mercredi 27 novembre 2019

Histoire du yodel en Tanzanie : Salum Abdallah et le Cuban Marimba Band



C'est une nouvelle fois John Storms Robert et son étiquette bénie, Original Records (ici avec sa compilation Tanzania Sound), qui nous amènent en ces parages peu fréquentés. Nous sommes à la fin des années 40 quand Salum Abdallah, un métis entreprenant, décide de fonder un orchestre dédié à la musique de danse moderne, c'est-à-dire à la rumba, en provenance de Cuba via le Congo voisin. D'abord nommé La Paloma en 1948, son groupe devient le Cuban Marimba Band en 1952. L'acclimatation intègre des instruments ou des genres locaux (comme le magnifique taaraab de Zanzibar). D'autres influences pop ou country se mêlent au tourbillon dynamique qui se prépare à Morogoro, la ville la plus festive de Tanzanie. Et c'est ainsi que l'on peut vouer aux gémonies les impérialistes encore au pouvoir au Mozambique, en Angola ou bien sûr en Afrique du Sud, en poussant les trilles du yodel le plus cubain (non sans quelques inflexions arabes) sur un titre ensorcelant comme "Beberu" :

Salum Abdallah et le Cuban Marimba Band "Beberu" (1960)


samedi 23 novembre 2019

Les merveilles javanaises du label Original Records

La passion pour les productions du label Original Records animé par l'aventureux ethnomusicologue John Storm Roberts (1936-2009) ne cesse d'augmenter à la Cellule. Direction Java cette fois-ci pour des enregistrements réalisés Jack Body en 1976 et 1978 dans les rues de Yogyakarta. Les musiciens sont anonymes et l'on ne connait que le genre qu'ils illustrent et les instruments qu'ils utilisent. C'est cependant captivant. Prenez, par exemple, le genre dit du kroncong. Il se joue avec violon, ukulele, guitare et violoncelle. Les influences portugaises remontent ici au XVIIe siècle. C'est à la fois plein de sophistication et brut, familier et parfaitement étrange. Et c'est merveilleux la saudade javanaise.
 
 
Jasli Jali Kroncong Asli
 
 
Mais prenez le genre du dangdut, c'est totalement différent (avec peut-être une petite affinité dans le jeu de guitare). Les influences sont plutôt pop, la rythmique est au centre et cette fois-ci c'est une jeune femme qui nous entraine directement au pays de la pleine euphorie.
 
 Asoi (Dangdut)
 
 


 




mardi 19 novembre 2019

Marie-José transtlantique avec le Ry-Co Jazz

Notre séquence autour des prénoms trace avec insistance un trait qui relie les francophonies tropicales du Congo et des Caraïbes. Un groupe plein d'influence réunit à lui tout seul les deux côtés de l'océan, c'est le Ry-Co Jazz qui emmena quelques-uns des plus illustres rumberos des deux Congo tenter leur chance dans les Antilles. Les échanges se multiplièrent dans les deux sens et le genre tumbélé est né de ce voyage à haute portée syncrétique. Il enfanta aussi un morceau imparable à la gloire de Marie-José, "la dame à scoubidous". Personne n'a pu y rester de marbre.
Ry-Co Jazz "Marie-José" (1969)



mercredi 13 novembre 2019

L'ode à Emma de Thomas Mapfumo (1983)



Thomas Mapfumo ne ménage pas les pédales d'effet quand il veut dédier une chanson à Emma. Nous sommes en 1983 et le plus grand nom de la musique zimbabwéenne est suffisamment reconnu pour enregistrer à New-York. Une curieuse froideur envahit les sonorités de sa chanson.

Thomas Mapfumo - Emma (1983)


PS : Emma, j'ai imaginé que c'était une femme, mais ma connaissance du shona est absolument nulle. Si ça se trouve, c'est un instrument aratoire ou le nom usuel des soucoupes volantes...


mardi 12 novembre 2019

Prénoms chéris : Pauline



Dans la rumba congolaise, le roi des instruments, c'est la guitare. Et le dieu de la guitare, c'est Nico Kasanda alias Docteur Nico. C'était évident à l'écoute de son tube "Tu m'as déçu chouchou" ou du bien nommé "Mambo Hawaienne", mais pour la première fois je tombe sur un photo qui le prouve en couverture d'une compilation qui lui est consacrée : Docteur Nico, à Kinshasa possédait une guitare hawaienne, une lap steel. C'est la seule incursion à ma connaissance de cet instrument dans la musique congolaise (j'aimerai beaucoup que l'on me prouve le contraire avec d'autres exemples d'audacieux glissandos kinois).

Puisque l'on s'intéresse aux prénoms, écoutons donc le merveilleux Pauline, qui commence par cet invective "hey Nico, dieu de la guitare !" et laissons nous bercer par la celeste guitare du petit frère de Dechaud Kasanda.

Limpidité miraculeuse des musiques de la ceinture du cuivre zambienne

Tous les disques publiés sur l'étiquette Original Music, alimentée dans les années 1980 par le musicologue John Storm Roberts sont de petits miracles. L'album consacré aux chansons de la ceinture du cuivre zambienne ne fait pas exception. Les enregistrements datent de 1957. Ils ont été réalisés par Hugh Tracey, un précurseur de J.S. Roberts. Nous sommes à la frontière du Congo et de fait le sud-est de l'ancien Zaïre et la Zambie minière appartiennent au même ensemble géographique et culturel. La rumba, les influences sud-africaines, une pincée de country aussi se mêlent ici dans un grand dépouillement admirable. Régalez-vous donc avec cette petite sélection dont la légèreté n'a d'égale que la dureté des conditions de travail alors en vigueur :




vendredi 8 novembre 2019

C'est toujours la même chose



Comment faire pour produire avec constance toutes les bandes originales des films de série A, de série B et même des plus improbables séries Z du cinéma italien des années 70 ? Le génial maestro Ennio Morricone a la solution : le plagiat. Mais qui plagier quand on est le meilleur ? Soi-même bien sûr !

Aujourd’hui la cellule d’écoute vous propose un petit exercice de gymnastique auditive : écouter deux fois presque le même morceau. C’est pareil, c’est différent, c’est identique mais pas tout à fait, répétition et variation, chaque version met en valeur sa jumelle.




mercredi 6 novembre 2019

Prénoms toujours : Géraldine


En 1972, Jean-Claude Vannier compose le générique d'une émission pour France Inter : Point d’Interrogation. Le titre de ce thème : Je m'appelle Géraldine, électrisante rengaine entrainante et mélancolique. Les oreilles pointues auront reconnu la patte de l'arrangeur qui a signé l'année précédente l' Histoire de Melody Nelson avec Serge Gainsbourg.



En bonus, je vous glisse le plus percussif "L'ours paresseux" toujours composé par celui qui, selon sa légende aurait appris les rudiments de l'orchestration en potassant un « Que sais-je ? ».

mardi 5 novembre 2019

Rachel aussi est un prénom chéri

Petit garçon dans un corps d'homme âgé, R. Steevie Moore essaie maladroitement d'ensorceler Rachel :
« Please, fall in love with me », tente-t-il...
Sait-on jamais, des fois que.

R. Steevie Moore — « Hey Rachel » —1984



La méthode a peu de chances de porter ses fruits sur la dite Rachel, mais elle fait fondre la cellule.
Comme la plupart des chansons de R. Steevie Moore d'ailleurs, qui en a enregistrées près de 2000 et pas loin de 400 albums depuis 1966. Des bijoux de mélodie d'une complexité pourtant accessible, quelque part au voisinage de John Lennon et Brian Wilson.
Sans rire.

Pionnier de la culture K7 et du DIY né à Nashville, Tennessee, il envoie encore aujourd'hui lui-même ses productions sur bandes magnétiques aux commanditaires qui s'égaient dans la nature.
Mais pourquoi sont-ils si peu nombreux et R. Steevie Moore si peu connu ?
C'est un mystère à éclaircir.

Ça n'empêche pas certains, comme Giacomo Nanni, de mettre en images leur amour pour cette magie.

R. Steevie Moore — « I don't think she knows » —1978


Et comme je n'arrive jamais à clôturer une écoute de R. Steevie Moore par une autre chanson que celle qui va suivre, je vous en fais profiter. Non mais !

R. Steevie Moore — « I never know » —1978