lundi 1 juin 2020

Laos 1931 : tellement loin, tellement près

La notion du temps se brouille quand vous écoutez ce solo de khène, instrument traditionnel laotien, et que vous vous rendez compte que ce morceau date de 1931. C'est un dénicheur de génie, Ceints de Bakelite, qui nous le fait découvrir dans une formidable déambulation à travers les collections de Gallica. On n'en revient toujours pas.
 



mercredi 27 mai 2020

Déconfiner enfin. Ou pas. Un moment d'hésitation avec Brian Wilson et Sagittarius.



Les témoignages sont unanimes : la fin du confinement, ça ne s'est pas passé sans quelques petites perturbations psychologiques. Oui, ce cocon artificiel comme hors du temps, on n'y était pas si mal après la phase d'adaptation initiale. Il va falloir réapprendre à marcher sur le sol prosaïque de la vie quotidienne. Sans vertige. Ou alors non et si on restait dans notre chambre...

C'est bien l'option que suggère l'écoute de "In My Room", cette incroyable ode à la claustrophilie adolescente écrite en 1963 par Brian Wilson et Gary Usher, un des sommets parmi les hits des Beach Boys. Six ans plus tard, Sagittarius, le groupe de Gary Usher se réapproprie le titre sur son deuxième album un peu méconnu. C'est Curt Boettcher qui chante et c'est presque aussi envoutant. Alors : sortir ou pas...

Sagittarius - In My Room (1969)


PS : Source de l'image : Illustrierter Leitfaden der Naturgeschichte des Thierreiches, 1876.

samedi 23 mai 2020

Là où coule le miel et le lait de la pop de Curt Boettcher (Summer's Children)

La Cellule vous prend la main aujourd'hui pour vous emmener en promenade au pays de la pop enchantée imaginée par le producteur Curt Boettcher (Millenium, Sagittarius, etc.). Les groupes inventés par Boettcher n'ont souvent qu'une existence toute hypothétique réduite à quelques sessions d'enregistrement quelquefois même recomposées après-coup, mais derrière ces hétéronymes se cachent quelques-uns des perles les plus euphorisantes de la musique californienne. Les paroles sont ici pur prétexte, mais ne vous donnent pas moins le sésame pour revenir à l'age d'or, là où coule le miel et le lait de l'utopie pop.

Summer's Children - Milk and Honey (1966)


Et sur la face B, de ce second et ultime 45T des Summer's Children, vous pouvez découvrir un morceau plein de mélancolie adolescente qui pourrait vous faire penser à une histoire des Shangri-Las produite par Joe Meek. Pure et étrange merveille détachée du temps.

Summer's Children - Too Young To Marry (1966)




lundi 18 mai 2020

Quand Link Wray dévoie un chanteur de gospel : la météorique carrière de Bunker Hill


Certains des disques les plus frappants dans l'histoire du rock'n'roll ont été créés par des inconnus plus ou moins parfaits. David Walker fut un de ces artistes séminaux dont l'existence reste fort obscure alors que leurs disques illuminent les compilations sur lesquels ils figurent. Né en 1931, David Walker partagea d'abord son temps entre la boxe et le gospel. Il entra dans les Mighty Mighty Clouds Of Joy un des groupes fameux de Los Angeles où son timbre rauque faisait merveille comme vous pouvez l'entendre ici :

Mighty Mighty Clouds of Joy "Jesus Lead Us Safely" (1960)


Comme Sam Cooke, la tentation de s'illustrer dans le versant profane de la musique vint titiller le jeune homme. Nul monument de douceur à l'horizon pour autant car c'est avec le guitariste Link Wray que l'accord se noua. C'est le côté le plus rêche du gospel qui serait lâché cette fois dans le monde. Personne ne sait pourquoi David Walker choisit le nom d'une bataille de la guerre d'Indépendance pour lancer sa carrière rock'n'roll mais l'on sait que ce pseudonyme devait dissimuler sa trahison dans le monde du gospel. La première galette sortit sur le label Mala en 1962. Toute la force du gospel était convoquée là pour exhorter l'assistance à se déchaîner sans trêve ni repos sur un rythme binaire des plus primitifs.

 BUNKER HILL -
Hide And Go Seek, Part I / Hide And Go Seek, Part II (1962)


Le second 45 T reprenait les choses où il les avait laissées. C'était au tour du petit chaperon rouge de venir voir le loup sur la piste de danse. Sur la face B, un pur morceau de deep soul rappelait les origines gospel de Bunker Hill.

BUNKER HILL - Red Ridin' Hood and the Wolf (1962)

BUNKER HILL - Nobody Knows (1962)


Puisqu'il était présent dans les studios un jour d'enregistrement de Link Wray, Bunker Hill ne dédaigna pas de faire à l'occasion les chœurs.

LINK WRAY & HIS RAYMEN  - Dancing Party (1963)


1963 vint cependant clore la météorique carrière de Bunker Hill avec deux titres débordant d'énergie,  Sur son dernier 45T, Bunker Hill semble dépasser Little Richards sur son propre terrain. Surchauffe garantie sur la piste avec Link et les Raymen pour assurer les arrières.

BUNKER HILL - The Girl Can't Dance (1963)



BUNKER HILL - You Can't Make Me Doubt My Baby (1963)


Apparemment son échappée du côté du rock'n'roll le plus sauvage n'était pas passée inaperçue aux amateurs de gospel. David Walker put cependant revenir pour un court moment en 1963 avec les Mighty Clouds Of Joy. Il apparaît en effet pour son tout dernier enregistrement sur la face B d'un 45T de ce groupe prolifique.

THE MIGHTY CLOUDS OF JOY - You'll Never Know (1963)


Quoi qu'il en soit l'histoire se termine ici sans que personne ne sache pourquoi David Walker, alias Bunker Hill, déserta les scènes profanes ou sacrées après une déflagration sonore aussi mémorable (vous trouverez sa discographie complète ici et là une enquête biographique admirable, le tout par le journaliste finlandais Peter Hoppula).


PS : La toile : John Trumbull, La Mort du général Warren à la bataille de Bunker Hill, le 17 juin 1775, 1786 (Musée des Beaux-arts de Boston).

dimanche 3 mai 2020

De Chopin à Link Wray en passant par Tino Rossi et quelques autres

C'est peut-être la plus célèbre des études de Chopin. Tout commence donc dans les années 1830 avec cet inoubliable morceau pour piano :


Un siècle plus tard, fleurissent les adaptations munies de paroles en allemand, en français, etc. Tino Rossi livre une version suivant le motif troubadour des chansons d'aube. "L'ombre s'enfuit. Adieu Beaux rêves..."

 Tino Rossi "Tristesse" (1939)


Non moins sentimental, l'uruguayen Edgardo Donato en donne, lui, une saisissante version tango.

Edgardo Donato "La Melodia del Corazon" (1940)


N'oublions pas la version des Quatre barbus qui opèrent un retournement digne des Poésies de Lautréamont (Montevideo quant tu nous tiens!) et transforment, avec le concours de Pierre Dac, la tristesse en chant d'allégresse.

Les Quatre Barbus "Chant d'allégresse" (1960)


"Les hommes sandwich ne se mangent plus entre eux"

Et c'est enfin au tour improbable de Link Wray de pendre la mélodie de Chopin au cou de la guitare la plus sauvage d'Amérique (un peu adoucie pour l'occasion).

Link Wray "Golden Strings" (1960)


jeudi 30 avril 2020

Le 30 avril 1959 : l'unique galette de Ray Ethier (deux instrumentaux qui déménagent)


Le 30 avril 1959, le chanteur Ben Hewitt entre dans les studios Mercury de New York avec son petit groupe pour enregistrer sous la houlette de Clyde Otis. Quatre titres sont rapidement mis sur bande mais comme il reste un peu de temps à la fin de la session, on propose à son guitariste, Ray Ethier, de graver deux excellents instrumentaux qui déménagent et constituent la totalité de sa discographie personnelle. Les deux titres aux noms énigmatiques évoque une "fille en esclavage" et "la marche du président". La Cellule vous plonge dans le rockabilly confidentiel et puissant ce matin en compagnie de ce cousin très méconnu de Link Wray.

Ray Ethier "Slave Girl" (1959)



Ray Ethier "President's Walk" (1959)




samedi 25 avril 2020

La valse des prénoms mortels : Delia (partie le 25 décembre 1900)


Certains faits divers sont devenus des mythes par le biais de la chanson populaire. Greil Marcus a consacré un fascinant article à l'assassinat de Billy Lions par "Stag" Lee Shelton dans un bar de Saint-Louis, le 25 décembre 1895 et à ses prolongements à travers la musique américaine. C'est un autre 25 décembre, cinq ans plus tard, que la jeune Delia Green, 14 ans, fut assassinée dans le voisinage de Savannah, en Géorgie, par son amant Mouse Houston, à peine plus âgé avec ses 15 ans (pour en savoir plus allez voir ici). 

On ne tarda pas à chanter l'histoire de cette afro-américaine fauchée à la fleur de son âge. Le cheminement du récit tragique fut d'abord sous-terrain et il ne nous en reste nulle trace enregistrée, puis il resurgit cinquabte ans plus tard en donnant naissance à deux traditions distinctes avant de devenir un des standards les plus souvent revisités de la musique populaire américaine.

Une des deux traditions fut d'abord illustrée par le génie local de la douze corde, Blind Willie McTell, qui grava en 1949 une interprétation inoubliable de l'histoire, un des plus incontestables chefs d’œuvre de l'histoire du blues. Dans la tradition McTell, le point-de-vue adopté pour la narration est celui d'un autre amant délaissé par Delia Green.

Blind Willie McTell "Little Delia" (1949)


L'autre tradition donna lieu pour la première fois à un enregistrement la même année en 1949 mais à Nassau cette fois-ci, aux Bahamas, dans une version du genial Blind Blake.

Blind Blake & The Royal Victoria Hotel Calypos "Delia Gone" (1949)


Dans la tradition Blind Blake, le point-de-vue est celui du meurtrier. C'est cette variantes qui a connu le plus de réinterprétations comme celle de Johnny Cash (avec ses deux versions à trente ans d'intervalle)

Johnny Cash "Delia's Gone" (1962)


 Johnny Cash "Delia's Gone" (1994)