mercredi 21 octobre 2020

Exhumons Exuma (4) : II (1970)

 

Le deuxième disque d'Exuma, sobrement intitulé Exuma II, est paru en 1970, année prolifique avec pas moins de trois albums. La pochette peinte par Macfarlane Gregory Anthony Mackey (1942- 1997), alias Exuma himself, est très réussie à mon goût mais pas forcément engageante. De fait, le disque n'est pas le plus facile d'accès, on peut même dire que l'écoute intégrale du disque est un peu éprouvante, la magnifique foire vaudou ayant une certaine tendance à virer au grand-guignol. Il y a cependant plusieurs pépites comme le morceau endiablé qui ouvre le carnaval :

Exuma - "Damn Fool" (1970)

 

Vous avez aussi le blues hanté de "We Got to Go"

Exuma - "We Got to Go" (1970)

Dans le genre cinglé, "African Rhythm" vous emmène dans une jungle hallucinée où chercher je ne sais quel lion peut-être bien aussi cintré que vous. Petit chef d’œuvre de dingotterie comme en apesanteur.

Exuma "African Rhythm" (1970)




 

dimanche 18 octobre 2020

Exhumons Exuma (3) : Exuma (1970)

 

La Cellule revient aujourd'hui sur le cas Exuma (voir ici et pour les épisodes précédents). Bon, on aurait quand même pu commencer par le commencement (comme on le recommande depuis que le conte d'Hamilton a écrit ses fameux contes facétieux) et par le premier disque (le premier des trois sortis en 1970!), où d'ailleurs il se présente lui-même :

Exuma "Exuma, The Obeah Man" (1970)

C'est tout l'héritage occulte afro-antillais que revendique ici avec fracas le bahaméen Tony Mc Kay au moment de faire son apparition dans le monde de la musique enregistrée.

Exuma, c'était mon nom quand je vivais dans les étoiles

Exuma, une planète qui a embrasé Mars,

Beaucoup de voix sortent à travers ma gorge

La dent d'une grenouille, la queue d'un bouc!


Je suis Exuma, l'homme Obeah!

Outre ce lyrisme échevelé et incantatoire, il y a aussi de merveilleux moments de décontraction passablement zarbis sur ce disque-manifeste dans la lignée ouverte par le Dr John, comme "Jukanoo" où rappliquent quelques-uns parmi instruments antillais les plus curieux et sans grand souci de mise en ordre. Écoutez donc ça :

Exuma "Junkanoo" (1970)









mardi 6 octobre 2020

La splendeur des guitares luso-africaines au temps du synthétiseur : Elisio Gomes et Joachim Varela (Cap-Vert, 1993)

 

Parmi les vagues de rééditions qui réjouissent le cœur et les oreilles des explorateurs des musiques populaires de la planète, il y a des modes. Une des modes les plus euphorisantes des toutes dernières années a concerné la seconde génération des musiciens Cap-Verdiens après celles des grands classiques que sont Cesaria Evora, Bana ou le lumineux guitariste Humbertona. Les labels Analog Africa, Sofrito ou Ostinato Records ont tous récemment fait leur miel (et le nôtre) de cette phase où toute la richesse de la musique insulaire s'exprime en intégrant de nouveaux moyens comme le synthétiseur. Trouvé sur l'excellentissime compilation d'Ostinato Records, Synthetize the Soul, c'est un duo formé par Elisio Gomes et Joachim Varela qui excite notre curiosité aujourd'hui. L'anthologie susdite n'offre qu'un seul morceau du groupe, mais un morceau génial où la splendeur des guitares luso-africaines (celle du Super Mama Djombo, par exemple) brille sur un rythme synthétique pris de frénésie.

Elisio Gomes et Joachim Varela "Chuma Lopes" (1993)

 

Discogs nous apprend que le titre se trouve sur un album dont la moitié des titres sont en français ("Tout le Monde", "Attention Marie" et "Je-Ne-Puis-Pas") mais le seul autre morceau que nous avons trouvé sur la toile est "Angelina", très bon lui aussi (mais sans guitares malheureusement). Autant dire que l'on serait friand de toute autre information sur le disque (avis à la population!).

Elisio Gomes et Joachim Varela "Angilina" (1993)


 


dimanche 27 septembre 2020

Limite, limite : mais que devient Václav Neckář en 1985?

 


Aujourd'hui, on continue l'exploration de la discographie profonde du chanteur de charme tchécoslovaque Václav Neckář. Neckář [prononcez Netskarj, s'il vous plait], c'est l'introducteur à Prague, l'introducteur élégant du meilleur des modes musicales extérieures. Il y a un petit truc qui le rapproche de Claude François dans la voix (et la coupe de cheveux), mais pour la curiosité musicale et la sûreté du goût, ce serait plutôt l'équivalent de Polnareff ou d'Eddie Mitchell. Oui, mais voilà, cette fois-ci, nous sommes en 1985 et là franchement ça se gâte un peu du côté de la sono mondiale mainstream et donc de la source d'inspiration principale. Le disque s'appelle "Nous irons loin tous ensemble", Neckář et ses musiciens posent sur la pochette en tenue de bal costumé et, il faut bien l'admettre, on plonge dans une soupe pop modérément digeste. Neckář n'en est reste pas moins un aventurier et c'est sans doute sur cette galette des studios d’État Supraphon qu'on trouve la première expérimentation kraftwerkienne ("Jsem Jen Nemy Stroj") réalisée sur les bords de la Vltava, ainsi que le premier morceau hip hop en tchèque ("Okresni Vitez"). Que les spécialistes n'hésitent pas à nous indiquer s'ils connaissent des précédents. Mais bon, en fait, on vous en dispense pour nous concentrer sur la petite perle minimaliste pleine de tonus du disque avec ses paroles douces amères parce qu'il est temps de se trouver un mec et que, tic tac, l'heure tourne, et que c'est plus drôle du tout maintenant : 

Václav Neckář "Výhodná partie" (1985)



samedi 19 septembre 2020

8 heures du matin à 8 heures du soir

Deux filles.
Deux garçons.

Deux frères, deux amoureuses.
Ils sont jeunes, ils s'aiment, dans la banlieue coquette de Hertford au nord de Londres, au tout début des années 80. Quoi de plus naturel que de monter un groupe de musique quand on traîne ensemble du matin au soir dans l'Angleterre de cette époque-là ? Un vent de liberté souffle pour les femmes, elles sont dans tous les groupes sans jouer les potiches, elles sont de toutes les soirées. Elles prennent le micro, elles prennent la scène.

Le fait qu'il ait fallu attendre la réédition en 2013 par Captured Tracks des deux cassettes de Bona Dish (initialement sorties en 1981 et 1982 chez In-Phase) pour retomber sur ces merveilles me laisse pantoise.

C'est parfois frais et léger, c'est parfois noir et lourd, c'est vivant. Il y a du Marine Girls là-dedans (dont les chansons germent d'ailleurs à la même période et dans la même banlieue). La plupart des paroles évoquent les rebondissements romantiques internes au groupe mais ça n'est pas le cas de ce formidable "8am", tube absolu et immédiat.

Bona Dish — « 8am » —1982

 
Le dub n'est jamais très loin non plus. Il y a du Slits là-dedans.  

Bona Dish — « Challenge » —1981

 
Une chose est sûre, il y a de la joie là-dedans

Bona Dish — « Tactile sob » —1982



On peut entendre Bona Dish et une floppée d'autres groupes où les femmes occupent une place de choix dans les formidables compilations Gunilla mixtapes (il y en a 28 en tout !) du super collectif Rosa Vertov basé à Rennes. Tout est téléchargeable sur leur site et c'est un monde merveilleux à explorer : plongez-y avec délice.

Petit bonus : une interview de trois des membres du groupe où est évoqué un album mystérieux encore jamais sorti. Je donnerais cher pour écouter ces bandes...

Dans la famille Rodriguez, demandez la sœur : Estela Rodriguez Scull


Outre Arsenio, "l'aveugle miraculeux" de la musique cubaine, génie de la tres, la vaste famille Rodriguez, originaire de la province de Matanzas, a fourni plusieurs musiciens renommés mais elle ne comptait qu'une seule et unique fille (entourée de quatorze frères!) : Estela Rodriguez Scull. Chanteuse particulièrement versatile, elle participe activement au succès des orchestres menés par son frère, de La Havane à New-York. Certains des morceaux où on peut l'entendre ont cette particularité vraiment extraordinaire de la musique cubaine de parvenir à mêler en un tout unique les extrêmes opposées : emphase et prosaïsme, exaltation et comique, chant lyrique et partie parlée qui annonce le rap, majesté aérienne et rythme viscéral. L'eau et le feu! Comme si la polyrythmie devait aussi vous embarquer dans la plus grande profusion d'émotions simultanées.

Arsenio Rodriguez et Estela Rodriguez Scull - "Ta Benito Eh" (1950)


PS : On trouve très peu de photos d'Estela Rodriguez sur la toile. Sur celle-ci, elle porte des lunettes de soleil. Elle provient du blog ¡Vamos à Guarachar! qui a l'air tout à fait recommandable mais plus guère actif...

vendredi 18 septembre 2020

Surfin' Lamotte-Beuvron

 


Et si Elvis était né à Limoges ? Et si le delta du Mississippi débouchait en baie de Somme ? Et si Woodstock avait eu lieu dans la banlieue de Beauvais ? Et si Lennon et Mc Cartney s'étaient rencontrés au Lycée à Saint-Flour ? Qu'en serait-il de leur musique ? Pour les amateurs d'uchronie musicale André Popp nous offre une pièce de choix : Et si les Beach Boys étaient de Lamotte-Beuvron et s'étaient épris de chasse plutôt que de surf ? Voici la réponse en trois minutes :