vendredi 7 juin 2024

To je Salto! (Pologne, 1965)

 

Comme un morceau de rock'n'roll polonais vibrant dans une réalité parallèle... Nous sommes en 1965 et tout est un peu différent dans cette petite ville, où le héros (Zbigniew Cybulski) du film de Tadeusz Konwicki s'est retrouvé par hasard en sautant du train. La musique est du célèbre compositeur Wojciech Kilar qui malaxe la fièvre du rhythm'n'blues d'une manière flippante et inédite. La chorégraphie est vraiment incroyable.

Allez donc voir là : on y trouve le film dans son intégralité. La séquence dont je vous parle commence à 1h30mn et 22s. C'est stupéfiant!

Je vous mets ici la bande-annonce pour vous allécher :


 




 

 


mercredi 15 mai 2024

L'art du kantélé des Caréliens de Tver

 

C'est un minuscule îlot culturel et linguistique que la Cellule vous invite à visiter aujourd'hui : celui que représente les Caréliens installés dans la région de Tver (entre Moscou et Saint-Pétersbourg) depuis le XVIIe siècle (ils fuyaient alors l'invasion suédoise et les conversions au luthérianisme qu'elle impliquait). Ces Caréliens qui furent jusqu'à 150 000 au siècle dernier ne sont plus qu'une quinzaine de milliers à avoir conservé l'usage de la langue, proche cousine du finnois. Nos guides seront les gens de l'étiquette moldave, Antonovka Records dont le catalogue ouvre de merveilleux horizons aux oreilles avides de découvertes. En 2019, ils ont parcouru les villages de la région de Tver à la recherche des particularités musicales de cette petite minorité carélienne en cours d'absorption. En 2020, il en ont fait un très beau disque.

L'instrument phare de ce voyage est le merveilleux kantélé (dont nous avons déjà parlé ici). Les migrants du XVIIe siècle ne l'avaient pas emporté avec eux (pas sûr qu'il existât à l'époque) mais leurs descendants ne l'ont pas moins adopté à l'exemple de leurs cousins de la péninsule scandinave.

Deux morceaux interprétés par les adolescentes de l'ensemble Vihmane pour commencer. Le premier pour célébrer un mariage, le second intitulé les "cloches de Konevets".

Ensemble Vihmane "Suad'ban vir​ž​i" (2019)


 Ensemble Vihmane "Konevitsan kirkonvellot" (2019)
 

Sur le troisième morceau, toujours le même ensemble juvénile de kantélés mais avec une partie chantée.
 
 Ensemble Vihmane "Šano, šano, varane" (2019)
 

Un virtuose du kantélé plus chevronné du nom de Kegri pour prolonger l"exploration, avec une autre version des "Cloches de Konevets", le monastère sur l'île du lac Ladoga, d'où sont originaires les Caréliens de Tver.
 
Kegri "Konevitsan kirkonvellot" (2019)
 

Puis, un morceau pour danser - essayez donc... Danse stellaire sans doute.
 
Kegri "Karielan tanca n°1" (2019)
 

Il y a quelque chose de merveilleusement libéré de la pesanteur dans cette musique, qui peut faire penser aux compositions de Virginia Astley, par exemple. Écoutez ce morceau dédié à la "pureté du matin".

Kegri "Houmne​š​puhtahuš" (2019)


Et pour conclure notre excursion, une version express et a capella de l'Internationale en carélien de Tver. Je suis sûr que vous ne la connaissiez pas.

Viktor Kozlov "Internacionala" (2019)










 




mardi 7 mai 2024

Le cœur désolé de l'ouvrier immigré : Pedro Valente (1953)



Oh que la vie est triste,

Quelle triste vie que celle du manœuvre [parti en immigration]

Oh, quelle déception, quelle désolation!

Loin des parents,

De ta fiancée et des amis, 

Ça donne envie de pleurer, rien que de te souvenir

Tous les déchirements de la condition immigrée se retrouvent dans cette chanson du "bracero", le manœuvre, parti du Mexique pour tenter sa chance aux États-Unis et qui se retrouve blackboulé d'un état à l'autre dans une quête sans issue. Guitare hawaïenne, mariachi, yodel pour conclure sont les ingrédients musicaux de cette bourlingue désolée et conduisent le mélodrame à son apogée. Nous sommes en 1953 et le grand acteur, Pedro Infante, vient de graver un de ses morceaux les plus célèbres.

Pedro Valente con Mariachi Guadalajara  - Canto del Bracero (1953)

 


 






samedi 4 mai 2024

Bien des choses de la part de Moacir Santos (1965)

 

Le premier morceau s'intitule "Chose n°4", le deuxième, "Chose n° 10", le troisième , "Chose n° 5", et ainsi de suite dix fois, dans le plus parfait désordre, jusqu'à "Chose n° 8" : des pans entiers de la Musique Populaire Brésilienne défilent à vos oreilles, qui n'en croient pas leurs yeux. Nous sommes en 1965, Moacir Santos vient d'enregistrer à quarante-et-un ans le premier album sous son nom, un des disques de jazz les plus jubilatoires, les plus aboutis et les plus variés de la décennie que la Cellule vous suggère d'écouter dans son intégralité sans rien perdre de ce grand classique.

Moacir Santos "Coisas" (1965) 


 



lundi 29 avril 2024

Les Nuits de Saïgon au mitan des sixties : Phương Tâm

 

 

La carrière musicale de Phương Tâm à Saïgon est météorique. A seize ans à peine, elle devient chanteuse professionnelle dans la capitale du Viet-Nam du sud, dans un pays en guerre où la présence américaine est toujours plus forte. Elle choisit de placer son répertoire sous l'influence directe de la puissance d'Outre-Pacifique, qui excite alors, il est vrai, les oreilles de la planète entière. La nuit, elle passe d'un établissement à l'autre, motorisée par son paternel qui la transporte de night-club en night-club dans la partie huppée de Saïgon. Puis l'amour arrive et l'arrache à cette vie à 100 à l'heure et Phương Tâm plaque tout, à 21 ans, pour une relation interdite avec un toubib de l'armée. En deux ans, de 1964 à 1966, elle a cependant eu le temps d'enregistrer de nombreux hits qui auraient pu rester ensevelis dans les décombres de l'histoire (l'exil d'un côté, le puritanisme intransigeant des viet-congs de l'autre se conjuguant pour faire disparaître les traces de cette aventure musicale) sans l'obstination de sa fille qui découvrit tardivement - et d'abord avec incrédulité - cette facette de la vie se sa chère maman. Une très bonne compilation sous l'étiquette Sublime Frequencies est née de sa quête (vous la trouverez ici). Plonger donc dans le bain avec un de ses morceaux les plus toniques :

Phương Tâm - Có Nhớ Đêm Nào (Souviens-toi de la Nuit) [1964]


Autre facette fascinante de cette discographie nocturne :

Phương Tâm - Đêm Huyền Diệu (Nuit Magique) [1965]



jeudi 18 avril 2024

Un hymne garage perdu et retrouvé : Art Guy "Where You Gonna Go?" (1967)

 

Le mec faisait de la musique dans un groupe avant (c'était le batteur d'un groupe de surf, les New Dimensions), il en fera aussi après (ce sera celui des Smokestack Lightnin') mais en 1967, il enregistre sa seule et unique galette sous son propre nom. Y figure un des hymnes longtemps perdus du garage. D'abord uniquement distribué comme disque promotionnel de l'étiquette Valiant, le morceau ne rencontra pas son public immédiatement, mais finit par se retrouver sur de nombreuses compils et par être réédité en single en 2020. C'est un des brulots les plus incendiaires de l'époque :

Art Guy "Where You Gonna Go" (1967)

 


Vous trouverez une roborative interview ici.


lundi 8 avril 2024

Minimalisme extrêmiste et premiers pas du rock'n'roll en France : Jean-Baptiste Reilles alias Mac Kac (1956)

  

La France n'a pas forcément réagi au quart de tour mais il fallait bien que quelqu'un s'y colle et ce fut un batteur un peu rondouillard et barbichu, originaire de Sète qui alluma la mèche. Nous sommes en 1956 et il s'agissait d'être dans le coup quand le jazz-band s'avisa enfin de jouer rock'n'roll quelques dizaines de mois après qu'un jeune type au sex-appeal renversant ait lancé les hostilités du côté de Memphis dans la vallée du Mississippi. Jean-Baptiste Reilles, la quarantaine déjà bien avancée, saisit alors l’occasion par les cheveux et enregistre un certain nombre de faces pour l'étiquette Versailles, qui postulent avec d'excellents arguments au titre de premiers disques de rock'n'roll hexagonaux, ce qui ne tournait certes pas nécessairement encore très rond dans les esgourdes du grand public et pas plus à vrai dire dans celles plus distinguées des esthètes amateurs de jazz. Dans cette première rafale, une ode à la dipsomanie la plus résolue se distingue par son radicalisme esthétique. La chose secoue, on vous prévient mais, sans conteste, c'est largement mieux que de se casser une patte.

Mac Kac & His French Rock'n'Roll "J'vais m'en jeter un derrière la cravate" (1956)

On peut aller voir là pour en savoir plus.