifique ouvrage édité par les non moins magnifiques éditions de L'Oie de Cravan, La fatigue des fruits de Jean-Christophe Réhe. Accrochez-vous, ça tangue aussi pas mal :

j'ai appris
à bien pleurer
je te le jure
j'ai compris l'importance
de marcher lentement pour mieux tomber
dans les plus belles craques du trottoir
j'ai appris à ne pas t'oublier
je te le jure
je ne veux pas t'oublier
mais je pleure je ne vois rien
je monte les marches en pleurant
je fais craquer l'escalier
j'élabore une longue stratégie
pour limiter le bruit des escaliers
vois-tu
le bruit des escaliers me suit depuis l'âge de quatre ans
le bruit des escaliers me suit quand je dors sur le dos
c'est une malédiction
je pleure je ne te vois plus
je pleure pour mieux te voir
tu ressembles à une pluie
à une belle averse
tu es cette pluie qui visse
les pôles à rideaux de mon appartement
une pluie qui a un coffre à outils
avec une drill et un marteau et tout ça
et moi je n'ai rien
je possède beaucoup d'avions de tintin
et c'est tout
je sais justement comment pleurer
avec une méthode précise
et je ne te vois plus
je t'entends visser
quelque chose dans le mur
j'ai peur de me perdre
dans l'un des trous que tu fais dans le mur
et je comprends que je suis déjà dans le mur
et que les trous me permettent de mieux respirer
et il n'y a pas assez de trous
et il n'y a jamais assez de trous
je te le jure
je ne veux pas t'oublier
je suis là regarde
je suis caché là quelque part dans tes cheveux
je suis un ours dans tes cheveux qui respirent fort
un ours qui respire trop fort
et qui fait semblant de savoir
comment une drill fonctionne.

samedi 7 juillet 2018

Le Boléro ultime de l'Orchestre Volta Jazz

Nous sommes à Bobo-Dioulasso. Peut-être en 1977, mais il n'y a pas de date sur le 45T. L'Orchestre Volta Jazz joue pour vous le boléro le plus bouleversant. Faut-il vraiment dire quelque chose de plus?




mardi 26 juin 2018

Exhumons Exuma (2) : Do Wah Nanny (1970)

Cette fois, on entre dans le vif du sujet avec le troisième album d'Exuma, le troisième de l'année 1970 aussi! Tony McKay vient de quitter Mercury pour Buddah et ça marche pour lui du tonnerre de dieu, en 1970. Avec Exuma, le caranaval n'est jamais vraiment loin, sauf que ce n'est pas forcément le côté aseptisé de la chose qui apparait. Voyez donc avec le titre éponyme :


On arrête un peu les sifflets et on ralentit le rythme avec une ballade stellaire :


Enfin le morceau le plus perché, un peu comme une chanson de Bowie ou de Scott Walker plongée dans un bayou de fantasmes futuristes. Utopie ou dystopie? Au XXIIe siècle, "il n'y aura plus d'oxygène, les hommes et les femmes auront perdu leur cheveux, visages couleur de cendre, jambes debout sans plus de corps, fantômes et gobelins traverseront le pays, et alors aujourd'hui deviendra hier et hier une éternité..." 


Le morceau a tellement plus à Nina Simone qu'elle l'a immédiatement repris dès l'année suivante et il est peut-être encore mieux.


Et puis, en bonus, allez, le morceau de Scott Walker qui me démange depuis toute à l'heure. On s'éloigne (et on va même jusqu'au XXXe sicèle) mais comme le génie est tout pur ici, vous me pardonnerez peut-être mon absence de concision :




dimanche 24 juin 2018

Exhumons Exuma (1) : Life (1973)

Tony McKay vient des Bahamas et s'installe d'abord à New-York dans les 60's, puis à La Nouvelle-Orléans. Il a inventé une curieuse musique dans les années 70, mêlant folk, rock, psychédélisme, avec des genres caribéens (calypso, junkanoo, mento,etc.) le tout sous forte influence de la musique du bayou telle que Dr John venait de la réinventer. Parmi ses albums majeurs des 70's, commençons en douceur par le dernier, Life, un des plus faciles d'accès avec ses multiples reprises. Nous sommes en 1973 et Exuma écoute beaucoup les Stones qu'il n'hésite pas à repeindre en noir :


L'album compte aussi une reprise de "Iko Iko", morceau fétiche de la Cellule, qu'on ne peut pas décemment laisser passer sans vous proposer d'y jeter une oreille :

Et puis voici une adaptation en roue libre de "Love Is Strange", pour vous familiariser avec la voix éraillée d'Exuma et ses envolées mystico-barrés : 




vendredi 22 juin 2018

Calypso avec accordéon aux Bermudes : les Talbot Brothers

Perdues au milieu de l'Atlantique, les Bermudes sont surtout connues par une figure géométrique associée à des disparitions inexpliquées et par un short local, porté d'abord par les policiers britanniques avant de coloniser vos guibolles, messieurs. Mais pour la Cellule c'est bien sûr le calypso de l'archipel qui mérite le détour. Acclimaté dans les années 40, le genre trinidéen est devenu comme aux Bahamas la musique des grands hôtels pour touristes américains. Les Talbot Brothers en devinrent  les emblèmes et leur adaptation avec accordéon et "doghouse", du nom de la sorte de contrebasse inventée par Roy Talbot, est un vrai enchantement plein de douceur, avec une pointe de mélancolie tropicale. Essayez donc d'abord une chanson, si vous avez une appréhension avant de vous jeter à l'eau. Par exemple, celle-ci :


Vous n'hésiterez sans doute pas longtemps avant de vous infuser l'album en intégralité, en vous préparant le cocktail approprié :
 
 
L'agence de voyage vous propose en outre de prolonger un peu le séjour avec l'immanquable Jonathan Richman :



mardi 19 juin 2018

Quand les flèches vertes se fichent dans votre coeur (Zimbabwe 70's)

Le premier grand groupe zimbabwéen des seventies est sans conteste les Green Arrows, qui fusionnent toute la richesse rythmique de la musique de Rhodésie avec la modernité la plus pointue du moment. Le jubilatoire résultat est connu sous le nom de "wah-wah music", vocable ultimement bien adapté car si la "wah-wah", c'est d'abord le nom local de la bière, les Green Arrows sont aussi des as de la pédale d'effet. Voyez avec :


La chanson est tirée de leur premier album, le premier jamais enregistré au Zimbabwe! Les deux autres que nous vous proposons sont issus de singles de la deuxième moitié des seventies. Imparable!


 et Nyoka Yendara :







samedi 16 juin 2018

Explosion garage dans le cône austral : Los Gatos Salvajes, Los Beat 4 et Los Tennyson

Comme la plupart des groupes beat du monde, les chiliens de Los Beat 4 passent beaucoup trop de temps à soigner leur allure. On leur pardonne parce que leurs morceaux de 1968 balancent exactement l' énergie dont on avait besoin aujourd'hui. Faîtes comme nous, suivons-les sur leur île solitaire :


De l'autre côté des Andes, c'est en 1965 que les Chats Sauvages locaux impriment leur marque au garage argentin. Donde vas? On ne sait plus très bien...


Grimpons maintenant sur les hautes terres boliviennes pour faire la rencontre des Tennyson qui ajoutent une touche psychédélique à notre périple du jour et aussi énergie plus déterminée, il faut bien le dire.


Les Trois titres sont issus de la formidable compil " 60's Latinos Nuggets" que vous trouverez sur le blog Radio Gwreg, que l'on salue bien bas.


vendredi 15 juin 2018

Les aveugles lumineux du Zimbabwe : le jit-jive du Jairos Jiri Band



Encore un peu de jit sur la Cellule! Quesako le jit, nous demandez-vous? C'est un générique qui a fini par désigner tout un pan de la musique pop du Zimbabwe et donc vos feuilles, à l'instar de celles de M. Jourdain, ont commencé depuis déjà un petit moment à se familiariser avec le jit-jive sans le savoir. 

Le morceau génial du jour est interprété par le Jairos Jiri Kwela Band (pas mal de variantes du nom existent aussi). Jairo Jiri était un philanthrope qui avait créé un certain nombre de centres pour venir en aide aux handicapés du Zimbabwe, tout particulièrement aux aveugles. Dans une grande tradition illustrée par nombre de groupes de blues ou de gospel - on pense aussi aux célèbres Amadou et Mariam - , l'orchestre de l'institution est composé de brillants musiciens aveugles. Paul Matavire est à la tête du groupe. Nous sommes en 1984 et la chanson a donné cette année-là son nom à une compilation que vous retrouverez sur Likembe. Elle est elle-même soutenue par un rythme imparable et tirée dans tous les sens par l'intervention d'instruments dont on ignore tout. Énergie communicative et bizarreries jubilatoires au programme.


 En bonus, une interview de Paul Matavire avec des bouts de concert que vous pouvez voir ici.






jeudi 14 juin 2018

Suspendu à un fil : Un tour en Afrique australe au temps du garage rock.



Partie d'Angleterre, prenant un nouvel élan aux States, la vague garage rock n'a pas tardé à déferler sur le monde entier. Dans le cône australe du continent noir, c'est naturellement l'Afrique du Sud reliée à l'anglosphère qui lui a servi de tête de pont. Si personne ne sera vraiment étonné de voir émerger un garage sud-africain, l'existence d'un garage mozambicain ou angolais est sans doute moins évidente. La Cellule vous propose aujourd'hui un parcours à travers les nuggets africaines réunies sur la compil Cazumbi (vol. 1).

Commençons avec de vieilles connaissances du blog, le Conjunto de Oliveira Muge, groupe mozambicain que nous avons déjà présenté ici, qui reprenden 1967 un grand classique. "I Had To Much To Dream Last Night" des Electric Prunes devient "Sospesa Ad Un Filo" sans perdre un poil de son inquiétante étrangeté :


L'étape suivante nous amène en Afrique du Sud, où des jeunes gens ont choisi un nom de groupe particulièrement peu distinctif. On ne sait rien ou presque des Them sud-africain mais ils ne manquent pas d'énergie et vous racontent une histoire triste de ruine financière :


Passons enfin en Angola où sévissent les excellents Os Gambuzinos qu'on aime tant qu'on vous offre à la fois Aida (peut-être de 1969) :


Et Kalumba qui date de 1972 :







lundi 11 juin 2018

Les classiques : Skokiaan

Prolongeons donc notre séjour à Bulawayo, qui avec "Pata Pata" et "Skokiaan" a offert deux tubes intercontinentaux à la planète, ce qui, à vue de nez, place la ville devant Pékin, New Delhi et peut-être même Genève ou Périgueux...

Skokiaan, donc, est un instrumental dû au saxophoniste August Musarurwa et à son combo l'African Dance Band of the Cold Storage Commission of Southern Rhodesia. Le nom de la chanson est tiré d'un tord-boyau de contrebande, à base de farine de maïs et de levure. Le premier enregistrement de la chanson daterait de 1947, et le disque a peut-être été ensuite gravé vers 1950, mais la chronologie est ici très incertaine. Ce qui est sûr, c'est que la chanson va bientôt être célèbre sur toute la planète, où elle est attribuée désormais au Bulawayo Sweet Rhythms, ce qui est tout de même plus facile à retenir. Il s'agit cependant bien des mêmes musiciens sous un nouveau nom.

En 1954, on compte déjà dix-neuf reprises et aujourd'hui il y en a sans doute plus d'une centaine. Skokiaan a vite des versions mento, merengue, ska ou mambo. On l'adapte dans plus de dix-sept pays : de la Finlande à Trinidad. Des orchestres à cordes ou des steel band s'en emparent. Des pointures comme Bill Haley, Roland Alphonso, Perez Prado ou Alix Combelle (et oui, Alix Combelle aussi) ne laissent pas passer l'occasion et proposent leur version. Voici une petite sélection de reprises concoctée par la Cellule. De quoi vous entêter pour la journée.

Impossible de ne pas commencer par la version de Louis Amstrong (1954). A tout seigneur tout honneur. Aucun doute qu'il était une des influences principales d'August Musararwu et ce fut sans doute un retour des choses plutôt satisfaisant pour le musicien de Bulawayo que cette reprise. Une des meilleures! Louis Amstrong tiendra d'ailleurs à rencontrer Musararwu en 1960 durant sa tournée africaine.

 

Pour rester au rayon jazz, signalons la très bonne version du grand arrangeur Oliver Nelson et ne négligeons pas celle de Johnny Hodges (1954), avec le jeune John Coltrane dans un coin :


Passons maintenant aux choses plus discutables avec le groupe canadien des Four Lads, qui porteront la chanson plus haut dans les charts que personne d'autres. Nous sommes toujours en 1954. Ce n'est pas que leur version manque d'énergie ni même d'un côté jubilatoire mais cette Afrique de pacotille qu'ils associent à Skokiaan est tout de même rudement toc. Mais peut-être aurez-vous un pressentiment de l'enfer si vous apprenez que leur reprise était jouée toute la sainte journée sur le parking du parc d'animation Africa USA Park, sis à Boca Raton en Floride? Je ne sais combien ils ont pu lessiver de gardes avec ce traitement inhumain mais, moi, je n'aurais jamais pu résister une seule semaine sans devenir zinzin.


Encore un peu de bizarrerie avec la version d'Hot Butter en 1973, qui vaut son pesant de cacahuètes :


Petit pas de côté avec Tommy McCook et les Skatalites, dont le magnifique Dynamite paraît sous influence de Skokiaan même si ce n'est pas vraiment une reprise (les images viennent du documentaire légendaire "Deep Roots Music" diffusé en 1983) :


Enfin retour à La Nouvelle-Orléans avec Kermitt Ruffins et sa version brass band d'une parfaite évidence (c'est la version de l'excellente série Treme, durant la première saison en 2010) :





dimanche 10 juin 2018

Jazz à Bulawayo : August Musaruwa vous ouvre la chambre froide aux trésors



Nous sommes au tournant des années 50, mais ce n'est pas l'éclosion du be-bop qui obsède les jazzeux de Bulawayo, le cœur économique de la Rhodésie du Sud. Finalement La Nouvelle-Orléans est bien plus proche des townships de la ville industrielle du futur Zimbabwe que New-York et tout le clinquant de sa modernité, comme vous vous en apercevrez sans peine avec ce premier morceau du Los Angeles Orchestra :


Cependant la figure centrale de la scène locale est le saxophoniste August Musarurwa qui dirige un groupe au nom long comme un trombone (prenez votre souffle) : il s'agit du African Dance Band of the Cold Storage Commission of Southern Rhodesia. Et de cette chambre froide va sortir une des musiques les plus chaudes du début de années 50 que nous vous présentons d'abord avec ce morceau :


Le jazz de Bulawayo comme son grand-cousin tutélaire originaire de la ville du Croissant se mâtine facilement d'influences cubaines. Tout d'un coup, des fourmis vous cavalcadent dans les guibolles et vous avez irrépressiblement envie de défiler pour ce carnaval imprévu d'Afrique australe :


Et maintenant que vous êtes en jambes, vous êtes peut-être prêts à faire aussi fonctionner vos éninges et à vous souvenir qu'en fait vous connaissiez depuis longtemps August Musaruwa et son African Dance Band of the Cold Storage Commission of Southern Rhodesia parce que ce sont les auteurs d'un hit interplanétaire Skokiaan, dont nous reparlerons au plus vite, mais que nous vous mettons d'ores et déjà entre les feuilles. Ce premier enregistrement serait de 1947 mais rien n'est sûr :


On vous conseille chaudement la compilation Bulawayo Jazz, sur le label SWP Records, dont sont issus tous les titres de ce post.

vendredi 8 juin 2018

La musique mal rangée : La country gospel du Zimbabwe

Tarira Nguva est le premier single de The Family Singers groupe de gospel du Zimbabwe et ce 45T est furieusement country. C'est Likembe qui nous permet de vous transmettre ces invraisemblables amabilités :


mardi 5 juin 2018

Les pinceaux du rocks : TVP's (2) et le pop art maigre.

Personne, peut-être, n'a laissé tomber les noms de peintres avec plus de conviction que Dan Treacy. Sur son deuxième album, en 1982,  le serial name dropper s'attaque à Roy Lichtenstein, l'îcone du pop art. Le prétexte est mince : Dan Treacy a rencontré une fille qui ressemble selon lui, à The Sleeping Girl. Soit. Reste un morceau asthmatique, toujours au bord de l'apoplexie. 



lundi 4 juin 2018

Dorothy Masuka : la diva jazzy du Zimbabwe

Dorothy Makusa est l'étoile filante de la musique du Zimbabwe. Elle est originaire de Bulawayo, la deuxième ville du pays, connue pour la vigueur de sa scène jazz mais, en vérité, ses débuts se font plutôt dans le grand pays voisin de la Rhodésie (nous sommes avant l'indépendance) : l'Afrique du Sud. A 18 ans, Dorothy est déjà une star reconnue pour son tube "Hamba Notsokolo". Elle se lie aussi rapidement avec Miriam Makeba, pour qui elle écrit "Pata Pata". Cependant, ses positions politiques ne tardent pas à rendre son séjour impossible dans le pays de l'apartheid et elle doit s'exiler pour de nombreuses années. C'est à Londres qu'elle enregistre en 1959 les deux faces de ce délicieux 45 T que la Cellule vous met aujourd'hui entre les oreilles.

On les trouve sur le volume 4 des inépuisables compilations "London is the place for me".


samedi 2 juin 2018

Le programme spatial égyptien



Les spécialistes de l'aérospatiale connaissent l'étonnante histoire de l'aventure des fusées libanaises mais il y a plus méconnu : le programme spatial égyptien. Délaissant les méthodes des superpuissances avec lesquelles il serait vain de rivaliser, Omar Khorshid leur préfère la puissance non alignée de la guitare électrique. Figure centrale de la musique égyptienne et libanaise, Omar Khorshid nous envoie directement en orbite avec Guitar El Chark, la guitare de l'orient.


La clique beat en Italie : le plein d'énergie!

Quatre petits quarante-cinq tours entre 1964 et 1965, et puis s'en vont. La discographie de La Cricca, "la clique", est expéditivement courte (La Nuova Cricca ne durera guère plus...). Oui, mais c'est un concentré d'énergie ultra-efficace, l'expression de l'éruption adolescente sans aucun filtre. Un peu comme les Tammys italiens!


Un poil de surf :


Et n'hésitez pas à quitter vos godasses (Patti Smith vous dirait la même chose) :


Okay, okay, la face B aussi, puisque vous insistez :


Délicieuse et très parfaitement inconnue, la musique de l'île de Tortola



En 1982, l’ethnomusicologue John Storm Roberts et sa compagne Anne Needham décident de passer leurs vacances dans les îles Vierges britanniques. Ils n'oublient pas de prendre du matériel d'enregistrement et reviennent de ces minuscules îlots avec de merveilleuses bandes sur lesquelles on trouve une musique que personne ne s'était jamais donné la peine d'enregistrer jusque-là. Le calypso de Tortola est d'une douceur exquise. Tout le monde est amateur ici. Le groupe s'appelle les Sparkplugs. Ils accompagnent d'abord Alex Cameron qui chante une bien vieille histoire liée à la contrebande d'alccol généralisée dans les Antilles à l'époque de la prohibition américaine.


C'est ensuite Elmore Stoutt qui prend le micro pour votre enchantement avec :


Enfin, c'est pour votre pur ébahissement qu'Alex Cameron revient avec une chorale de poche pour une adaptation a capella incroyable de la plus célèbre des chansons à boire allemande : 


jeudi 31 mai 2018

Pour un cocktail aux Bahamas avec Freddie Munnings

Cette fois-ci ça se passe au Cat and Fiddle, célèbre boîte de nuit de Nassau dans les années 50 et la Cellule, parfaitement désinhibée, vous propose toutes sortes de cocktails principalement à base de noix de coco, que vous pourrez boire en compagnie des célébrités du moment (Count Basie, Louis Amstrong, Harry Belafonte ou Samy Davis Jr selon vos goûts et préférences). C'est la tournée de Freddie Munnings qui dirige l'orchestre. Un certain Dennis Paul joue de la flûte. On danse le goombay sans plus se soucier de régler les problèmes du monde.



mardi 29 mai 2018

Irrésistible : Les West African Rhythm Brothers (1959)

Tout se passe à Londres, le grand Ambrose Campbell (dont nous avons déjà parlé ici) a réuni autour de lui de nombreux musiciens des colonies africaines de l'Empire britannique (bientôt en cours de dislocation), auxquels se joignent bientôt de nouveaux musiciens de la diaspora noire, qu'ils viennent de la Barbade ou de Trinidad. Les conditions d'enregistrement sont optimales. Le highlife d'Afrique de l'Ouest se mêle au calypso des Antilles, une touche de sophistication jazz ajoute à la splendeur de l'ensemble. Nous sommes en 1959 et le plus soyeux morceau enregistré cette année en Angleterre s'appelle Ominira.

Si vous en voulez plus (comment pourriez-vous ne pas en vouloir plus?),  il ne vous reste qu'à fréquenter les excellentes compilations intitulées : "London is The Place For Me", 6 volumes de pure jubilation.



dimanche 27 mai 2018

O O O ou un tour dans la ville du Merzbau avec Hans-A-Plast (1979)

Hanovre n'est pas seulement la ville de Kurt Schwitters et de son Merzbau. Si vous scrutez les retombées de la flambée Dada sur la cité, vous tomberez aussi sur le groupe punk Hans-A-Plast, qui requiert aujourd'hui toute votre attention avec ce primal O O O : 


Le morceau est sur le premier album, qu'il clôture avec toute la componction appropriée. Mais vous aviez auparavant pu écouter cette ode à la reproduction sociale (au sens le plus littéral du terme) :


Et aussi, et peut-être surtout, le tube :



samedi 26 mai 2018

Toujours les classiques du highlife : les Ramblers de Jerry Hansen

Prolongeons le post d'hier en évoquant plus longuement la grande figure du highlife ghanéen que fut le saxophoniste Jerry Hansen et son orchestre les Ramblers, fondé en 1961. Sa carrière fut extraordinairement prolifique et accompagna l'enthousiasme de l'époque de l'indépendance comme les temps plus difficiles du Ghana. Je vous propose donc, Ima Abasi, un titre de 1968 à moitié dégingandé, spécial pour faire décongeler les psychorigides les plus endurcis : 


Auquel je joins un titre plus tardif de 1976, Dodzi, qui ne devrait pas non plus vous entraîner vers aucun excès de furie meurtrière :





vendredi 25 mai 2018

Rocksteady dans le golfe : de la Jamaïque au Ghana

Entre le golfe de Guinée et celui du Mexique, l'histoire musicale du XXe siècle est faite de réappropriations multiples. Certains genres font l'aller-retour sans arrêt tandis que d'autres restent cantonnés d'un côté de l'Atlantique. C'est le cas du rocksteady jamaïcain qui ne posa guère plus qu'un orteil en Afrique. Ce qui s'est passé surtout au Ghana, plus ouvert aux influences anglophones en provenance des West Indies. Nous sommes en 1971 et les Ramblers reprennent donc, pour votre plaisir et délectation, "Ride Your Donkey" des Tennors. Qunat à la Cellule bien sûr, elle vous offre les deux versions.


mardi 22 mai 2018

Quand l'appel du Negus rend ton ska un peu plus bizarre : Count Ossie (1961)

Reveil en douceur ce matin sur La Cellule. Nous sommes tous dans une jungle idyllique où Count Ossie tente de nous faire reconnaître l'appel du Négus. Le grand-maître tambour des collines de Kingston à de sacrés arguments et mêmes quelques arguments sacrés à nous faire entendre. La dérive mystique du ska est lancée. Une décennie plus tard le reggae naîtra dans ce chaudron où mijotent déjà le rhythm and blues ricain et des traditions religieuses africaines réinventées sur place en Jamaïque mais nous n'en sommes pas là. Nous aurions bien tort de ne pas suivre d'ores et déjà l'appel vers cette Ethiopie fantasmée qui sert de symbole à l'autonomie noire et transforme le ska local en un nouveau gospel inouï et génial.

lundi 21 mai 2018

Angola séminal : N'Gola Ritmos (1964)



C'est un des premiers groupes angolais à avoir enregistré sa musique. Le morceau, Nzagi, a été gravé à Lisbonne en 1964. Il s'agirait d'un conte mettant aux prises une grenouille et un lézard... Il existe aussi une vidéo avec le mythique combo (pour la télévision portugaise, j'imagine). C'est rare et c'est beau à s'évanouir.


vendredi 18 mai 2018

Ma vie sans moi (11) : les Beach Boys jusqu'à en mourir



La pochette donne le la. Le dix-septième album des Beach Boys est tout sauf un monument élevé à l'euphorie de la pratique des sports nautiques, ni même à celle du hippisme d'ailleurs. La vague est passée. Surf's up. Mais la fin de partie révèle quelques titres magnifiques!

Au cœur de ce disque surtout brille une pépite noire d'un éclat sans pareil. Je me suis rendu compte il y a quelques jours que Gilles Dupuy me l'avait fait découvrir il y a à peu près 25 ans. Ce qui m'a flanqué un bon coup de jeune... Mieux vaut ne pas essayer de se remettre de ce genre de claque. Le morceau s'appelle Till I Die et voilà à peu près de quoi il s'agit :


Comme un bouchon de liège balotté sur la mer demontée qui se demande quelle est la profondeur de l'océan - comme un rocher dévalant les pentes de la montagne qui se demande si le fond de la vallée est encore loin - comme une feuille dans un jour de tourmente qui se demande combien de temps le vent va souffler. Je suis toutes ces choses et je resterai ainsi jusqu'à ce que je meurs.


Avec une autre version peut-être encore plus renversante :


jeudi 17 mai 2018

Chausser une nouvelle fois les tongs de la mélancolie : On The Beach avec Neil Young



Rien d'obscur aujourd'hui avec ce titre de Neil Young même si l'absence d'une réédition longtemps bloquée par The Loner avait fini par donner un statut culte à l'album. Il a rejoint depuis la liste des classiques des classiques. Il n'en reste pas moins que cette plage est foutument dévastée, les amis, et que l'on vous recommande de regarder où vous mettez les pieds.


"Toutes les photos que j'avais accrochées sur le mur hier tombent une à une"

mardi 15 mai 2018

Les flippés de la plage font un tour en Hollande (1973)

J'étais complètement passé à côté. Je découvre seulement cet incroyable album des Beach Boys enregistré en Hollande en 1973, alors que Brian Wilson est déjà presque en pilotage automatique. "Steamboat" est un de ces diamants noirs de la production du groupe, plein de mélancolie et de grincements, dissimulés sous les harmonies célestes. Montez donc sur ce bateau fantomatique : c'est une grande chanson écrite par Dennis Wilson.



vendredi 11 mai 2018

Nigeria givré : Opotopo (1979)

On continue aujourd'hui notre tour du Nigeria en barocco. Suivez donc la visite de toutes ces "perles irrégulières" (selon l'étymologie portugaise) qui émergent pour notre bonheur autour du golfe de Guinée. Avec Opotopo c'est une Afrique psychédélique et stellaire qui se découvre. Nous sommes en 1979. La guitare et le clavier rivalisent dans leurs écarts pour vous mener définitivement ailleurs!


A noter que l'excellent label Soundway a aussi réédité un album d'Opotopo!

mardi 8 mai 2018

Electro Nigeria : décoller avec N'Draman Blintch (1979)

Le mélange est détonnant : afro-beat, disco, funk, conscience cosmique, mais si je vous dis que c'est William Onyeabor (dont nous vous avons déjà parlé ici) qui est à la production, vous commencez à vous faire une idée de la forme générale de cet OVNI. Nous sommes en 1979 et, à Lagos comme à New-York, la basse et les claviers ont pris le pouvoir : l’atmosphère est poisseuse, étouffante, suffocante. Allez, on se fait la face A de ce vinyl légendaire :



 
 



lundi 7 mai 2018

Tendre l'élastique de la Juju Music avec Irewolede Denge



Des percussions, une guitare et une voix qui vibre comme un élastique, la chanson que Irewolede consacre au père du théâtre nigérian, Hubert Ogunde, est une drôle de chose très simple que vous auriez tort de ne pas faire rebondir immédiatement entre vos oreilles.


Mais Irewolede Denge est surtout célèbre comme un des pionniers de la Juju Music, ce genre d'abord spécifiquement yoruba qui dérive de la Palm Wine Music au milieu des années 30. Il est même censé avoir baptisé le genre, tandis qu'un 78 tours de 1937 est aussi un des premiers enregistrements connus  (attention oreilles délicates, ça gratte fort) :


PS : Les deux morceaux ouvrent et closent la compilation Juju Roots que l'on conseille surtout aux plus acharnés.

dimanche 6 mai 2018

La vraie philosophie par Celestine Ukwu (1971)

Aujourd'hui, un de mes albums de highlife favoris : "True Philosophy" de Celestine Ukwu. 
Après une interruption de trois ans due à la guerre du Biafra, la carrière de Celestine Ukwu se relance en 1971 avec ce disque, qui est un classique de la musique populaire nigeriane. La légéreté aérienne du highlife, sa douceur mêlée d'excentricité, sa délicatesse teintée de mélancolie n'ont jamais été mieux servie qu'ici par un as du vibraphone qui convoque clarinette, steel guitar, yodel improbable et clochettes tintinabullantes pour vous faire passer un moment de sensualité philosophe rare. Car le vrai philosophe igbo semble être un épicurien fantaisiste : un modèle pour vous et moi et cette après-midi ensoleillée!

Voici donc pas moins de quatre morceaux tirés de cet album mirifique :




vendredi 4 mai 2018

La grâce alanguie de Saint-Augustine (Nigeria 1970)

La théorie augustinienne de la grâce au Nigéria ne correspond à nulle angoisse métaphysique à propos de la prédestination. Non elle est plutôt associée à un genre de highlife délicieusement alangui destiné à vous guider comme en rêve vers les sophas les plus profonds des seventies. Ce sera du moins la direction pour ce single précoce d'Augustine Anwuza alias Saint Augustin. Vous prenez enfin la résolution de renoncer à toute effort superflu. Nous sommes en 1970.




jeudi 3 mai 2018

Les Beatles à Dada : Ghana (1971)


Aujourd'hui une des reprises les plus réussies des Beatles. Nous sommes au Ghana en 1971 et c'est Charlotte Dada qui vous fait découvrir les recoins les recoins les plus habités de "Don't Let Me Down".


mercredi 2 mai 2018

La puissance atomique du highlife de Dan Satch (1970)

Aujourd'hui un album classique du highlife nigérian, de 1970, qui fut aussi longtemps une énigme et que l'on connait bien mieux grâce au mirifique blog Likembe, sur lequel vous pourrez le télécharger intégralement (les liens ci-dessous renvoient directement au blog). Notez, au passage, que Likembe est de nouveau très actif après le ralentissement des dernières années, ce qui est une excellente nouvelle pour tous les piqués de musique africaine. Derrière le trompettiste Dan Satch Joseph, donc, un groupe étoffé officie ici (le nom du groupe ferait penser qu'ils sont huit, mais j'en compte onze sur la pochette) et propose un assortiment des plus variés. Nous avons ainsi un cha-cha, passablement étrange (comme envoûté) : Onye Huru Odum ; une chanson louchant un peu vers la pop, en anglais du Nigéria : My Girl ; ou une reprise d'E.T.Mensah : Calabar O. Mais le morceau le plus incroyable est à coup sûr :


L'intro est à nulle autre pareille. La rythmique donne le ton, puis vous entendez des cuivres comme venus de très loin à l'est, peut-être d’Éthiopie ou plus loin encore, puis un très court solo de sax vous plonge la tête dans l'eau du funk le plus froid New-York, et après ce traitement de choc, quelque chose de plus doux et profond vous enveloppe au son de la basse et vous êtes déjà presque un adepte du dieu Ibinu Ukpabi (car c'est bien de cela qu'il s'agit). 

mardi 1 mai 2018

Quoi de neuf Dr Olaiya : la superstar de la trompette highlife

Aujourd'hui l'énergie nous vient d'une star de la trompette nigérianne : Victor Abimbola Olaiya, aussi connu sous le nom de Doctor Olaiya. Le gaillard est né en 1930 et il était encore actif en 2013! Dans les années 60 et 70 il fit le lien entre le highlife et l'afrobeat, intégrant l'apport de James Brown à la musique d'Afrique de l'ouest et collaborant avec Tony Allen ou Fela Kuti. Mais trève de discours, écoutons plutôt le tube de 1963 que l'on trouve sous les noms de "Omo Pupa" ou de "Mofe Muyan" (je ne sais pas pourquoi...). Vous allez voir : ça chaloupe tout d'un coup votre journée :
 

Et pour prolonger le kif voilà une collaboration un peu tardive avec l'autre grand maître du Highlife, mais du Ghana pour sa part E.T. Mensah :





dimanche 29 avril 2018

Vin de palme : nouvelle tournée





Nouvel hommage aujourd'hui à la guitare aérienne de la Palm Wine music. C'est le producteur et musicien ghanao-britannique John Collins qui a enregistré ces morceaux acoustiques des vieux maîtres du Palm Wine aux Bookor Studios par lui fondés. Le vétéran Kwaa Mensah (1920-1991) ouvre le bal avec "Obra Ye ku".


Puis c'est le tour du grand virtuose Koo Nimo (né en 1934) avec deux morceaux pour le prix d'un. D'abord :


Puis un instrumental presque classique :


Si l'ivresse fournie par le vin de palme ressemble à la musique qui en a tiré son nom, ce doit être une douce euphorie dans lesquels tous vos problèmes se dissolvent comme par enchantement, le moyen d'échapper enfin à la gravité sublunaire.

samedi 28 avril 2018

Proto highlife : H. K. Williams

Je ne connais presque rien à propos de ce morceau ghanéen, gravé sur 78 tour entre 1931 et 1957 (la fourchette est large...) par une compagnie basée à Bâle en Suisse, sinon qu'il fait en douceur le lien entre Honolulu et Accra, sans doute pour nous donner éperdument envie de goûter ce vin de palme que mon gosier ignore encore :


lundi 23 avril 2018

Au coeur de la jungle en 1959 : un peu de doo-wop éternel et un instru Bo jusqu'au bout des ongles


Intermède sylvestre sur la Cellule, avec une petite excursion sous les frondaisons surproductives de la jungle fantaisiste dans laquelle s'est égayée une bonne partie de la pop culture américaine vers le milieu du siècle dernier. Et d'abord un groupe de doo-wop new-yorkais de 1959 qui vous entraine pour un rock déjanté et multivitaminé, perpétuellement au bord de la sortie de route. Les Eternals sont cinq et peuplent les bois comme une ménagerie complète (mais qui ne donne pas trop les chocottes...). Idéal pour commencer la journée au moins à moitié neuneu.


Pas question de rentrer sur des chemins balisés ensuite avec le grand Bo Diddley qui se lance dans un instru tordu, mais alors là : complètement dégingandé. Le titre a longtemps été caché au fin fond d'une des inépuisables sessions Chess de 1959. Ce n'est pas aujourd'hui que vous retrouverez la voie droite au milieu de cette foutue forêt.



samedi 21 avril 2018

Ambrose Campbell : un peu de plaisir sans mélange

Ambrose Campbell s'était installé à Angleterre depuis plusieurs années quand il enregistra ce morceau échappant aux lois de la pesanteur. Nous sommes en 1966 et le musicien nigerian vous convie à trois minutes de brise coulée loin, très loin de tous vos soucis.



dimanche 15 avril 2018

Être une taupe avec Bascom Lamar Lunsford (1928) et les autres...



Le meilleur de Greil Marcus, je crois que c'est quand il s'attache à une chanson et déplie ses multiples versions, comme dans l'excellent petit livre qu'il avait fait sur "le mythe de Stagger Lee". Dans son dernier bouquin, tout juste traduit chez Allia, il s'occupe de trois morceaux et c'est le dernier qui nous intéresse aujourd'hui : "I Wish I Was A Mole In The Ground" de Bascom Lamar Lunsford. Nous sommes en 1928, quand Lunsford décroche son banjo et reprend une chanson sans âge où il est question d'une taupe qui creuse la montagne, mais aussi de Kimbie qui veut un châle à neuf dollars, mais aussi de cheminots assoiffés de sang.

Voici les premiers vers :

I wish I was a mole in the ground.
Yes, I wish I was a mole in the ground.
Like a mole in the ground,
I’d root that mountain down,
And I wish I was a mole in the ground.

J'aimerais être une taupe sous la terre,
Oui, une taupe sous la terre
Et comme une taupe sous la terre
Je finirais par miner la montagne
Et j'aimerais être une taupe sous la terre


Vous trouverez l'intégralité des paroles ici (sur un site qui explore l'inépuisable anthologie de Harry Smith), avec une sélection d'autres versions de la chanson.

Ce qui fait que ce morceau m'atteint en plein cœur aujourd'hui, c'est qu'il semble s'y mêler mes deux tentations du moment. Celle de disparaître, de rejoindre sous la terre un état d’irresponsabilité pré-natal, d'atteindre le rêve d'une vie inentamée, encore exempte des plaies et bosses, de donner corps à la nostalgie d'un refuge. Les Scrugg (un groupe de Sud-africains exilés en Angleterre) ont dit à peu près ça, de façon mémorable en 1968. Avec une sincérité dans le pathos assez rare à l'époque du psychédélisme triomphant :


"I Wish I Was Five / Sometimes It's not So Good To Be Alive"

L'autre tentation taupine, ce serait bien sûr d'excaver le sol sous l'édifice social, avec force, détermination et suffisamment d'à propos pour pouvoir se rappeler sans honte le célèbre vers d'Hamlet et répéter à la suite du noir gaillard de Trèves : "Bien creusé, vieille taupe!".


Et pour revenir à notre chanson après ces considérations cryptées sur la môme dialectique, voilà encore une autre version, celle de Jackson C. Frank, plus centrée sur Kimbie. Nous sommes en 1965.


 Rappel : la biographie de Jackson C. Franck se trouve dans Recoins n°2.


Clarinette chérie : Lito Barrientos et la cumbia en do mineur



C'est le classique des classiques de la cumbia. Nous sommes en 1970, l'ensemble de Rafael 'Lito' Barrientos fournit à la cumbia toute la puissance des grands orchestres de mambo. Et au centre une magnifique clarinette vous fait de l’œil avec insistance.