mercredi 13 novembre 2019

L'ode à Emma de Thomas Mapfumo (1983)



Thomas Mapfumo ne ménage pas les pédales d'effet quand il veut dédier une chanson à Emma. Nous sommes en 1983 et le plus grand nom de la musique zimbabwéenne est suffisamment reconnu pour enregistrer à New-York. Une curieuse froideur envahit les sonorités de sa chanson.

Thomas Mapfumo - Emma (1983)


PS : Emma, j'ai imaginé que c'était une femme, mais ma connaissance du shona est absolument nulle. Si ça se trouve, c'est un instrument aratoire ou le nom usuel des soucoupes volantes...


mardi 12 novembre 2019

Prénoms chéris : Pauline



Dans la rumba congolaise, le roi des instruments, c'est la guitare. Et le dieu de la guitare, c'est Nico Kasanda alias Docteur Nico. C'était évident à l'écoute de son tube "Tu m'as déçu chouchou" ou du bien nommé "Mambo Hawaienne", mais pour la première fois je tombe sur un photo qui le prouve en couverture d'une compilation qui lui est consacrée : Docteur Nico, à Kinshasa possédait une guitare hawaienne, une lap steel. C'est la seule incursion à ma connaissance de cet instrument dans la musique congolaise (j'aimerai beaucoup que l'on me prouve le contraire avec d'autres exemples d'audacieux glissandos kinois).

Puisque l'on s'intéresse aux prénoms, écoutons donc le merveilleux Pauline, qui commence par cet invective "hey Nico, dieu de la guitare !" et laissons nous bercer par la celeste guitare du petit frère de Dechaud Kasanda.

Limpidité miraculeuse des musiques de la ceinture du cuivre zambienne

Tous les disques publiés sur l'étiquette Original Music, alimentée dans les années 1980 par le musicologue John Storm Roberts sont de petits miracles. L'album consacré aux chansons de la ceinture du cuivre zambienne ne fait pas exception. Les enregistrements datent de 1957. Ils ont été réalisés par Hugh Tracey, un précurseur de J.S. Roberts. Nous sommes à la frontière du Congo et de fait le sud-est de l'ancien Zaïre et la Zambie minière appartiennent au même ensemble géographique et culturel. La rumba, les influences sud-africaines, une pincée de country aussi se mêlent ici dans un grand dépouillement admirable. Régalez-vous donc avec cette petite sélection dont la légèreté n'a d'égale que la dureté des conditions de travail alors en vigueur :




vendredi 8 novembre 2019

C'est toujours la même chose



Comment faire pour produire avec constance toutes les bandes originales des films de série A, de série B et même des plus improbables séries Z du cinéma italien des années 70 ? Le génial maestro Ennio Morricone a la solution : le plagiat. Mais qui plagier quand on est le meilleur ? Soi-même bien sûr !

Aujourd’hui la cellule d’écoute vous propose un petit exercice de gymnastique auditive : écouter deux fois presque le même morceau. C’est pareil, c’est différent, c’est identique mais pas tout à fait, répétition et variation, chaque version met en valeur sa jumelle.




mercredi 6 novembre 2019

Prénoms toujours : Géraldine


En 1972, Jean-Claude Vannier compose le générique d'une émission pour France Inter : Point d’Interrogation. Le titre de ce thème : Je m'appelle Géraldine, électrisante rengaine entrainante et mélancolique. Les oreilles pointues auront reconnu la patte de l'arrangeur qui a signé l'année précédente l' Histoire de Melody Nelson avec Serge Gainsbourg.



En bonus, je vous glisse le plus percussif "L'ours paresseux" toujours composé par celui qui, selon sa légende aurait appris les rudiments de l'orchestration en potassant un « Que sais-je ? ».

mardi 5 novembre 2019

Rachel aussi est un prénom chéri

Petit garçon dans un corps d'homme âgé, R. Steevie Moore essaie maladroitement d'ensorceler Rachel :
« Please, fall in love with me », tente-t-il...
Sait-on jamais, des fois que.

R. Steevie Moore — « Hey Rachel » —1984



La méthode a peu de chances de porter ses fruits sur la dite Rachel, mais elle fait fondre la cellule.
Comme la plupart des chansons de R. Steevie Moore d'ailleurs, qui en a enregistrées près de 2000 et pas loin de 400 albums depuis 1966. Des bijoux de mélodie d'une complexité pourtant accessible, quelque part au voisinage de John Lennon et Brian Wilson.
Sans rire.

Pionnier de la culture K7 et du DIY né à Nashville, Tennessee, il envoie encore aujourd'hui lui-même ses productions sur bandes magnétiques aux commanditaires qui s'égaient dans la nature.
Mais pourquoi sont-ils si peu nombreux et R. Steevie Moore si peu connu ?
C'est un mystère à éclaircir.

Ça n'empêche pas certains, comme Giacomo Nanni, de mettre en images leur amour pour cette magie.

R. Steevie Moore — « I don't think she knows » —1978


Et comme je n'arrive jamais à clôturer une écoute de R. Steevie Moore par une autre chanson que celle qui va suivre, je vous en fais profiter. Non mais !

R. Steevie Moore — « I never know » —1978


jeudi 31 octobre 2019

La ronde des prénoms chéries et la cumbia wah-wah de Los Destellos




A la croisée du rock instrumental dérivé des groupes comme les Ventures et des traditions locales (cumbia, guajira), Los Destellos créés en 1968 ont enchanté les seventies péruviennes fournissant chaque année un ou plusieurs albums. En 1975, ils sortent l'album Linda Chiquilina, en intégrant à leur son quelques claviers d'époque furieusement bien sentis. Deux des meilleurs titres célèbrent des jeunes femmes à qui nous rendons à notre tour hommage :

Los Destellos - Natalia (1975)


Los Destellos - Linda Chiquilina (1975)


En bonus, n'oublions pas leur tube interstellaire, le chef d’œuvre de la cumbia wah-wah, l'ode immortelle à la gloire de toutes les Patricia!

Los Destellos - A Patricia (1971)


Ce dernier morceau est bien connu pour avoir figuré sur plusieurs compilations fameuses. L'étiquette Vampi-Soul vient de sortir une excellente sélection entièrement consacrée aux Destellos. Le plus sage est encore de se jeter dessus sans plus attendre.




lundi 28 octobre 2019

On sait comment ça commence mais... (Los Sicodelicos, Chili, 1967)

Avec Los Sicodélicos, on sait comment ça commence (en gros le truc beat habituel et par exemple l'intro de "Paint It Black") mais ensuite ça se complique de manière plus ou moins improbable et on se rend compte que le Chili comptait lui aussi (au moins) un groupe joyeusement inventif et jubilatoire dans les sixties.

Los Sicodélicos "I'm a Beast / Soy una bestia" (1968)


L'album entier ("Sicodelirium") est tout à fait agréable :
 
 
Évidemment, l'occasion est bonne de saluer nos amis chiliens et leur magnifique soulèvement!






vendredi 25 octobre 2019

Madagascar euphorique!

On n'avait vraiment rien dit jusqu'ici sur la Cellule de la musique malgache qu'à la vérité on ignorait honteusement, mais tout est en train de changer avec la magnifique compilation que le label Strut vient de consacrer aux productions de la grande île rouge. On ne prend pas même le temps de noter les renseignements les plus élémentaires pour vous vanter cette petite merveille et vous mettre entre les oreilles un morceau parfaitement renversant qui procure une euphorie comparable aux morceaux les plus stimulants du Kenya ou du Zimbabwe (par exemple), avec un son qui lorgne très curieusement du côté des productions indie des années 80 (qu'on ne devait pourtant guère connaître à Tananarive) :

Terak' Anosy Group "Soaliza"




mardi 22 octobre 2019

Anachronique et magnifique : Maladie d'amour au Congo par l'African Jazz



Joseph Kabasélé, dit le Grand Kallé, vient de prendre le micro pour vous exposer ses tourments amoureux. L'African Jazz est là pour le soutenir avec grâce. Nous sommes en 1966 ou 1967 et c'est terriblement décalé de roucouler ainsi sa peine dans un français hors d'âge, que l'on soit sur les bords du Zaïre ou sur ceux de la Seine. Merveille de l'anachronisme!

Grand Kallé et l'African Jazz "Mon Pauvre Cœur"


dimanche 20 octobre 2019

Les Matadors, les cracs du bigbeat tchèque (1967)

Quand la vague beat déferle sur l'Europe des années 60, rien ne l'arrête, pas même le rideau de fer. En arrivant en Tchécoslovaquie, le genre devient le bigbeat et sa meilleure illustration vient d'un groupe au nom exotique : les Matadors. Rien à voir avec la corrida cependant, c'est d'abord le nom d'un orgue électronique fabriqué par une marque est-allemande avec qui le groupe est en contrat. Les Matadors ne produiront qu'un album et une poignée de 45T sur l'étiquette nationale Supraphon, ce qui est bien dommage car c'est un des tout bons groupes des sixties toutes origines géographiques confondues, avec un son quelquefois très proche de celui de Manfred Mann. Leur tube, c'est Zlatý Důl / Hate Everything Except Of Hatter, qui existe en tchèque et en anglais. Évidemment, c'est en tchèque que nous vous le proposons.
The Matadors "Zlatý Důl" (1967)
" Get Down From The Tree" est aussi un titre de première bourre. Vous le connaissiez peut-être du reste, puisqu'on le trouvait sur le second coffret des fameux Nuggets.
The Matadors "Get Down The Tree" (1967) 






mercredi 16 octobre 2019

Les miettes du festin : Townes Van Zandt (1971-1972)


Townes Van Zandt fait partie de ces quelques musiciens qui ont fait vraiment trop peu de disques pour nous rassasier. On se jette sur la moindre miette qui parait en réédition parce qu'elle peut cacher une pépite. Parmi les démos de 1971-1972, période faste, publiées sous le titre "Sunshine Boy", on trouve par exemple une magnifique version de Pancho & Lefty dépouillée de ses cordes et cuivres et qui sonnent tout aussi bien sans (pas nécessairement mieux mais tout aussi bien) : 


On y trouve aussi la face B d'un 45T, quasiment inconnu, avec un gros son pas très fréquent chez TVZ.

Townes Van Zandt, Sunshine Boy (1972)


Ou encore une reprise fragile et merveilleuse de "Dead Flowers" des Stones.

Townes Van Zandt, Dead Flowers (démo)




dimanche 13 octobre 2019

Mai 1969 : Dillard and Clark pour s'envoler



Gene Clark après sa rupture avec les Byrds a un temps poursuivi son aventure musical avec le génial banjoiste Doug Dillard dans une veine qui intègre une forte dimension country bluegrass. En mai 1969, entre les deux albums, se glisse dans la courte discographie du duo une petite merveille de 45T qui fut longtemps mythique parce qu'on ne retrouvait la chanson-titre nulle part ailleurs.

Dillard and Clark "Why Not Your Baby" (1969)


Le songwriting est fameux et tendrement désespéré. C'est à la fois enraciné dans le meilleur de la tradition et produit avec une magnificence de cordes inouïe. C'est une chanson qui me fait toujours décoller. Un peu dans la même direction que les BO d'Ennio Morricone.

Sur l'autre face, "Radio Song" est une sacrée réussite aussi.

Dillard and Clark "Radio Song" (1969)


PS : Ce morceau fétiche m'est revenu entre les oreilles ce matin en écoutant une K7 de fan élaborée par un fin connaisseur qui a choisi de réagencer le second album du duo réputé un peu moins bon que le premier. Le résultat est excellent. On trouvera d'autres heureuses manipulations de cet obsessionnel compulsif plein de délicatesse sur son blog : "its lost its found".


lundi 7 octobre 2019

Le génie en contrebande : danser à Brazzaville avec le Rock-A-Mambo

1960. Jean Serge Essous, animateur des soirées chaudes de Brazzaville,est un des grands introducteurs des rythmes afro-cubains dans la capitale de l'autre Congo. Le nom de son orchestre Rock-A-Mambo pourrait vous induire en erreur car c'est plutôt du côté du cha-cha-cha et du son que les racines musicales du groupe sont à chercher. Pour illustrer le genre avec classe, Jean Serge Essous n'hésite pas à faire traverser le grand fleuve à la fine fleur des musiciens de Kinshasa, et notamment à l'orchestre African Jazz dans son ensemble ou presque. Joseph Kabassélé (alias le Grand Kallé) et Rossignol se partagent le chant, Nico (l'immense Dr. Nico) et Tino sont à la guitare, Essous a gardé la clarinette et Roitelet est à la basse. Autour dire qu'il est difficile de réunir une pléiade plus lumineuse dans le ciel de la rumba congolaise. Si la musique cubaine est réinventée avec une virtuosité qui ne laisse rien à désirer, pour ce qui concerne les paroles, l'espagnol est de contrebande garantie pur sucre. Rien ne vous empêchera de danser avec "Baila". On ne vous laisse d'ailleurs pas vraiment le choix :

"O Baila, O Baila / El nuevo ritmo de cha cha cha / La señorita que lo baila / O Baila, O Baila / La música bella mexicana/ Santa Maria!/ Mi amor, mi chiquita / De mi corazón / Feliz de la vida / Saca la cabeza / Ritmo Rock a mambo / Música africana / Ritmo mexicano / Saca la cabeza"

"Baila, 1960" 






Guetter le sommeil comme à la chasse

Il faut sans doute avoir été ermite durant les 50 dernières années pour avoir échappé à la relecture funk qu'Herbie Hancock a faite de son propre « Watermelon man » en 1973.
Mais connait-on aussi bien le chant pygmée de retour de chasse qui a inspiré son introduction rythmique ?
Je ne sais pas pour vous, ni pourquoi, mais ce morceau des Ba-Benzélé me donne irrépressiblement envie de rejoindre la position horizontale et le sommeil.
Ou le rêve éveillé, c'est selon.
À tel point que j'ai cru pendant longtemps que c'était une berceuse.
La fatigue due à la chasse sans doute.


Pygmées Ba-Benzélé — « Solo de Hindewhou (sifflet) » — 1966


Le nom de la flûte Hindewhou est une onomatopée reproduisant l'alternance, caractéristique de cet instrument, de son vocalisés puis soufflés dans cette flûte taillée dans une tige de papaye.

(photo : Simha Arom)

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Et puis, parce qu'il est toujours bon de se remémorer les classiques, je vous propose d'écouter à nouveau la version qu'en donne Bill Summers au début et à la fin du morceau d'Herbie Hancock. Il troque pour l'occasion la flute Hindewhou pour une bouteille de bière bien accordée.

 
Herbie Hancock — « Watermelon man » — 1973
 

Bonne journée la compagnie !
Ou plutôt bonne nuit...

lundi 30 septembre 2019

Collision : la rumba en swing


Nous sommes en 1947 et la fine fleur de la musique cubaine est de plus en plus tentée d'aller secouer le cocotier de la réussite dans les frimas du nord de l'Amérique. C'est ainsi à New-York que se retrouvent le grand conguero Chano Pozo, Arsenio Rodriguez le génial guitariste aveugle avec sa guitare à trois cordes (tres) ainsi que Machito et tout son orchestre flamboyant. On organise alors quelques séances d'enregistrement mythiques où les meilleurs musiciens afro-cubains se frottent volontiers au swing local. 

Chano Pozo y su Conjunto (avec Arsenio Rodriguez) "Seven Seven" (1947) 


Machito et son orchestre, avec Chano Pozo et Arsenio Rodriguez "Rumba en Swing" (1947)


Peu de temps après, Chano Pozo sera embarqué par Dizzie Gillepsie dans l'aventure be bop et aura un rôle fondamental dans la fusion du jazz moderne et des musiques afro-cubaines. Le voyage sera intense mais bref. Après avoir créé avec Diz plusieurs des morceaux les plus emblématiques du genre naissant Chano Pozo se fait flinguer à Harlem, au mois de décembre 1948. Il n'a que 34 ans. Mais c'est encore une autre histoire.

samedi 28 septembre 2019

Crin crin sauvage : Harry Choates (1949)

Le roi du fiddle chez les cajuns de la Louisiane, c'est Harry Choates et puis c'est chouette, Harry Choates mais ça déménage. Essayez donc voir ce boogie de 1949. On a pas attendu que vous naissiez pour swinger comme des sauvages! Vous reprendrez votre souffle un autre jour.
 
Harry Choates - Louisiana boogie (1949) 



vendredi 27 septembre 2019

Collision dans le bayou : cajun goes rumba




C'est un des derniers enregistrements de l'étiquette Khoury si importante pour le renouveau de la musique cajun à la fin des années 40. Nous sommes en 1956 et le tsunami du rock'n'roll vient momentanément de recouvrir la vague des enregistrements cajun. Les musiciens francophones du bayou se mettent à tenter des choses improbables. C'est ainsi que le grand accordéoniste Nathan Abshire s'adjoint le concours de la toute jeune Yvonne LeBlanc, 14 ans, pour une expérimentation cajun rumba complètement défrisante.

"Nathan Abshire et Yvonne LeBlanc - Mama Rosin (c. 1956)"


Le titre est mythique et donnera son nom à un groupe de cajun revisité, qui faisait encore le bonheur des soirées de Genève il n'y a pas longtemps (mais qui est apparemment en sommeil depuis cinq ans). Le grand spécialiste qui tient le blog early cajun a repéré les sources cubaines du morceau, qui viennent sans aucun doute d'un classique de la rumba composé par Eliseo Grenet, "Mama Inez". Mais voyez comme les choses se compliquent délicieusement : c'est apparemment la version de Maurice Chevalier (en anglais!), devenue une ode à la "Môme Inès", qui a inspiré le plus directement les cousins du bayou.

Maurice Chevalier "Mama Inez" (1931)



mercredi 25 septembre 2019

L'instru cajun qui tue : mardi gras rock'n'roll

Nous somme vers 1954 et quand Aldus Roger, un des maîtres de l'accordéon local, réunit les playboys de Lafayette avec l'idée de reprendre un des morceau les plus traditionnels de la Louisiane tout d'un coup (sans doute l'air du temps) la fête prend un côté rock'n'roll méchamment accentué, vous trouvez pas?
 
"Mardi Gras Dance"


 Et si vous voulez en savoir plus, allez voir (une nouvelle fois) le mirifique blog Early Cajun Music.



mardi 24 septembre 2019

Et là bas (à La Nouvelle-Orléans en 1955)

C'est une chanson créole traditionnelle qui traite de nourriture, de beaucoup de nourriture et même peut-être de beaucoup trop de nourriture. A La Nouvelle-Orléans, on ne mégote pas ni avec le goût ni avec les quantités. La version que je préfère est celle de Paul Barbarin, qui a joué comme batteur avec les plus grands King Oliver, Louis Amstrong, Red Allen, Sydney Bechett et qui, à la cinquantaine, a fait aussi quelques disques solos comme celui-là qui date de 1951. Et au fait, vous là-bas, comment ça va?

 
Musicien néo-orléanais jusqu'au bout des ongles, Paul Barbarin est mort d'une crise cardiaque en 1969 alors qu'il jouait lors de la parade du Mardi Gras!

vendredi 20 septembre 2019

Autour du bayou (4) : Nathan Abshire, l'empereur de la musique cajun

"Nathan Abshire est la grande légende de la musique cajun, au même niveau que Muddy Waters pour le blues, Professor Longhair pour le rhythm'n'blues ou Hank Williams pour la country. La musique cajun par excellence, c'est lui, avec un voix pleine de cœur, un jeu d'accordéon virtuose, un accompagnement magnifique - souvent par les Balfa Brothers - et un répertoire pioché dans les marais les plus obscurs de l'histoire cajun" (Lyle Ferbrache).

Voilà, comme ça les choses sont posées. Ajoutons que Nathan Abshire insuffle une tonalité blues à toute sa musique qui lui donne une puissance incroyable. Mais illustrons maintenant ces propos avec une petite sélection de ses disques tardifs du milieu des années 60, enregistrés avec les Pine Grove Boys sous l'étiquette Swallow.

Tout d'abord le "Pine Grove Blues" (1966) qui groove à mort dans le bosquet, avec son violon génial, un guitare slide magnifique et l'accordéon encore au-dessus du lot :

Passons ensuite à une ode endiablée à la vie sur le bayou du Courtableau. Eh le monde, c'est le temps de ramasser les écopeaux, de faire bouillir les tourloulous, d'ébouillanter les ouaouarons et d'avaler enfin ces maudites écrevisses!

"Sur le Courtableau" (1965)


Et puis, on enchaîne avec "Lemonade Song" (1966). Pour l'occasion c'est Thomas Langley qui prend le micro et qui nous entraîne à 200 à l'heure dans l'épopée de la gueule de bois éternelle sur l'air d'une vieille chanson créole de La Nouvelle-Orléans pleine d'épices caribéennes. 

[Oui, je suis d'accord avec vous : bizarre, bizarre, la vidéo qu'on trouve sur youtube...]







dimanche 15 septembre 2019

Autour du Bayou : en apnée avec Johnny Jenkins (1970)

La Louisiane de Johnny Jenkins est un marais d'adoption. Le guitariste est en effet originaire de Macon en Géorgie (pas en Saône-et-Loire). Et oui, comme le jeune Otis Redding, qui d'ailleurs jouait quelquefois avec ses Pinetoppers et faisait office aussi de chauffeur.

C'est ainsi qu'un beau jour de 1962, Otis conduisit Jenkins à Memphis dans les studios de la Stax pour une session d'enregistrement mais il arriva que ce fut Otis qui prit le micro pendant une pause, qu'il enregistra alors "These Arms Of Mine" (avec Jenkins à la guitare) et que ce fut Otis Redding qui devint la plus grande étoile de la soul music. Jenkins n'enregistra quant à lui qu'un seul single pour le label, un instrumental génial au demeurant ("Spunky" en 1964), puis ce fut le temps d'un long silence. 

Ce n'est qu'en 1970 qu'il revint sur le devant de la scène en homme des bayous inquiétant avec un album Ton-Ton Macoute sous forte influence de Dr John, qui venait d'enregistrer son séminal Gris-Gris. L'accompagnaient dans cette aventure Duane Allman et certains de ses amis (comme le génial Eddie Hinton placé pour une fois aux percussions). Le résultat est un disque de blues-rock hanté par le vaudou qui s'ouvre par une reprise de Dr John.

"I Walked On Gilded Splinters"


La version de Jenkins aura d'ailleurs une belle postérité, puisque Beck la samplera pour son premier tube "Loser". Ton-Ton Macoute compte quelques autres précieuses pépites comme "Sick and Tired" avec son pur groove de La Nouvelle-Orléans. A tomber par terre, plus encore que l'original de Chris Kenner :

"Sick and Tired"


Mais l'album entier est excellent! Je crois que je l'ai vu passer par là.


samedi 14 septembre 2019

Au bord du bayou : désespoir cajun

C'est un petit mystère de savoir pourquoi Jimmy Newman choisit le nom de Jimmy Durbin quand il quitta le groupe de Chuck Guillory pour tenter l'aventure en solo. Sur son 45T de 1949, le désespoir lui inspire une valse déchirante, accompagnée par un piano de bastringue et une steel guitar pleine de classe. Rupture et saoulerie, l'enchainement est implacable.
Jimmy Durbin "Drunkard Waltz" (1949)

Pour tout savoir, sur ce titre, allez donc voir cet excellent site consacré à la musique cajun, auquel j'emprunte la photo et la transcription de la valse du poivrot dépité :

Eh, malheureuse, toi t'après m'quitté,


Eh, chère 'tit monde, quoi tu vas brailler?

Quoi tu m'a dis, tu voulais plus m'amer,

Eh, malheureuse, mon j'suis parti m'soûler.  

Eh, jolie monde, toi jolie coeur,
Eh, malheureuse, toi te m'fais du mal.
Quoi tu m'a dis, tu voulais plus m'amer?
Eh, malheureuse, mon j'suis parti m'soûler.












mercredi 11 septembre 2019

Au bord du Bayou (1), Joel Scott Hill, John Barbata et Chris Ethridge (1971)

On peut dire qu'il y a du beau monde autour de la table de L.A. Getaway, ce disque méconnu de 1971 : Joel Scott Hill jouait aussi avec Canned Heat, John Barbata avec les Turtles ou le Jefferson Airplane et Chris Ethridge est un des fondateurs des Flying Buritto Brothers. Et les invités sont aussi à la hauteur : Leon Russell, Clarence White ou Dr John qui nous intéresse plus particulièrement aujourd'hui et qui offre à ce disque psyché roots une de ces comptines hantées dont il a le secret (tout en se mettant au piano).
 
Craney Crow
 
 
 
 



mardi 10 septembre 2019

Tennis de Table



Je ne sais pas comment ça se joue en Guadeloupe, mais ça a l'air vachement violent le tennis de table antillais. Visiblement on échange y aussi volontiers les mandales que les balles blanches. Super pochette, super disque par le pilier de la culture Gwo Ka le chanteur et tambourinier Guy Conquette (qu'on retrouve selon les disques orthographié Guy Conquête, Gui Conquet, Konkèt).


 

Un tel tube n'a pas échappé aux colombiens de Wganda Kenya qui l'on repris quasiment à l'identique.


mercredi 4 septembre 2019

Un classique oublié : le premier album de Ron Davies (1970)

Une pochette colorée, des musiciens de grande classe, un songwriting plein de finesse et d'intensité, le premier album de Ron Davies, "Silent Song Through The Land" avait tout pour être un classique mais il est resté presque inconnu. Pas tout à fait tout de même, puisque David Bowie lui emprunta "It Ain't Easy" qui figure sur Ziggy Stardust, tandis que la structure de plusieurs de ses chansons semblent aussi avoir eu une forte influence sur lui. Une troublante impression de déjà entendu risque donc de vous surprendre en écoutant ce disque mâtiné de soul et de country, enregistré à Nashville en 1970, que la Cellule vous propose aujourd'hui en entier.


Pour quelques informations sur Ron Davies, vous pouvez aller voir le site que lui a consacré sa sœur, où l'on trouve cette photo avec ses amis Robert Dobson et Townes Van Zandt.