jeudi 28 février 2019

L'été en hiver : John Fahey



Inquiétude aujourd'hui à la Cellule. Nous sommes en 1987, John Fahey invoque une nouvelle fois Blind Joe Death, le bluesman mythique sous l'emblème duquel il a placé sa création depuis 1959. Au milieu de l'album, deux standards des années 30 se télescopent : Nightmare d'Artie Shaw (déjà évoqué ici) et Summertime de Gershwin. La mélancolie cossue de l'été devient tout d'un coup crépusculaire sous les doigts du génial guitariste... Exagération de l'été : s'il vient dès février, quelle forme prendra ensuite votre cauchemar? John Fahey,Vésale et la Cellule vous susurrent bien des choses à l'oreille à propos du dérèglement climatique.




mercredi 27 février 2019

Peplum pharaonique avec Salah Ragab et le Cairo Jazz

L'histoire méconnue du jazz égyptien est étroitement liée à celle du batteur Salah Ragab. Elle commence en fanfare, avec des moyens à sa disposition hors du commun. Intégré d'abord en 1963 au quartet formé par Osman Kareem, un américain attiré au Caire par les sirènes de l'anti-impérialisme nassérien, Salah Ragab décide en effet de passer à la vitesse supérieur à la fin des années 60. Avec l'aide d'Hartmut Geerken, jazzman allemand alors en poste à l'institut Goethe du Caire et d'Eduard “Edu” Vizvari, autre expatrié, tchécoslovaque et bassiste pour sa part, il envisage alors de créer le premier big band d’Égypte et il dispose pour cela d'avantages logistiques exceptionnels. Salah Ragab est en effet à la tête du département musical de l'armée du Raïs. Il convoque alors 200 musiciens parmi lesquels il sélectionne 25 privilégiés qui vont former de gré ou de force le Cairo Jazz Band. Les musiciens n'ont guère le choix : s'initier au jazz sous la houlette de Salah Ragab et de ses amis ou aller faire un petit séjour en prison. Le Cairo Jazz va s'épanouir de 1968 à 1973 (jusqu'à la catastrophique Guerre du Kippour). Le résultat est immédiatement époustouflant : le jazz est ici sous forte influence moyen-orientale et latino et l'expérimentation aiguisée au plus haut point. Le jazz excentrique de Salah Ragab attire alors l'attention des musiciens les moins conformistes comme Sun Ra avec qui plusieurs collaborations se noueront. Parmi les multiples facettes de sa production, la Cellule se concentre aujourd'hui sur le côté peplumesque de la discographie du Cairo Jazz avec pour commencer en douceur ce titre dédié à Cléopatre :
Plus explosif, le suivant nous emmène dans la vallée des Rois : jazz en technicolor!
Enfin, le morceau le plus tonitruant du jour (après une longue introduction mystique) évoque la célébration des ramadans du futur, à l'époque de la conquête extra-terrestre. Peplum spatial et mambo ultra-puissant pour finir :
Sur l'histoire de Salah Ragab, vous pouvez voir ici, par exemple ; et pour vous procurer ses enregistrements, le blog Arab Tunes leur consacre deux posts très généreux : et .


mardi 12 février 2019

Embardée mystique : Laraaji (1984)



Trip new age sur la Cellule ce soir. Nous sommes en 1984, une boîte à rythme mène la danse et s'occupe très sérieusement de modifier vos états de conscience. Laraaji (qui avait travaillé avec Eno en 1980) dirige la séance : le voyage va être un peu zarbi, on vous prévient, jusqu'à ce que, pour vous, tout à coup, l'infinité soit un autre jeu.

All of a sudden


Allez la maison n'est pas avare : et pour le même prix, un tour de plus avec "Cosmic Joe" :



samedi 9 février 2019

Pépite soudanaise (2) : Abu Araki Al Bakheit

Accordéon et violons sont un peu l'âme de la musique soudanaise, dirait-on (sans oublier les cuivres et les percus...). Ici se faufile aussi pendant l'intro (imparable intro!) une guitare wah-wah comme échappée des Amériques qui pimente les choses avec malice. On n'est pas très loin de l'ambiance bollywoodienne avec quelque chose de très doux. C'est Abu Araki Al Bakheit qui chante. Le 45T se trouve sur une excellente compilation du label Shellac. Je ne saurais vraiment vous en dire plus (c'est bien difficile de se repérer dans la musique soudanaise quand on ne lit pas l'arabe). On est peut-être dans les années 70 ou au début des années 80...


J'ajoute quand même que Abu Araki Al Bakheit semble être resté une immense star au Soudan et aussi un opposant politique à la longue dictature qui y sévit. Peut-être est-ce ce dont il est question dans cette vidéo?





mercredi 6 février 2019

Pepite soudanaise : Hamed Al Rayah

La musique soudanaise est mal connue et les informations bien difficiles à trouver. A propos de Hamed Al Rayah, par exemple, je n'ai quasiment rien trouvé à vous dire. La chanson du jour n'en est pas moins géniale avec ses percus hypnotiques. Ecoutez cette intro qui tue tout, puis la douceur de cette voix, puis...


Il y a quand même une video qui circule sur le net. Un concert récent auquel on aurait bien voulu assister..








mardi 5 février 2019

Cul dur dans les bidonvilles de Luanda (2011)

 
La Cellule débloque aujourd'hui et vous embarque vers les faubourgs dangereux de Luanda, où sévit le kuduro. Pays du semba et des inégalités extrêmes, l'Angola a aussi accouché de ce style assez dingo du cul dur. On vous épargne la chorégraphie mais on vous conseille volontiers de vous lessiver le cerveau avec ça (pour changer) : 


samedi 2 février 2019

Le Twist ailleurs : Salim El Baroudi à Tripoli (1968)

Tout est très obscur autour de ce morceau que l'on trouve sur la formidable compilation du label belge Radio Martika, Zamaan ya sukkar - exotic love songs and instrumentals from the egyptian '60s. Et d'abord, si le morceau fut enregistré au Caire, c'est bien un chanteur libyen qui serait l’interprète de ce twist qui mélange les langues et ajoute un tant soit peu d'italien à l'original lybico-égyptien. Quant à Salim El Baroudi, on ne connait rien de lui. La date paraissait tout aussi mystérieuse, mais une petite enquête que l'on vient de nous transmettre permet de déduire qu'il s'agit de  1968. La cellule est pleine de tonus aujourd'hui :

Salim El Baroudi - Fatouma


PS : La photo semble une des rares montrant des danseurs dans le Tripoli d'avant Khadafi. A l'hôtel Uadan en l’occurrence, sortie de la collection familiale de Jehad Nga.