mercredi 16 octobre 2019

Les miettes du festin : Townes Van Zandt (1971-1972)


Townes Van Zandt fait partie de ces quelques musiciens qui ont fait vraiment trop peu de disques pour nous rassasier. On se jette sur la moindre miette qui parait en réédition parce qu'elle peut cacher une pépite. Parmi les démos de 1971-1972, période faste, publiées sous le titre "Sunshine Boy", on trouve par exemple une magnifique version de Pancho & Lefty dépouillée de ses cordes et cuivres et qui sonnent tout aussi bien sans (pas nécessairement mieux mais tout aussi bien) : 


On y trouve aussi la face B d'un 45T, quasiment inconnu, avec un gros son pas très fréquent chez TVZ.

Townes Van Zandt, Sunshine Boy (1972)


Ou encore une reprise fragile et merveilleuse de "Dead Flowers" des Stones.

Townes Van Zandt, Dead Flowers (démo)




dimanche 13 octobre 2019

Mai 1969 : Dillard and Clark pour s'envoler



Gene Clark après sa rupture avec les Byrds a un temps poursuivi son aventure musical avec le génial banjoiste Doug Dillard dans une veine qui intègre une forte dimension country bluegrass. En mai 1969, entre les deux albums, se glisse dans la courte discographie du duo une petite merveille de 45T qui fut longtemps mythique parce qu'on ne retrouvait la chanson-titre nulle part ailleurs.

Dillard and Clark "Why Not Your Baby" (1969)


Le songwriting est fameux et tendrement désespéré. C'est à la fois enraciné dans le meilleur de la tradition et produit avec une magnificence de cordes inouïe. C'est une chanson qui me fait toujours décoller. Un peu dans la même direction que les BO d'Ennio Morricone.

Sur l'autre face, "Radio Song" est une sacrée réussite aussi.

Dillard and Clark "Radio Song" (1969)


PS : Ce morceau fétiche m'est revenu entre les oreilles ce matin en écoutant une K7 de fan élaborée par un fin connaisseur qui a choisi de réagencer le second album du duo réputé un peu moins bon que le premier. Le résultat est excellent. On trouvera d'autres heureuses manipulations de cet obsessionnel compulsif plein de délicatesse sur son blog : "its lost its found".


lundi 7 octobre 2019

Le génie en contrebande : danser à Brazzaville avec le Rock-A-Mambo

1960. Jean Serge Essous, animateur des soirées chaudes de Brazzaville,est un des grands introducteurs des rythmes afro-cubains dans la capitale de l'autre Congo. Le nom de son orchestre Rock-A-Mambo pourrait vous induire en erreur car c'est plutôt du côté du cha-cha-cha et du son que les racines musicales du groupe sont à chercher. Pour illustrer le genre avec classe, Jean Serge Essous n'hésite pas à faire traverser le grand fleuve à la fine fleur des musiciens de Kinshasa, et notamment à l'orchestre African Jazz dans son ensemble ou presque. Joseph Kabassélé (alias le Grand Kallé) et Rossignol se partagent le chant, Nico (l'immense Dr. Nico) et Tino sont à la guitare, Essous a gardé la clarinette et Roitelet est à la basse. Autour dire qu'il est difficile de réunir une pléiade plus lumineuse dans le ciel de la rumba congolaise. Si la musique cubaine est réinventée avec une virtuosité qui ne laisse rien à désirer, pour ce qui concerne les paroles, l'espagnol est de contrebande garantie pur sucre. Rien ne vous empêchera de danser avec "Baila". On ne vous laisse d'ailleurs pas vraiment le choix :

"O Baila, O Baila / El nuevo ritmo de cha cha cha / La señorita que lo baila / O Baila, O Baila / La música bella mexicana/ Santa Maria!/ Mi amor, mi chiquita / De mi corazón / Feliz de la vida / Saca la cabeza / Ritmo Rock a mambo / Música africana / Ritmo mexicano / Saca la cabeza"

"Baila, 1960" 






Guetter le sommeil comme à la chasse

Il faut sans doute avoir été ermite durant les 50 dernières années pour avoir échappé à la relecture funk qu'Herbie Hancock a faite de son propre « Watermelon man » en 1973.
Mais connait-on aussi bien le chant pygmée de retour de chasse qui a inspiré son introduction rythmique ?
Je ne sais pas pour vous, ni pourquoi, mais ce morceau des Ba-Benzélé me donne irrépressiblement envie de rejoindre la position horizontale et le sommeil.
Ou le rêve éveillé, c'est selon.
À tel point que j'ai cru pendant longtemps que c'était une berceuse.
La fatigue due à la chasse sans doute.


Pygmées Ba-Benzélé — « Solo de Hindewhou (sifflet) » — 1966


Le nom de la flûte Hindewhou est une onomatopée reproduisant l'alternance, caractéristique de cet instrument, de son vocalisés puis soufflés dans cette flûte taillée dans une tige de papaye.

(photo : Simha Arom)

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Et puis, parce qu'il est toujours bon de se remémorer les classiques, je vous propose d'écouter à nouveau la version qu'en donne Bill Summers au début et à la fin du morceau d'Herbie Hancock. Il troque pour l'occasion la flute Hindewhou pour une bouteille de bière bien accordée.

 
Herbie Hancock — « Watermelon man » — 1973
 

Bonne journée la compagnie !
Ou plutôt bonne nuit...

lundi 30 septembre 2019

Collision : la rumba en swing


Nous sommes en 1947 et la fine fleur de la musique cubaine est de plus en plus tentée d'aller secouer le cocotier de la réussite dans les frimas du nord de l'Amérique. C'est ainsi à New-York que se retrouvent le grand conguero Chano Pozo, Arsenio Rodriguez le génial guitariste aveugle avec sa guitare à trois cordes (tres) ainsi que Machito et tout son orchestre flamboyant. On organise alors quelques séances d'enregistrement mythiques où les meilleurs musiciens afro-cubains se frottent volontiers au swing local. 

Chano Pozo y su Conjunto (avec Arsenio Rodriguez) "Seven Seven" (1947) 


Machito et son orchestre, avec Chano Pozo et Arsenio Rodriguez "Rumba en Swing" (1947)


Peu de temps après, Chano Pozo sera embarqué par Dizzie Gillepsie dans l'aventure be bop et aura un rôle fondamental dans la fusion du jazz moderne et des musiques afro-cubaines. Le voyage sera intense mais bref. Après avoir créé avec Diz plusieurs des morceaux les plus emblématiques du genre naissant Chano Pozo se fait flinguer à Harlem, au mois de décembre 1948. Il n'a que 34 ans. Mais c'est encore une autre histoire.

samedi 28 septembre 2019

Crin crin sauvage : Harry Choates (1949)

Le roi du fiddle chez les cajuns de la Louisiane, c'est Harry Choates et puis c'est chouette, Harry Choates mais ça déménage. Essayez donc voir ce boogie de 1949. On a pas attendu que vous naissiez pour swinger comme des sauvages! Vous reprendrez votre souffle un autre jour.
 
Harry Choates - Louisiana boogie (1949) 



vendredi 27 septembre 2019

Collision dans le bayou : cajun goes rumba




C'est un des derniers enregistrements de l'étiquette Khoury si importante pour le renouveau de la musique cajun à la fin des années 40. Nous sommes en 1956 et le tsunami du rock'n'roll vient momentanément de recouvrir la vague des enregistrements cajun. Les musiciens francophones du bayou se mettent à tenter des choses improbables. C'est ainsi que le grand accordéoniste Nathan Abshire s'adjoint le concours de la toute jeune Yvonne LeBlanc, 14 ans, pour une expérimentation cajun rumba complètement défrisante.

"Nathan Abshire et Yvonne LeBlanc - Mama Rosin (c. 1956)"


Le titre est mythique et donnera son nom à un groupe de cajun revisité, qui faisait encore le bonheur des soirées de Genève il n'y a pas longtemps (mais qui est apparemment en sommeil depuis cinq ans). Le grand spécialiste qui tient le blog early cajun a repéré les sources cubaines du morceau, qui viennent sans aucun doute d'un classique de la rumba composé par Eliseo Grenet, "Mama Inez". Mais voyez comme les choses se compliquent délicieusement : c'est apparemment la version de Maurice Chevalier (en anglais!), devenue une ode à la "Môme Inès", qui a inspiré le plus directement les cousins du bayou.

Maurice Chevalier "Mama Inez" (1931)