dimanche 15 septembre 2019

Autour du Bayou : en apnée avec Johnny Jenkins (1970)

La Louisiane de Johnny Jenkins est un marais d'adoption. Le guitariste est en effet originaire de Macon en Géorgie (pas en Saône-et-Loire). Et oui, comme le jeune Otis Redding, qui d'ailleurs jouait quelquefois avec ses Pinetoppers et faisait office aussi de chauffeur.

C'est ainsi qu'un beau jour de 1962, Otis conduisit Jenkins à Memphis dans les studios de la Stax pour une session d'enregistrement mais il arriva que ce fut Otis qui prit le micro pendant une pause, qu'il enregistra alors "These Arms Of Mine" (avec Jenkins à la guitare) et que ce fut Otis Redding qui devint la plus grande étoile de la soul music. Jenkins n'enregistra quant à lui qu'un seul single pour le label, un instrumental génial au demeurant ("Spunky" en 1964), puis ce fut le temps d'un long silence. 

Ce n'est qu'en 1970 qu'il revint sur le devant de la scène en homme des bayous inquiétant avec un album Ton-Ton Macoute sous forte influence de Dr John, qui venait d'enregistrer son séminal Gris-Gris. L'accompagnaient dans cette aventure Duane Allman et certains de ses amis (comme le génial Eddie Hinton placé pour une fois aux percussions). Le résultat est un disque de blues-rock hanté par le vaudou qui s'ouvre par une reprise de Dr John.

"I Walked On Gilded Splinters"


La version de Jenkins aura d'ailleurs une belle postérité, puisque Beck la samplera pour son premier tube "Loser". Ton-Ton Macoute compte quelques autres précieuses pépites comme "Sick and Tired" avec son pur groove de La Nouvelle-Orléans. A tomber par terre, plus encore que l'original de Chris Kenner :

"Sick and Tired"


Mais l'album entier est excellent! Je crois que je l'ai vu passer par là.


samedi 14 septembre 2019

Au bord du bayou : désespoir cajun

C'est un petit mystère de savoir pourquoi Jimmy Newman choisit le nom de Jimmy Durbin quand il quitta le groupe de Chuck Guillory pour tenter l'aventure en solo. Sur son 45T de 1949, le désespoir lui inspire une valse déchirante, accompagnée par un piano de bastringue et une steel guitar pleine de classe. Rupture et saoulerie, l'enchainement est implacable.
Jimmy Durbin "Drunkard Waltz" (1949)

Pour tout savoir, sur ce titre, allez donc voir cet excellent site consacré à la musique cajun, auquel j'emprunte la photo et la transcription de la valse du poivrot dépité :

Eh, malheureuse, toi t'après m'quitté,


Eh, chère 'tit monde, quoi tu vas brailler?

Quoi tu m'a dis, tu voulais plus m'amer,

Eh, malheureuse, mon j'suis parti m'soûler.  

Eh, jolie monde, toi jolie coeur,
Eh, malheureuse, toi te m'fais du mal.
Quoi tu m'a dis, tu voulais plus m'amer?
Eh, malheureuse, mon j'suis parti m'soûler.












mercredi 11 septembre 2019

Au bord du Bayou (1), Joel Scott Hill, John Barbata et Chris Ethridge (1971)

On peut dire qu'il y a du beau monde autour de la table de L.A. Getaway, ce disque méconnu de 1971 : Joel Scott Hill jouait aussi avec Canned Heat, John Barbata avec les Turtles ou le Jefferson Airplane et Chris Ethridge est un des fondateurs des Flying Buritto Brothers. Et les invités sont aussi à la hauteur : Leon Russell, Clarence White ou Dr John qui nous intéresse plus particulièrement aujourd'hui et qui offre à ce disque psyché roots une de ces comptines hantées dont il a le secret (tout en se mettant au piano).
 
Craney Crow
 
 
 
 



mardi 10 septembre 2019

Tennis de Table



Je ne sais pas comment ça se joue en Guadeloupe, mais ça a l'air vachement violent le tennis de table antillais. Visiblement on échange y aussi volontiers les mandales que les balles blanches. Super pochette, super disque par le pilier de la culture Gwo Ka le chanteur et tambourinier Guy Conquette (qu'on retrouve selon les disques orthographié Guy Conquête, Gui Conquet, Konkèt).


 

Un tel tube n'a pas échappé aux colombiens de Wganda Kenya qui l'on repris quasiment à l'identique.


mercredi 4 septembre 2019

Un classique oublié : le premier album de Ron Davies (1970)

Une pochette colorée, des musiciens de grande classe, un songwriting plein de finesse et d'intensité, le premier album de Ron Davies, "Silent Song Through The Land" avait tout pour être un classique mais il est resté presque inconnu. Pas tout à fait tout de même, puisque David Bowie lui emprunta "It Ain't Easy" qui figure sur Ziggy Stardust, tandis que la structure de plusieurs de ses chansons semblent aussi avoir eu une forte influence sur lui. Une troublante impression de déjà entendu risque donc de vous surprendre en écoutant ce disque mâtiné de soul et de country, enregistré à Nashville en 1970, que la Cellule vous propose aujourd'hui en entier.


Pour quelques informations sur Ron Davies, vous pouvez aller voir le site que lui a consacré sa sœur, où l'on trouve cette photo avec ses amis Robert Dobson et Townes Van Zandt.


vendredi 30 août 2019

Minimalistes japonaises

Bonjour !

Très touchée de faire mon entrée dans cette délicieuse cellule, je sors pour l'occasion de ma besace deux morceaux qui ont le bonheur de combiner de similaires et irrésistibles atouts :
tout en étant très différents l'un de l'autre, ils sont tous deux l’œuvre de femmes japonaises et cultivent un minimalisme brut à vous protéger à tout jamais de la moindre tentative de production léchée.

Œuvrant au sein du collectif multiforme Maher Shalal Hash Baz de son anti-chef d'orchestre de compagnon Tori Kudo, REIKO KUDO fait aussi des disques à elle.
En groupe, c'est gigantesque, imprévisible, bouleversant.
En solo, c'est minuscule, imprévisible, bouleversant.
Et la guitare de Tori Kudo, qui se tient en embuscade pour ne sortir du bois qu'à mi-chemin du morceau, est de celles qui vous donne envie de monter un groupe immédiatement même si vous n'avez jamais touché un instrument de votre vie et de surtout, surtout, vous tenir la plus éloignée possible d'une table de mixage pendant les vingt prochaines années.

Reiko Kudo — « Kaihatsu-san » — 2000



Toujours aussi minimaliste, féminin et japonais, MIAMI est un duo tokyoïte composé d'Ai Kajiya au violon et Ai Kobayashi au sampler. Je ne leur connais qu'un disque, sorti en 2007, « Good Morning Playground ».
On change de terrain de jeu : place à l'enfance donc, aux couleurs acidulées et aux mélodies joyeusement entêtantes.

Miami — « サボテン » — 2007



 またね!

lundi 26 août 2019

Dérouter la prohibition à Porto Rico en 1929

NB l'inscription : "Too old"

1929. Porto Rico est écartelée entre son ancrage hispanique et un processus de rattachement progressif aux Etats-Unis si lent qu'il n'est toujours pas complet à l'heure actuelle. La musique est marquée par la tradition indigène mais les problématiques sont souvent importées de l'envahissant grand frère. C'est ainsi au son de l'accordéon que l'on se débat contre les contraintes de la prohibition (voir ici une étude historique sur le sujet). Ainsi, les Rois de la plena, le nouveau genre à la mode, s'emparent du thème. Rafel Gonzalez Levy dirge l'orchestre qu'il a fondé et bien sûr, c'est à New York que l'on va enregistrer le 78tours : 

Los Reyes de la Plena "La Prohibicion nos Tiene"


Los Reyes de la Plena ne négligent les autres sujet d'actualité, comme les transports ferroviaires par exemple : 

Los Reyes "La Maquina"


Et toute une sélection d'autres morceaux vous attend ici.

samedi 24 août 2019

Compa retro-futuriste : DJet-X (1978)

La Cellule, plongée dans la torpeur estivale, se réveille paresseusement pour vous indiquer en douce un morceau de compas sensationnel et pour tout dire imparable. Nous sommes en 1978, Le DJet-X est le groupe du saxophoniste Gérard Daniel (voyez ici la discographie). On rêve à Port-aux-Princes comme partout ailleurs de voyages interstellaires, mais nulle part ailleurs on n'a intégré de manière aussi jubilatoire (et improbable) le solo d' "Hotel California" à une chanson.

"Jive Turkey"




vendredi 16 août 2019

Jeu de piste : où est ce tigre?


Where's that tiger! Where's that tiger!
Where's that tiger! Where's that tiger!
Hold that tiger! Hold that tiger! Hold that tiger!

Si l'enregistrement du jour n'était pas purement instrumental, ce serait à coup sûr les paroles.

Oui, où est-il ce tigre? Car pour celui de l'enseigne, il est peut-être quelque part où vous ne l'auriez pas cherché. A Kežmarok précisément, loin en Slovaquie, au pied des Tatras, là où l'ours grogne plus souvent que le tigre ne rauque.

Quant à notre Tiger Rag du jour, il vient des Amériques, bien entendu. Et c'est le Friar's Society Orchestra qui le joue en 1922. L'année suivante la formation prendra le nom de New Orleans Rhythm Kings (NORK). Comme son nom ne l'indique qu'à moitié, se réunissaient sous la dénomination de fameux musiciens de La Nouvelle Orléans mais aussi de Chicago. Mais chut, entrons à pas de loup dans la forêt primaire du swing originel (ou presque) :



mardi 13 août 2019

L'autre côté du groove paysan à Haïti et revue en France


C'est un album profondément rural qui nous vient d'Haïti. Les sapes sont classes mais les thèmes des morceaux n'en sont pas moins avant tout agricoles. Le titre place directement le disque sous le signe du roi du poulailler et situe bien les choses. La deuxième chanson s'intéresse directement à "La vie paysan". Le kompa de 1970 peut être endiablé mais aussi lunaire comme sur cet autre morceau, "Bohémiens", à la beauté pure mais comme démantibulée, avec ses claviers en discussion avec les cuivres et presque en apesanteur.
"Bohémiens"

[Il semble qu'il y ait eu un problème de gravure pour le LP : le deuxième morceau du disque n'est pas celui indiqué sur la pochette ni sur youtube].
C'est avec cet improbable hymne au clair de la lune paysan que je voudrais saluer la sortie d'une revue consacré à un thème grave. "Un monde en voie de disparition : les paysans" sous-titre le dernier numéro de L'Autre côté pour sa quatrième parution. Dans ce cas là, Les diables bleus, ce serait un peu l'autre côté de l'autre côté. "Dansez carré", nous suggèraient déjà d'autres Haïtiens!


Pour commander la revue, voyez ici.

Pour le disque, c'est plutôt là.


mardi 6 août 2019

Commémoration de l'iguane!



La Cellule ignore largement la pulsion de commémoration qu'elle illustre qu'avec parcimonie et coumegranossaloume, siouplait! Mais pourquoi négliger l'occasion (qui fait le larron, rappelons-le) si l'idée de célébrer la sortie du premier album des Stooges, il y a tout juste cinquante ans (au mois d'août 1969) nous permet de visiter les terres peu connues de l’Équateur où le salsero Cayito armé de ses Guerilleros semble avoir signé le premier hommage de l'histoire dédié à James Newell Osterberg Jr., et ce dès 1972!





vendredi 2 août 2019

Billard éclectique



Alors que certains se prélassent au bord de la plage et que d'autres randonnent, une partie de la cellule d'écoute n'a pas quitté la ville. Le soleil fait chauffer le bitume et l'écoute ces trois morceaux nous évoquent les néons des salles d'arcades, le vacarme des flippers et les boutons en plastique des bornes de jeux.

Dans le troisième album de sa trilogie expérimentale Sextant (1973), prélude au succès de Headhunters, Herbie Hancock fait crisser les synthétiseurs du Dr. Patrick Gleeson au contact d'instruments plus communs au jazz. La friction fait des étincelles.



Jamais en retard d'une expérience Haruomi Hosono, bien connu des amateurs de YMO se livre à une étude passionnante sur Vidéo Game Music (1984). La première partie du morceau est tout simplement la musique et les sons tels qu'on les entend dans Xevious, un shoot 'em up sorti l'année précédente sur la nintendo NES puis à la fin de la partie, le vrai jeu commence : examiner chaque élément, en apprécier les qualités, les assembler et voir un peu comment on peut travailler cette matière sonore là. La texture si particulière des sons me ramène immédiatement dans les salles d'arcade de mon adolescence ou sur le canapé de mes amis du collège pour d'interminables parties.



Polyrythmie distordue d'une part, bricolage électronique d'autre part autant d'ingrédients que l'on retrouve chez les congolais de KOKOKO ! bidouilleurs inspirés d'instruments du quartier Ngwaka de Kinshasa, leur frénésie chaotique paraît la bande son idéale pour la canicule.




En bonus, parce qu'il est difficile d'évoquer les billards électriques sans y penser : Blast Off des Monks, vraiment pas si loin de KOKOKO!

mercredi 31 juillet 2019

Huile de foie de morue, jus d'orange et Hamish Imlach

Aujourd'hui, la Cellule dans un effort diététique inédit vous conseille de vous mettre dans le gosier en toute urgence autant de cuillerées d'huile de foie de morue que vous en êtes capable, d'avaler ensuite deux bons grands verres d'agrumes pressés puis d'ouvrir au maximum vos esgourdes pour profiter pleinement du très magnifique accent d'Hamish Imlach, barde folk jovial, moustachu et pratiquant résolu du double-sens. Hallelujah : 
 
"Cod Liver Oil and Orange Juice" (1966) 





mardi 30 juillet 2019

Quand corne la muse de la cornemuse!

On nous dit que cette cornemuse pourrait bien être plus flamande qu'écossaise, et ce bien qu'elle soit visible sur la porte d'une magnifique armoire conservée au Musée National d’Écosse (où on la date des alentours de 1600). Un seul bourdon est visible en effet alors que les vraies cornemuses écossaises en ont assurément plusieurs. Les rapports commerciaux entre les Flandres et l'Ecosse étant fort étroits et fort anciens, la chose est tout à fait possible. 

Et puis en fait ça tombe bien cette cornemuse continentale perdue au nord des îles britanniques car le post d'aujourd'hui est consacré à la cornemuse dépaysée : et tout d'abord à la cornemuse yéyé. Ne vous pincez pas, écoutez plutôt cet improbable hommage au rock écossais chanté par Siw Malmkvist, elle-même suédoise exilée en Allemagne...

"Schotten Rock" (1959)


Et comme si ça ne suffisait pas, on vous propose maintenant un détour du côté de la cornemuse jazz avec Rufus Harley qui joue à Montreux avec Sonny Rollins en 1974 une version de "Swing Low, Swing Chariot" qui change vraiment beaucoup de celle que l'on entend à Murrayfield, les jours de Tournoi des Cinq Nations.

"Swing Low, Swing Chariot" (1974)


Merci à Malou, Antoine et Pierre-Jean pour leur aise sur ce post très collectif.

mardi 9 juillet 2019

C'est le Pérou : Los Saïcos ou le groupe garage ultime

On commence à le savoir. Le groupe ultime de la vague garage n'a pas déferlé sur les plages de l'Oregon ou de la Californie mais bien plus au sud du côté de Lima, où quatre jeunes gens ont composé en tout et pour tout six singles entre 1965 et 1966 qui représentent la quintessence de la sauvagerie pré-punk! Los Sa(d)icos débutent sur les chapeau de roue. Écoutez donc leur premier 45. 

"Come On" sur la face a


"Ana", en retournant la galette


Et puis quelques mois plus tard, le tube inévitable : "Demolicion"
 
 
Voilà, vous avez là déjà un quart de la discographie des Saicos, mais tout est indispensable!
 
"Des molaires, des molaires, des molaires", vous crie le dentiste dément qui a mangé le disc jokey!


Sexe où l'on ne croyait pas : Line Renaud et l'egyptologie

On s'occupe de votre mémoire aujourd'hui car peut-être aviez-vous oublié... que Line Renaud a dirigé une revue tout à fait olé olé à partir de 1959 où l'on trouvait par exemple un morceau dont la Cellule, ce soir, vous susurre le curieux refrain : 


Mais nous nous en voudrions de ne pas vous aviser de l'autre trouvaille (plus franchement archéologique) de ce soir, grappillée sur les internets : celle du papyrus érotique de Turin, longtemps caché, et dont on trouve une présentation ici et sur lequel on peut aussi écouter cette conférence.




dimanche 7 juillet 2019

Plagiat par anticipation : The Outsiders / The Housemartins


C'est peut-être tout simplement une influence directe mais comme je connaissais mal ces Outsiders, originaires de Cleveland, Ohio, j'ai eu l'impression que nous avions un cas de plagiat par anticipation caractérisé. Il se trouve que les Outsiders ont eu un réel succès (pour ma part, je n'avais entendu que leur tube "Time Won't Let Me"). En tout cas, quand on découvre "Listen People", une chanson écrite par Graham Gouldman, on peut trouver vraiment troublant que Sony Geraci (des Outsiders) chante d'une manière si proche de celle de Paul Heaton (des Housemartins), non? Vingt ans d'écart et l'Atlantique entre les deux pourtant... Et puis c'est une petite merveille pop!



vendredi 5 juillet 2019

Le twist ailleurs : avec Dickens en Tchécoslovaquie

Il fallait bien que ça arrive mais, à ma connaissance, seuls les tchècoslovaques ont osé faire gigoter ainsi le héros de Dickens. Nous sommes en 1958 et il y a quelque chose de pompier, de sauvage et même d'espagnol dans cette adaptation pleine d'humour.
 
 
Bis repetita choregraphica : 


 
 



dimanche 30 juin 2019

Communication interstellaire : la bourrée de Bouscatel (1906) et le moog raga des Byrds (1967)



Cela fait longtemps que je me dis qu'il faut que je lise absolument sa biographie écrite par André Ricros, qui a l'air passionnante mais j'aurais pu commencer par essayer d'écouter le génie de la cabrette cantalienne, le crack de la Bastoche, Antoine Bouscatel (1867-1945). Et révélation aujourd'hui, je tombe sur cet OVNI de 1906! Le son est absolument fascinant, incroyable. Il y a surtout ce quelque chose de complètement étrange qui donne l'impression d'entendre quelqu'un essayer de communiquer avec l'autre côté de la galaxie en utilisant un invraisemblable télégraphe en peau de chèvre. Si vous ne me croyez pas, écoutez donc ça :


La seule chose que je trouve comparable, ce sont les expérimentations cintrées de Roger McGuinn avec les Byrds (puis en solo) à l'époque où il imaginait une sorte de country-space rock, plus ou moins sous influence indienne. Pour l'occasion, la bourrée de Bouscatel pourrait donc fournir à notre collection le plus improbable des plagiats par anticipation. Mais voyez donc ce que donne "Moog Raga"  enregistré en 1967 :


Ou un peu plus tard, en 1973, "Time Cube" sur un de ses albums solo :




vendredi 28 juin 2019

Cure de hillbilly boogie intensive

Quelque chose me dit que vous n'écoutez pas assez de boogie. Pour ma part, je suis en pleine cure et je me porte comme un charme. En ces temps de moiteur extrême, de chaleur dingo, la langueur vous guette et si vous n'y prenez garde l'immobilité, puis la paralysie risquent de vous attraper par le petit orteil et vous laisser raide comme un piquet piqué au formol. Pour maintenir vos articulations dans un état de souplesse minimale, je vous conseille donc tout spécialement le hillbilly boogie qui a électrisé avant vous les rednecks dans l'immédiat après-guerre. Le rockabilly pointe ici le bout de son nez mais avec une certaine nonchalance adaptée à la situation. Initiez-vous donc au boogie de la danse du serpent tout en souplesse au niveau du bassin avec Roy Hogsed, un petit gars de l'Arkansas qui est allé tenté sa chance à San Diego, avec son accordéon parfois pris de vertiges orientaux.

Snake Dance Boogie (1951)


Vous pouvez maintenant remettre votre stetson en place avant de vous délecter de ce "Crazy Boogie" de Merle Travis. Tout l'orchestre se surpasse devant vous, rien que pour vous et en cas grippe du genoux ou des épaules, je vous conseille de remettre sur la platine ce boogie siphonné et jubilatoire plusieurs par jour si nécessaire :

Crazy Boogie (1947)
 
 






jeudi 27 juin 2019

Psychédélisme dépouillé et bouleversant en Uruguay : Eduardo Mateo (1972)

Après la séparation de son précédent groupe, les El Kinto si pleins de délicatesse [voir ici], Eduardo Mateo se lance une carrière solo au tout début des années 1970. Sa consommation de drogues en tout genre atteint alors des sommets, qui fragilisent régulièrement sa cohérence psychique. On a pu le comparer à ce titre à Syd Barrett, mais s'il y a un lien profond avec la production du flamand rose cramé de Cambridge c'est surtout par le dépouillement de ses enregistrements et l'émotion qui s'en dégage. Appréciez donc pour commencer la beauté sans filtre de ce morceau :


Cependant, le psychédélisme minimal d'Eduardo Mateo est infusé d'influences sud-américaines,  surtout la bossa-nova brésilienne qu'il dote d'une fragilité sans précédent. 

"Quien te vierra"


Eduardo Mateo est un équilibriste des sensations, un musicien lunaire. Sa poésie marche sur un fil à une hauteur vertigineuse. Écrit-il une comptine pour consoler une petite fille retenue à l'hôpital, il est  capable de vous bouleverser comme personne :

"Lala" 





mercredi 26 juin 2019

L'apesanteur à Honolulu : These Trails (1973)


C'est un fait : la colonne d'air au-dessus de nos têtes est sans doute plus légère à Hawaï que partout ailleurs. Ici hippies et autres freaks plus ou moins perchés gagnent des altitudes inconnues, comme échappés de dernières contraintes de formatage. L'extraordinaire Bobby Brown en est une preuve (voir ici), These Trails en est une autre. Ce groupe a enregistré un album confidentiel en 1973, réédité quelques fois depuis 1999. Le point de départ se situe cette fois du côté de Joni Mitchell, pas très loin de la magnifique Linda Perhacs. Les arrangements sont à la fois lumineux et parfois inquiétants. Une flute vous accueille. Un synthétiseur vous attend là où vous ne l'attendiez pas. Les vagues du Pacifique vous emportent encore plus loin que vous ne le croyiez!


vendredi 21 juin 2019

Le hip-hop en 1937 : plagiat par anticipation?




Le fait est bien connu : les racines du hip-hop peuvent être dénichées dans plusieurs genres de la musique afro-américaine relativement anciens comme le jazz (en particulier le scat) ou le gospel (avec notamment la pratique du preaching). Un des exemples le plus célèbre (peut-être le plus ancien) est  ce formidable "Preacher and the Bear" du non moins célèbre Golden Gate Quartet qui nous ramène en 1937.


 Voilà pour l'histoire envisagée de manière linéaire...

Mais la Cellule est tordue et ce qu'elle aimerait bien savoir c'est qui se trouve plagié (avec une si grande anticipation) par le fameux quartet de Géorgie. Bon, mais la Cellule n'est pas très calée question hip-hop, alors elle demanderait volontiers à ses lecteurs de l'aider dans cette petite enquête...

A votre bon cœur!

jeudi 20 juin 2019

Comme un chien fou : Rocky Volcano (1961)


La Cellule vous présente aujourd'hui plus éruptif des rockers français, le Fuji Yama Papa de la Canebière : Jean Jospeh Nicolas, alias Jean Nicaud son premier nom de scène quand il était accompagné par les Rock’s Boys, alias Rocky Volcano! La carrière française de ce morceau de dynamite marseillais est météorique. Ses quatre EP sont tous sortis chez Phillips en une seule année, en 1961. En tout, une série de seize morceaux explosifs inaugurée par une reprise aux petits oignons d'Adriano Celentano :

"24 mille baisers"


Pas de doute, le thème de prédilection de Rocky Volcano, c'est l'amour dans une version légèrement survoltée.

"J'irais n'importe où"


Rocky Volcano, c'est aussi le fantasme réalisé des glottophiles les plus acharnés. Ouvrez-bien les oreilles.

"Pourquoi pas moi..."


C'est encore un as dans le choix des reprises : Sam Cooke, Johnny Preston, Ernie K. Doe ou Charlie Rich, avec ma préférée, cette version de "Everything I do is wrong" :

"Tout ce que je fais"


Et voici l'homme en action :

"Comme un volcan"


Reste à explorer la carrière espagnole de Rocky Volcano et pour les aficionados hardcore celle de producteur porno mais c'est une autre histoire (notice bio détaillée ici). 

lundi 17 juin 2019

Collision : Rhumba Boogie par Hank Snow

1951, la superstar de la country canadienne vient de s'installer à Nashville et décide de faire se télescoper le hillbilly boogie et la musique cubaine au sommet de son attraction. Du choc nait un tube country imparable, "Rhumba Boogie" : 


Et en live :



vendredi 7 juin 2019

Professor Longhair, Dr John, les Meters, Earl King : tout le monde est là!


C'était le 30 octobre 1974, à Chicago et ce soir se trouvaient sur scène la plus grande affiche jamais réunie! Il y avait Professor Longhair, que Dr John présentait avec de bonnes raisons comme l'homme qui a inventé le rock'n'roll, le regretté Malcolm John McRebennack lui-même, les Meters et Earl King. Le Piano est le roi : ne loupez pas sous aucun prétexte la version de Big Chief à trois pianos qui clôt le concert! Longtemps seuls des extraits de cette soirée dantesque étaient disponibles sur la toile, mais désormais c'est l'intégralité du concert que l'on peut voir.
Voici le programme :
 DR.JOHN & The Night Trippers: 1.Walk Right In. PROFESSOR LONGHAIR: 2.Shake Rattle & Roll 3.Tripatina 4.Whole Lotta Lovin' 5. Everyday I Have The Blues EARL KING: 6.Mama & Papa 7.Those Lonely, Lonely Nights The METERS: 8.Looka Py Py 9.Jungle Man DR.JOHN & The Night Trippers: 10.Call A Doctor 11.Qualified 12.Quitters Never Win 13.Such A Nite 14.Right Place [Finale] EARL KING-END JAM: 15.Big Chief.



samedi 1 juin 2019

Frissons : une démo hantée de Tia Blake (1976)

A 19 ans, Christiana Wallman, alias Tia Blake, avait quitté sa Géorgie natale pour faire un séjour à Paris. En cette belle année 1971, elle enregistra  un disque pour la Société Française de Production  Phonographiques qui est un sommet de dépouillement lumineux, à l'instar des disques de Sybille Baïer, et une rareté chérie des amateurs. Sa carrière discographique s'arrêta là mais en 1976, elle enregistra trois démos à Montréal restées longtemps dans des placards. Et sur ces démos, il y a cette chanson qui me bouleverse.

"My Father is a Lonely Man"


Sur Tia Blake, un bel article ici.

Soudan hypnothique : Abu Obaida Hassan


On se laisse dériver au son de la musique Shaigiya d'Abu Obaida Hassan. Énergie, hypnose, transe au nord du Soudan par la grâce des recherches obstinées du label Ostinato. Ma préférée nous invite à danser toute la nuit sous la lune.

"Qamar Al Massa"



jeudi 30 mai 2019

Les guitares incroyables du Botswana (3) : Sibongile Kgaila

On reste sous le signe rose des productions du label Piranha record, dont on ne cesse de louer les merveilleuses productions dédiées aux guitaristes du Botswana. Le héros du jour a une technique légèrement plus classique que ses collègues mais cette fois-ci l'électricité est branchée et, accrochez-vous, vous êtes sur le point de découvrir la perle garage lo-fi la plus décoiffante depuis des années et aussi un as de la mise en scène élémentaire (grâce aux vidéos de Bokete7) :
 
"Tika  Molamu" (vidéo datée de 2013)


"Kgomo" (vidéo dater de 2018)


Et l'imparable "Gladys" (vidéo datée de 2013)


Les enregistrements de Piranha Record ont un excellent son. Il faut vous les procurer!

samedi 25 mai 2019

Friandise : The Free Design (1967)


C'est sucré, c'est vrai, mais aussi subtil, léger, aérien. La Cellule vous propose ce matin une irrésistible .friandise :

"Kites Are Fun"


Vous prendrez bien une seconde part, ne faites pas la fine bouche. Pourquoi pas une reprise de Simon and Garfunkel. On prend le temps ce matin.

"59th Street Bridge Song"






jeudi 23 mai 2019

Les guitaristes incroyables du Botswana (2)





L'année dernière, le label berlinois Piranha eut l'idée géniale d'enregistrer les merveilleux guitaristes du Botswana, on peut désormais profiter de ces artistes dans des conditions d'écoute plus confortables. Ne vous inquiétez, la musique est assez brute pour qu'on ne crie pas à l’aseptisation. Profitez  plutôt de ce morceau entêtant de Solly Sebotso, qui évoque les produits exportés par la Chine.


Les guitaristes incroyables du Botswana (1)


De temps en temps, ça n'arrive vraiment pas souvent, on invente une nouvelle manière de jouer de la guitare, c'est ce qui est arrivé Botswana, dont les musiciens ont développé une technique incroyable, pleine de virtuosité et de dynamisme. Longtemps, il n'y a eu que des vidéos pour témoigner de leur talent. Un certain Bokete7 (qui serait un hollandais expatrié dans le désert depuis 1979) documentait ainsi un moment improbable et magnifique. Merci à lui!

Les guitaristes s'appellent Solly Sebotso, Ronald Maipolai, dit "Ronnie" ou Molefe "Western" Lekgetho. Voici quelques-unes de leurs performances filmées.

Western, "Machingilani", vidéo datée de 2010


Solly Sebotso, "Wateelala", vidéo datée de 2011


Ronald Maipolai, dit "Ronnie", vidéo datée de 2009


Ronnie de nouveau, en 2017



mercredi 22 mai 2019

Le témoignage de la lune : Bana en 1965

Nha Terra Cabo-Verde est un des premiers disques d'Adriano Gonçalves, alias Bana, enregistré comme beaucoup de ceux qui suivront avec l'orchestre de Luiz Morais. C'est une merveille où règne la clarinette de l'ami Morais. Difficile de distinguer sur ce magnifique disque de 1965 (qui se trouve sur Aural Joy) un titre plutôt qu'un autre. Pourquoi pas deux mornas fascinantes comme

"Fidjo de Ninguem"


ou "Lua Nha Testemunha" écrite par le poète Beleza


et puis, pour changer de rythme "Terezinha"


Cap-Vert gigantesque : Bana (1977)

Comment entrer dans l’œuvre foisonnante de Bana (plus de cinquante disques), le géant de la musique cap-verdienne? Rien de mieux qu'une morna déchirante et sublime sur l'album classique de 1977, Miss Unidos, que vous auriez bien tort de ne pas aller chercher dans son intégralité sur le blog bien nommé Aural Joy. Voici donc pour commencer "Grito d'Dor" et ses violons à se damner :





mardi 21 mai 2019

Nuages profonds et sublimes : la soul rare de Little Ann (1969)


Qui a dit que la northern soul manquait de profondeur? La minuscule et magnifique production de Little Ann vient du Michigan et prouve le contraire. Sa voix n'est pas loin de celle d'Esther Phillips mais avec un grain deep distinctif. Deux petits chefs d’œuvre aujourd'hui remis en lumière par Light in The Attic.

Deep shadows 


Who Are You Trying To Fool




dimanche 19 mai 2019

La première reprise d'une chanson de Townes Van Zandt : Bergen White (1970)

Si je ne me trompe pas la première reprise du grand Townes Van Zandt se trouve sur une petite merveille d'album très méconnu, réalisé par un certain Bergen White en 1970. Ce dernier a fait une brillante carrière comme arrangeur dans les studios de Nashville mais ne s'est que très rarement exprimé comme compositeur et chanteur (deux albums et c'est tout). Il avait participé à l'enregistrement de Our Mother The Mountain de Townes Van Zandt, et eut l'excellente idée d'intégrer une reprise de "Second Lover Song" à son propre disque. Sa version est extrêmement réussie :


For Women Only (c'est le titre de l'album) est dans une veine plus pop que ce morceau mais il est aussi souvent teintée de mélancolie. On atteint quelquefois des sommets sous influence de Brian Wilson, comme par exemple dans "Gone Again". Bref, on vous recommande chaudement ce disque à la pochette lisse mais au contenu follement savoureux : 


jeudi 16 mai 2019

Le laconisme brutal de Scott Walker (des débuts inattendus)


Il a fallu se pincer fort pour y croire mais oui, c'est vrai. En 1959, le regretté Scott Engel, alias le grand Scott Walker, a commencé sa carrière musicale par enregistrer sous le nom de The Playboys un instrumental complètement siphonné en Californie, qui en fait à la fois une influence des Cramps pour la sauvagerie du son et un précurseur de Wire pour le laconisme extrême. Mais les vérifications ont été faite. En 1959, le jeune Scott Engel est à peine pubère mais il habite bien à Los Angeles et partage son temps entre le cinéma et le rock'n'roll. Bref, c'est à votre tour de vous pincer!


mercredi 15 mai 2019

Panne d'ascenseur et new wave slovaque (Banket, 1986)

En 1986, le groupe Banket fait fureur dans les booms tchécoslovaques. Son tube immortel, c'est "Po schodoch" (dans les escaliers), chronique amère mais puissamment rythmée du quotidien. 




Je n'ai pas résisté à faire passer les paroles à la moulinette de googletranslate. Il y a visiblement un certain nombre de bourdes dans cette traduction automatique mais le résultat n'en est que meilleur, j'en suis sûr!

L'ascenseur ne va pas encore battre 13 étages
Il reste avec moi
Quelque chose pue dans les escaliers
Et un néon où il ne brille pas
Je n'ai pas peur des ténèbres
Entendre des alertes stéréo et d'incrédulité
Quelqu'un perce quelque chose

mardi 14 mai 2019

Le jazz égyptien sous influence latine : Salah Ragab de nouveau

Nous avons déjà consacré un post aux extraordinaires productions du Cairo Jazz sous la direction martiale de Salah Ragab. Pour le compléter aujourd'hui, intéressons-nous à une composante particulière de ce mélange si merveilleusement épicé : la touche latine qui se mêle comme nulle part ailleurs à un Orient réinventé. Et d'abord le tube absolu du mambo égyptien :

Egypt Strut


Signalons au passage une autre version détectée sur le blog très recommandable Dusty African Groove mais ne laissons pas nos arpions se refroidir et filons gaiment vers cet un hommage à Sun Ra muy caliente.


Enfin un morceau magnifiquement intense où l'influence latino se mêle à toutes sortes de choses et dans lequel on croirait quelquefois entendre surgir le fantôme bien aimé de Moondog.