On reste sous le signe rose des productions du label Piranha record, dont on ne cesse de louer les merveilleuses productions dédiées aux guitaristes du Botswana. Le héros du jour a une technique légèrement plus classique que ses collègues mais cette fois-ci l'électricité est branchée et, accrochez-vous, vous êtes sur le point de découvrir la perle garage lo-fi la plus décoiffante depuis des années et aussi un as de la mise en scène élémentaire (grâce aux vidéos de Bokete7) :
"Tika Molamu" (vidéo datée de 2013)
"Kgomo" (vidéo dater de 2018)
Et l'imparable "Gladys" (vidéo datée de 2013)
Les enregistrements de Piranha Record ont un excellent son. Il faut vous les procurer!
L'année dernière, le label berlinois Piranha eut l'idée géniale d'enregistrer les merveilleux guitaristes du Botswana, on peut désormais profiter de ces artistes dans des conditions d'écoute plus confortables. Ne vous inquiétez, la musique est assez brute pour qu'on ne crie pas à l’aseptisation. Profitez plutôt de ce morceau entêtant de Solly Sebotso, qui évoque les produits exportés par la Chine.
Je dois dire que je suis dubitatif. Franchement, je me demande bien si la poésie de Kathleen Raine (1908-2003) a quelque chose à me dire. Il y a chez elle un fond de mysticisme spiritualiste dont je ne vois pas bien que faire. N'empêche que je me suis laissé prendre par l'adaptation de certains de ses textes par Delphine Dora sur Eudaimon, disque sorti au début de l'année (voir ici). Réincarnation ? Il semblerait que Nico se soit finalement installée sur la Planèze de Saint-Flour et qu'elle se soit laissée tenter par le syncrétisme savant d'une poétesse anglaise d'un cosmique exagéré. Voilà un morceau :
Prenez votre courage à deux mains aujourd'hui et franchissez les 40e rugissants du mélodrame avec la Cellule et un classique absolu de la soul, une tempête sentimentale déchainée pour vous dans les studios de la Motown tout spécialement spectorisés. Le morceau n'est peut-être pas une découverte pour vous mais pourquoi ne servirait-il pas de bande-son à la lecture d'un poème bouleversant?
D'ailleurs ça tombe bien, pour le poème j'ai aussi une idée. Je vous propose un texte tiré d'un magnifique ouvrage édité par les non moins magnifiques éditions de L'Oie de Cravan, La fatigue des fruits de Jean-Christophe Réhe. Accrochez-vous, ça tangue aussi pas mal :
j'ai appris
à bien pleurer
je te le jure
j'ai compris l'importance
de marcher lentement pour mieux tomber
dans les plus belles craques du trottoir
j'ai appris à ne pas t'oublier
je te le jure
je ne veux pas t'oublier
mais je pleure je ne vois rien
je monte les marches en pleurant
je fais craquer l'escalier
j'élabore une longue stratégie
pour limiter le bruit des escaliers
vois-tu
le bruit des escaliers me suit depuis l'âge de quatre ans
le bruit des escaliers me suit quand je dors sur le dos
c'est une malédiction
je pleure je ne te vois plus
je pleure pour mieux te voir
tu ressembles à une pluie
à une belle averse
tu es cette pluie qui visse
les pôles à rideaux de mon appartement
une pluie qui a un coffre à outils
avec une drill et un marteau et tout ça
et moi je n'ai rien
je possède beaucoup d'avions de tintin
et c'est tout
je sais justement comment pleurer
avec une méthode précise
et je ne te vois plus
je t'entends visser
quelque chose dans le mur
j'ai peur de me perdre
dans l'un des trous que tu fais dans le mur
et je comprends que je suis déjà dans le mur
et que les trous me permettent de mieux respirer
et il n'y a pas assez de trous
et il n'y a jamais assez de trous
je te le jure
je ne veux pas t'oublier
je suis là regarde
je suis caché là quelque part dans tes cheveux
je suis un ours dans tes cheveux qui respirent fort