jeudi 24 septembre 2015

Les Slows qui tuent (Sénégal, 1979) : le Royal Band de Thiès

Il eût été dommage, subjonctivais-je, que notre série de slows qui tuent ne passe pas par le nœud ferroviaire de Thiès (d'où la magnifique statue de la pochette, ci-dessus) à 80 km de Dakar. L'histoire de la ville compte, en effet, un groupe merveilleux : le Royal Band qui grava sur bande, en 1979, un des slows les plus mortels d'Afrique de l'ouest. Il y a trois ans, l'excellent label grec Terangabeat a publié ce disque resté inédit jusque-là et c'est une bien belle chose à se procurer. Laissez-vous balancer au rythme du latin slow pour commencer la journée.




vendredi 18 septembre 2015

Le raï aroubi ou raï de la campagne (dans la ville de Lyon) : Rabah El Maghnaoui

Je viens de découvrir la formidable anthologie (merci Julie!) consacrée à la profusion de cassettes produites à Lyon par les immigrés maghrébins (1972-1998), réalisée par Péroline Barbet et publiée chez Frémeaux. Trois volumes extraordinaires placés sous le signe du D.I.Y et du low-fi à l'instar des disques indés les plus pointus. Les productions sont sommaires, les morceaux de qualité assez variable avec des pépites magnifiques mais dans un écrin rugueux à souhait. Parmi les multiples artistes ayant écumé les bars ou animé les mariages de la région lyonnaise que font découvrir les trois volumes de la compilation, l'un des plus émouvants est Rabah El Maghnaoui (ou El Maghanoui).


Originaire d'un village au sud-ouest d'Oran près de la frontière marocaine, il mêle le raï d'Oran et les traditions de sa région rurale et invente ce qu'il appelle raï aroubi, ou raï de la campagne (ou country raï si vous trouvez plus moderne de le dire à l'américaine). Arrivé à Lyon en 1978, il adapte sa musique en remplaçant les sonorités des instruments traditionnels (zorna et gasba) par celles de l'accordéon et du synthétiseur qu'il apprend à jouer en autodidacte. Alcool, femmes et nuits blanches mouvementées, la vie de Rabah El Maghnaoui semble passablement dissolue et les morceaux qu'il compose inspirés par son expérience portent la marque de déchirements intenses. "Ses chansons, directes, accablées, prosaïques, improvisées, sont bien celle d'un bluesmen", écrit sa première biographe.

L'homme a réalisé trois cassettes chez Mérabet Editions. Ce que dit Péroline Barbet d'un album déchirant enregistré après un court séjour en prison en 1983 a tout pour en faire un objet mythique (et d'abord parce qu'il s'agit de se mettre en quête de ce graal encore bien caché). 

La compilation Frémeaux compte deux titres. Nous vous proposons le plus tardif qui avec des synthés incroyables et une mélancolie à fleur de peau semble inventer le raï lunaire : Amayna Alik Anti, "Pourquoi m'as-tu trahi?"


Pour compléter ce post, nous avons aussi cherché tout ce qui se trouve sur youtube. Et on ne peut pas dire que ce soit la cohue. La première chanson, "Allamni Laghram" a été placée sur la toile par Place du Pont Productions, autant dire que c'est un bonus de la compilation donnés par ses concepteurs même. Merci! Elle a le même son plus traditionnel que le magnifique morceau daté de 85 qui est sur la compil : sont-ils issus tous deux du fameux album imaginé en prison? On se le demande...


Deux autres morceaux semblent sortir en tout cas d'une même cassette avec un son saturé de synthés acides au possible et des intros comme venues de l'espace.


Enfin, le facebook de Place du Pont Production renvoie à un autre enregistrement des débuts.

Voilà, on en est donc à six chansons et avec du pain sur la planche!

mercredi 16 septembre 2015

Deep Deep Deep : Hermon Hitson

Un peu connu pour ses relations d'amitiés avec Jimi Hendrix (et quelques problèmes de droit hyper embrouillés au sujet de disques posthumes attribués à Hendrix) et avec le grand Lee Moses, Hermon Hitson n'a malheureusement enregistré que très peu de disques durant les 60's. Avant de devenir un musicien de studio et de tournées extrêmement réputé, il avait pourtant gravé quelques galettes extraordinairement goutues, comme ce 45T dont les morceaux étaient sur bandes dès 1965 mais qui attendit 1968 pour paraître (la faute à un producteur des plus négligeants). Les deux morceaux sont coécrits avec Lee Moses.


Le vieux monsieur joue encore autour d'Atlanta. Voyez cette reprise de Hey Joe encore magnifiquement puissante.


mardi 15 septembre 2015

Les slows qui tuent (Algérie, 70's) : Smaïl Chaoui

Magnifique paire de moustache, permanente au taquet et slow qui tue : tous les ingrédients pour nous faire saliver. C'est la fin des vacances, les vagues vous bercent et aussi improbable que cela paraisse, c'est un Percy Sledge algérien qui remue votre mélancolie.


dimanche 13 septembre 2015

Magnifique Myriam Gendron


Maintenant j'en suis sûr. Celà fait trois mois que le disque ne s'éloigne jamais de la platine et j'affirme sans l'ombre d'un doute que l'album de Myriam Gendron est un grand disque. Un classique dévasté comme le sont ceux de Nico. La voix de Myriam Gendron est d'ailleurs étonnament proche de celle du mannequin allemand. Les onze morceaux du disque sont des adaptations des poèmes de Dorothy Parker. Douceur, amertume, ironie, les textes sont magnifiques, lumineusement mis en valeur par les arrangements dépouillés. Linda Perhacs, Vashti Bunyan, Sybille Baier, Karen Dalton, si l'on y tient, on peut trouver des références pour entourer de noms chéris celui de la chanteuse canadienne. On peut tout aussi bien placer Not so deep as a well parmi les opus intemporels qui vous font toucher du doigt cette évidence : 1969 et 2015 sont bel et bien tombés la même année, l'année de l'intelligence et de la sensibilité à vif.

Voici le clip du tube de l'album :


Et pour rester dans cette ambiance si habitée, écoutez donc l'excellente émission concoctée par Benoît Chaput et Myriam Gendron diffusée ces jours derniers sur la radio CKUT de Montréal : folk et poésie, classiques inusables et raretés au programme (dont une  très belle reprise inédite de Léonard Cohen).

vendredi 11 septembre 2015

Les pinceaux du rock : Arnaldo Baptista

Retour de notre série consacrée aux peintres du rock avec Arnaldo Baptista, un des mutants les plus célèbres du Brésil. Les tropicalistes ont rarement les deux pieds dans le même sabot et Arnaldo Baptista le prouve lui aussi en produisant une oeuvre graphique des plus remarquables. La Cellule est heureuse de vous  présenter deux de ses tableaux chopés sur son tumblr : ici.

Et comme il s'agit de musique ici, voici aussi trois morceaux issus d'un bel album tardif, Let It Bed, dont on vous propose l'intro hantée, un morceau psychédélique et une version d'un classique gospel aussi expéditive qu'une réduction à la Pascal Comelade.
Pour ceux qui auraient oublié que la musique brésilienne, c'est au moins aussi tordu que jubilatoire!

mercredi 9 septembre 2015

Reparata & The Delrons

Un peu de plaisir pur pour reprendre du service en cette rentrée, non sans une petite dose de mélancolie maligne avec Reparata (alias Mary O'Leary) & The Delrons, un des girl group les plus ébouriffants mais aussi les plus constants des sixties. Mais sans plus de phrases, voici d'abord l'excellent :
Avant une chanson plus péchue (presque garage) :
Et un des sommets du mélodrame adolescent dû à la plume de Jeff Barry qui rivalise ici avec les morceaux les plus ambitieux de Phil Spector ou des Shangri-Las :
Classe absolue!