samedi 27 décembre 2014

Sublime : Jorge Ben


Jorge Ben, pourquoi Jorge Ben? Parce que c'est Noël (ou presque), bande de veinards! Et qu'on avait une envie subite de mettre un morceau sublime sous les jupes du sapin. Un Jorge Ben un peu plus roots que dabe pour vozigues.






dimanche 14 décembre 2014

Humeur massacrante (2) : Theo Hakola


Pour continuer dans la veine de l'expression politique radicale et classe, une chanson qui aurait dû être un tube en 1985, "Peter O'Toole" par Passion Fodder, le groupe d'alors de Théo Hakola ; Théo vu ce week-end au cours d'un concert d'une intensité remarquable. Hommage!

humeur massacrante : bazooka de Carlos Lamartine


Un disque pas vraiment rare aujourd'hui : non un pur classique de la musique angolaise - curieusement la Cellule ne s'était jamais rendue dans ce pays extraordinaire - avec Bazooka  de Carlos Lamartine et son groupe Aguias Reais, un des plus grands instrumentaux, toutes époques et tous pays confondus. Vous verrez que je n'exagère pas. On est en 1971, c'est le temps de la lutte armée et dans notre époque de résignation apeurée, la plus tonique incitation à reprendre la bagarre.

lundi 8 décembre 2014

Les classiques : Muhabbat Kar Lo Jee Bharlo

De la flute, une guitare hawaïenne, ajoutez que ce sont Mohammed Rafi et Geetaa Dutt qui se donnent la répartie : j'en connais qui déjà se pâment d'aise rien qu'à la description. Oui, il y en a qui tueraient presque pour du flutiau vintage bien placé, je vous jure!. Tout ça destiné à un film indien de 1954, Aar Paar de Guru Dutt, un grand succès paraît-il, qui assit la carrière dudit Guru Dutt sur les sommets de Bollywood. La BO est elle même suffisamment excellente pour avoir été rééditée intégralement, ce qui est fort rare. Un immanquable, autrement dit.



Et si vous voulez voir la scène, la voilà. La photo n'est pas mal et les demoiselles fort accortes quant à l'acteur, c'est Guru Dutt lui-même (et non pas le grand Mohammed Rafi) :








mercredi 3 décembre 2014

Sublime : Leslie Riddle

Voilà quelqu'un qui a joué un grand rôle dans l'histoire de la musique américaine sans être très connu. Il faut dire qu'il a très peu enregistré et très tardivement. Il a pourtant eu une influence déterminante sur la Carter Family après leur amicale rencontre en 1928, fournissant largement leur répertoire ou donnant des leçons de guitare à Maybelle (allez voir pour en savoir plus sur cette exceptionnelle collaboration qui cessa en 1937). Blues, country et gospel se sont donnés rendez-vous sur cette merveille très dépouillée de style, enregistrée en 1965. Pas à pas, la Cellule vous guide une nouvelle fois vers le paradis.


PS : Sur la photo, Leslie Riddle est à droite et à gauche, c'est Brownie McGee.

lundi 24 novembre 2014

Rock'n'roll soudanais : Sayed Khalifa


Pur bonheur que ce rock'n'roll soudanais! On ne sait pas trop en quelle année ça a pu être enregistré - vers 1960 peut-être... Mais Sayed Khalifa, ça balance, avec un petit côté Nouvelle-Orléans, non? Quant au chanteur, ce fut une star au Soudan, en Egypte, dans le monde arabe en général et dans toute une partie de l'Afrique avant de voir l'iconoclasme islamiste lui gacher la vie (et détruire par exemple les bandes de ses chansons d'amour à la radio nationale) en même temps qu'il saccageait son pays. Au moment de l'indépendance, le Soudan était un des plus riches pays d'Afrique, on a du mal à s'en souvenir... Mais foin de déploration, écoutez donc ça.

Sans oublier de rendre hommage au blog Phocéephone sur lequel on a trouvé cette merveille.

samedi 22 novembre 2014

Humeur hawaïenne : King Nawahi Hawaiians

Humeur hawaïenne ce matin : harmonie et dissonance, mélancolie feutrée et nostalgie tenace. Rien de mieux alors qu'un morceau de King Benny Nawahi pour tenter de se mettre à l'unisson de ses propres cordes et discordes. King Benny est un des trois grands de la steel guitar qui fascinent le monde de l'entre-deux-guerres avec Sol Ho'opi et Sam Ku West. Le 3 novembre 1931, il enregistre quelque part aux Etats-Unis "I Want To Dream By The Old Mil". Dans le genre sublime.


PS : La photo coloriée est empruntée à un blog consacré à la famille de musiciens et de facteurs d'instruments du début du siècle, les Knutsen, spécialistes de la harp guitar (comme celle du mec à gauche de la danseuse ; King Benny est ici avec une mandoline, pour changer) et fournisseurs attitrés des Hawaiens en vogue. Des instruments magnifiques, de très très belles photos à voir ici.








dimanche 16 novembre 2014

Timbré (la Grèce) : Tzeni Vanou (Τζενη Βανου)

 
Nous ne prétendrons pas que tout soit absolument digeste sur l'album que Tzeni Vanou a commis en 1968 mais, comme chez d'autres grandes stars de la pop internationale, la production à haute valeur calorique de l'époque accompagne quelques réussites à ne pas dédaigner. Puisque décidemment, nous ne sommes pas au régime, nous vous en proposons trois aujourd'hui : un slow qui tue, la plus funk des chansons du hit parade grec de l'époque (du moins on imagine) et un morceau assez épatant démarqué de près des productions de Burt Bacharrach. Si vous êtes curieux et que vous savez lire le démotique, des informations vous attendent (sur un blog dyslexique qu'on se promet d'explorer).
Tzeni Vanou



jeudi 13 novembre 2014

Enzo Carella, Khana Mai Sak et la crême de la crême des compils (2)

C'est à ça qu'on reconnaît les amis vraiment prévénants : ceux qui vous indiquent le spot à compils ultime (le blog du siècle de la semaine comme on dit dans les magasins de disques de Clermont-Ferrand). Et comme on est partageux à La Cellule d'Ecoute, on vous fait immédiatement profiter du plan : ça se passe donc sur le blog Tristes Humanistes (tristes humanistes : quel drôle de nom! oui : pourquoi pas libellule ou papillon?), blog alimenté par un certain Luke Warmcop, par ailleurs membre du groupe Guess What - Luke Warmcop, on te baise les pieds! Les habitués du blog ne seront pas tout à fait perdus mais dépaysés quand même, faites-nous confiance. C'est souvent incroyable comme sur la pseudo-cassette intitulée "What The World Need Now etc." prise au hasard parmi la profusion compilatoire, dont on extrait pour vous les deux pépites suivantes.




La première vient d'Italie avec un chanteur à moustache des mieux calibrés : Enzo Carella. On est en 1977 mais vous ne risquiez pas vraiment de vous y tromper...




La seconde est thaïlandaise. Elle se trouve initialement sur un cassette dont on ne sait à peu près rien... Fin des seventies? Début des eighties?... Le seul endroit où on en parle, je crois bien que c'est ici. Moi, ça me file la même euphorie synthétique que la précédente. Puis aussi, je sais pas pourquoi, j'ai l'impression qu'ils chantent hollandais... Je sais que je suis un des rares amateurs des sonorités de la langue batave mais ça me plait beaucoup ce thaï simili-néerlandais. A vous de voir.




dimanche 9 novembre 2014

Mambo à Paris : Raul Zequeira



Achetez des disques au hasard, achetez, achetez, il en reste souvent quelque chose, comme disait papa Danton. On peut par exemple découvrir un type comme Raul Zequeira, un Cubain installé à Paris, où il a intégré un temps le groupe de Stéphane Grapelli avant de revenir à des choses plus tipicas. Comme toujours quand il s'agit de musique latina, il est très difficile d'obtenir des indications bien précises. Disons que sur la galette chinée il y a d'excellents morceaux, avec une touche venue des Antilles françaises bien perceptible. Oyez donc :


Comme beaucoup des enregistrements de cet ami de Tito Puente ont été faits à Paris, il n'est pas impossible que vous tombiez sur eux : n'hésitez pas. Et pour achever de vous convaincre, allez voir une improbable version chachacha d'une chanson de salle de garde parmi les mieux connues sous nos longitudes. C'est la BnF qui paye sa tournée de gaudriole!






mercredi 5 novembre 2014

Le Texas Twist et la crême de la crême des compils

Ernie Fields, joueur de trombone émérite, a créé un big band dans les années 30 écumant notamment l'Oklahoma et le Texas non sans obtenir un certain écho national. Il délaisse ensuite le jazz pour le R'n'B avant de connaître tardivement à cinquante-cinq balais un succès inespéré avec une version mambo du vieil "In The Mood" de Glenn Miller (sur un malentendu rien moins qu'énorme : voyez l'excellente notice ici). Son groupe (ou plutôt le groupe qui évolue sous son nom) produit alors quelques-uns des instrumentaux rock les plus imparables et ce n'est pas si étonnant avec Earl Palmer à la batterie ou le génial René Hall à la guitare. Exemple : ce "Texas Twist" aussi connu sous le nom de "Teen Flip".


Carrière protéiforme que celle de Fields donc mais pas autant que la compil extraordinaire sur laquelle nous avons repéré le morceau! Il s'agit du volume 51, oui 51! d'une série intitulée A New Kind Of Mambo. Un certain Johnny Q, vénéré sur ce blog, a en effet rassemblé en plus de 50 volumes (53 désormais) la preuve que la musique latine est une des sources principales de toutes les musiques populaires contemporaines, notamment du rock'n'roll et de ses dérivés. Evidemment à la Cellule, on n'en doutait pas un seul instant mais allez donc voir ces formidables anthologies (tout récemment rechargées sur le blog Twilight Zone!) : c'est encore plus jouissif qu'irréfutable. Johnny Q est grand!

http://twilightzone-rideyourpony.blogspot.ch/2014/09/harlem-in-habana-new-kind-of-mambo-vol.html




mercredi 1 octobre 2014

De l'importance de bien savoir utiliser son tuba : Colin Kelly


Puisque il y en a - on le sait, ils nous l'ont dit - qui s'initient de l'autre côté de la planète aux joies de la plongée sous-marine, nous croyons nécessaire de leur fournir quelques conseils de base sur l'utilisation des accessoires de ce dangereux loisir avec Colin Kelly, chanteur bahaméen sans rival dans le domaine. On peut trouver son disque sur l'incroyable catalogue du label Art Records (voir ici) basé à Miami et spécialisé dans la musique des Bahamas et de Panama! Nous, à La Cellule, on dit : wouah! Figurent quelques musiciens assez bien connus comme le grand Blind Blake, Georges Symonette ou André Toussaint mais aussi un nombre impressionnant d'inconnus. Autant dire que tout ça est franchement excitant (n'hésitez pas à nous signaler si vous trouvez trace des productions d'Art Records).


En prime, dans le genre de la novelty song mais en français, toujours sur (ou sous) la mer :

mardi 16 septembre 2014

Ration de secours : Shin Jung Hyun

Bizarre comme quand on n'a pas le temps de s'infuser sa ration de musique habituelle, on peut avoir besoin de se remettre le même morceau en boucle. Encore et encore. Bizarre comme, moi, il me faut des guitares dans ces moments-là. Il y a quelques semaines, c'était cette chanson qui tournait sur ma platine. Elle vient des seventies coréennes. Un souffle épique la parcoure dès le début, clavier et flutes ; le morceau dure, dure, puis apparaît la guitare qui part en vrilles psychées et vous amène dans des régions insoupçonnées. C'est Shin Jung Hyun, chanteur, guitariste, producteur, la figure majeure de l'histoire de la musique pop coréenne qui est aux commandes (un très excellent site consacré au psychédélisme coréen lui réserve la grande place qui lui est due : allez voir ici). La chanson enregistrée en 1974 s'appelle "Beautiful Rivers and Mountains" et célèbre les paysages de la Corée du Sud, ce qui peut paraître parfaitement anodin, sauf si on sait que le morceau répond (ou plutôt ne répond pas) à une commande du dictateur local, l'affreux Park Jung-Hee. C'est en effet le palais présidentiel que le Franco de la Corée du Sud avait ordonné de chanter, non pas le pays tout entier. La sanction ne se fera pas attendre : en décembre 1975, Shin Jun Hyun est condamné pour consommation de marijuana, passe les années suivantes en prison ou en hôpital psy et ressort lessivé de l'épreuve.



samedi 6 septembre 2014

Rugir : les Mills Brothers


Mon animal fétiche, c'est le tigre. Le tigre ne rugit pas, il rauque, le titre est donc un peu approximatif, pardonnez-moi mais il faut bien se faire comprendre. De toute façon, rien de moins rauque que ce "Tiger Rag" des extraordinaires Mills Brothers, tube entre les tubes de ce quartet vocal enchanteur et célébrissime dès les années 30. C'est un tigre en soie qui vous embrasse.

jeudi 28 août 2014

Euphorie : The Jolly Boys à Tokyo

Les Jolly Boys sont devenus assez célèbres l'année dernière avec un disque de reprises réussies. L'histoire de bonhommes bien âgés qui reprennent du service pour remettre au goût du jour un vieux genre musical oublié, on vous l'a tellement déjà faite qu'il est possible que vous soyiez passé à côté de ceux-ci, mais vous auriez eu tort parce que le mento (vous savez la musique jamaïcaine avant le ska, le rocksteady et tutti quanti), c'est de l'euphorie pure. Pour essayer, voici deux titres de 1997 :  le plan com n'était pas encore aussi fignolé qu'aujourd'hui, mais l'énergie ne manquait pas. Ce n'est pas les Japonais présents ce soir là qui me démentiront.


dimanche 24 août 2014

Tbilissi bis : Djansug Khakidze

Notre guide préféré nous indique une nouvelle pépite de Tbilissi. Un orgue, une guitare, les étonnants choeurs locaux et la voix de Djansug Kakhidze, par ailleurs chef d'orchestre renommé. A couper le souffle.


jeudi 21 août 2014

Réanimation : Rita Lee

Tentative désespérée pour réanimer l'été le plus polaire depuis 1959 : Hulla Hulla de l'excellente Rita Lee, membre fondatrice des Mutantes. L'acclimatation la plus réussie de la guitare hawaïenne au Brésil : tropicalisme au carré en d'autres termes.


mardi 29 juillet 2014

Flutre ! et la radio du Momi


 Le M.O.M.I. c'est le Musée des Objets Manufacturés Intéressants, une collection spontanée de curiosités produites en masse administrée par les copains du Club des Chats. C'est à Bruxelles. Le public bien informé délaisse désormais le Guggenheim de Bilbao et le Louvre de Lens au profit de l’institution belge.
 
Par ailleurs, il y a la radio du M.O.M.I. dont la programmation ne manquera pas de vous surprendre. J'y ai contribué en livrant les deux premiers volumes d'une encyclopédie du pipeau : Flutre ! on y retrouve des morceaux de beaucoup d'endroits différents principalement interprétés à l'aide de fifres, flageolets, penny whistle et autres flutiaux.

Les plus enthousiastes peuvent pour quelque temps télécharger les compilations ici : 



Ration de survie : The Jayhawks

Quand on n'a que quelques minutes par jour pour écouter de la musique, quand on a par exemple un boulot en retard qui urge, qui urge, il faut bien choisir les quelques morceaux qui vous accompagnent. Moi en ce moment c'est "High Water Blues" des Jayhawks. Je me le repasse presque une fois toutes les heures, ça me remet d'attaque instantannément.


dimanche 27 juillet 2014

Twist with the doctor : Harvey Scales & The 7 Sounds


Celà faisait longtemps que notre rubrique médicale languissait, on y revient, on y revient. Bien sûr la maladie que diagnostique le docteur de famille d'Harvey Scale n'a pas de traitement chimique. Vous devinez bien pourquoi la fièvre de ce type venu du Milwaukee à la voix rocailleuse comme pas deux augmente chaque jour. C'est toujours la même maladie dans les disques de soul de 1967. La différence avec bien d'autres, c'est que le morceau est une pure tuerie. Il a été souvent repris  même si pas une seule reprise ne lui arrive à la cheville (allez voir si vous tenez à savoir par qui - malheureusement la moitié des liens sont morts mais vous pourrez quand même voir Harvey sur le retour en superbe costard rose).


Et en prime, on vous offre une crise cardiaque de première bourre :



samedi 26 juillet 2014

Des slows aussi en été : Al Green encore, Al Green toujours


Encore des slows, toujours des slows : sur la Cellule d'Ecoute, on en est marteau. Et pour encore moins vous dépayser, encore un morceau d'Al Green. On se spécialise dans la période tardive de chez Hi (la moins connue), avec ce "Dream" qui sort tout droit du Belle Album de 1977. Les slows c'est parfait pour emballer et celui-là est tellement long qu'il ravira les moins pressés à conclure. A moins qu'ils n'aient déjà décollé vers d'autres destinations stellaires avec ce morceau cosmique au clavier presque eighties (on croirait un de nos slows burkinabés favoris, non?).

vendredi 25 juillet 2014

Timbré : Géorgie : Didou Nana



Nouveau voyage pour la Cellule d'Ecoute : direction la Géorgie d'où vient "Didou Nana" (un classique, nous dit-on), en Mingrélie pour être précis. En voici une version pop récente par Nana Belkania et Birol Topaluglu. Pas si facile de plonger dans la chanson géorgienne mais quand on a des guides de confiance, tout peut arriver. A ranger près des pépites de Googoosh (dont on vous a déjà entretenu).
Alors joignez-vous à nous pour embrasser ledit guide. Peut-être nous confiera-t-il d'autres trésors...


vendredi 27 juin 2014

Homme sandwich


Combien connaissez-vous de morceaux de musique sur les sandwichs? en 1992, Souleymane Faye rend hommage au goûter populaire des enfants sénégalais : des croquettes de poisson frites dans une demi baguette, le fameux Pain Boulette.

La recette des boulettes mélange poisson, tomates, oignons, pain rassis et épices. La recette de la chanson est une mixture de Rythm and blues, de Mickael Jackson, de Jerk et de Mbalax wolof.

l'album de trouve chez Aduna, un bon site de musiques ouest-africaines récentes.




dimanche 22 juin 2014

Gospel et infra-basses : The Chosen Gospel Singers



Il y a quelques semaines, on m'a proposé de fournir un morceau point de départ pour un mix collectif. J'ai choisi "Ananias", un titre assez extraordinaire de 1952 par un groupe de gospel à géométrie très variable durant sa chaotique existence, The Chosen Gospel Singers. Je me demandais ce qu'il allait inspirer aux animateurs de ces One Week Stand. Ils ont trouvé trois excellents morceaux rustiques ou sophistiqués dans la meilleure veine gospel (Ernest Phipps & His Holiness Singers "Shine On Me" (1927) / The Mighty Walker Brothers "He'll Make A Way" (1981) /The Phillips' Specials "All My Life"). Mais ils avaient une toute autre possibilité. Ce qui m'avait aussi marqué dans la chanson, c'était la profondeur des basses. S'ils avaient selectionné trois morceaux de dub, je n'aurais pas été plus étonné que ça.


On peut écouter le mix 113 ici.

Et en bonus, voici quelques mix selectionnés pour le plaisir (et presque au hasard parmi la profusion) :

Le mix 100 (très classique, très parfait)
Le mix 105 (exotique fascinant)
Le mix 118 (puissant, puis bucolique)
Et  le 121 (à la fois pop et âpre).


samedi 7 juin 2014

Les Fesses de l'Enfer



C'est JGC qui nous le signale, on a déchiffré la partition peinte sur les fesses d'un personnage du Jardin des Délices, le célèbrissime tableau de Bosch, sur le panneau consacré à l'enfer. C'est Amelia, une étudiante de l'Université d'Oklahoma, qui s'en est chargée, vous pouvez aller visiter son blog ici et voir par exemple ce qu'en dit un site français. Tout ça fait un contrepoint parfait à notre post sur la musique des anges, mais comme le morceau est un peu court, on vous rajoute quand même en bonus Robert Johnson poursuivi, lui,  par les chiens de l'Enfer.

Pas ultra-inquiétant finalement cet Enfer.

vendredi 6 juin 2014

Yoyo


Ça se passe à Paris. On est en 1970. Quelques musiciens géniaux venus de Chicago réalisent le projet de balancer dans le bouillon expérimental du free jazz de l'époque tout ce qu'ils trouvent de plus excitant dans la musique savante comme dans la musique populaire. Sur le morceau du jour, ils invitent ainsi Fontella Bass, la reine de la soul, interprête de l'extraordinaire "Rescue Me" paru en 1965 sur le label Chess (sis à Chicago lui aussi). Le "Theme de Yoyo" a servi de BO à un film qu'on est pas sûr de devoir recommander. Mais ce soir, yoyo, je trouve ça parfait pour illustrer un de ces moments où la vie ne tient qu'à un fil, où on hésite à tourner une page ou à se faire un dernier noeud autour du cou, à boire une bière de plus ou à se faire le shoot définitif. C'est mélodramatique, c'est ironique, c'est furieux et désaxé, plein de poésie plus acerbe qu'un marteau : "Ta tête est comme un yoyo, ton cou est comme un ficelle, ton corps est comme un camenbert qui suinte dans sa peau, etc.".
Pour les amateurs éclairés, voici l'extrait du film qui signe l'invention de la "Jack Bagarre". "How frustrating you are", c'est si bien dit avec l'accent parisien : 




mercredi 28 mai 2014

Plus que tous : Mingus


Oui, Moins qu’un chien, l’autobiographie fantasmatique de Charles Mingus, c’est gros. C’est gros comme une maison, comme une montagne peut-être. La mythomanie menée à ce point-là, c’est presque incroyable. En pleine période consciousness exacerbée – on est en 1971 – Mingus se réinvente une invraisemblable vie de maquereau, ce qui est pour le moins tordu. Retournant tous les stéréotypes de la domination raciale, se cognant aussi contre eux à tout bout de champ, Mingus passe sans arrêt de l’autodépréciation maladive au complexe de supériorité le plus extravagant. Le drapeau de la fierté révoltée est planté sur terreau instable des relations sexuellement asymétriques de l’Amérique clivée entre Blancs et Noirs, entre hommes et femmes aussi. Et ça tangue fort, croyez-moi. Mingus s’y affiche à la fois touchant de fragilité et comme une sorte de super-héros omnipotent, maitrisant aussi bien les arts martiaux que la contrebasse, d’une force athlétique sans égale et bien sûr d’une puissance sexuelle sans faille, sans oublier ses pouvoirs mystiques qui le rendent capables de communiquer à distance. Mais lui et ses doubles sont aussi hors de pair quand il s’agit de se faire du mal ou de cabosser ceux qu’ils aiment.

Apocryphe, le livre est en réalité tiré des entretiens d’un certain Nel King avec le jazzman. La démarche est tout à fait improbable et l’expérience de lecture déroutante. Quelquefois on s’enthousiasme pour la puissance de vie imaginée, la liberté de la divagation, le peu de précautions prises avec les conventions, à d’autres moments, on s’irrite du formalisme des longs dialogues casse-couilles ou de la mauvaise foi zénithale même si elle fait partie du dispositif. On se rend compte aussi que les déchirements de l’époque ne sont plus les nôtres.

Mais remettons-nous un peu dans le contexte : 1969, c’était la sortie de Pimp, le roman d’Iceberg Slim (autre histoire de mac qu’on m’a toujours recommandé de lire) et 1971, c’est aussi celle de Sweet Sweetback's Baadasssss Song le film séminal de Melvin van Peebles (entre parenthèses, il y a des choses tellement épatantes sur ce type dans le n°4 de Cheri-Bibi que vous devriez chercher à vous le procurer en urgence). « Le mythe de Stagger Lee » (selon l’expression de Greil Marcus) profondément ancré dans la culture afro-américaine avec son culte de la virilité agressive des mauvais garçons et de leurs conduites suicidaires mais pleine de frime prend une configuration bizarre et exacerbée au tournant des années 60, avec notamment le développement d’une veine sexuelle omniprésente. De fait, si Sweet Sweetback peut être décrit comme un film de cul politique, Moins qu’un chien tourne souvent au bouquin de luc mystico-libertaire.

Voilà en tous cas un épisode érotico-psychédélique (c’est en fait assez rare dans le livre ; le psychédélisme pas le sexe). Juste pour vous mettre l’eau à la bouche :

"Mon copain [id est Mingus] se prit à espérer que Cindy ne s’en apercevrait pas, mais c’était la première fois qu’il se défonçait à mort. Petit à petit, elle prit l’aspect étrange d’une déesse vierge grecque, tandis que mon copain flottait à travers la pièce, lentement, naturellement, convaincu qu’il était le plus grand amant du monde – va te cacher Casanova ! – et qu’il avait le sexe le plus long et le plus gros, un sexe dont la tête était munie d’une bouche et d’une langue, un sexe animé d’une intelligence qui lui était propre. Que le monde ordinaire était donc con ! quand la déesse le regardait de ses yeux qui semblaient changer de taille, ils étaient, elle et lui, aux deux extrémités d’un puissant rayon magnétique qui, parti de la base du cerveau, s’écoulait le long de leur colonne vertébrale et sortait de la chatte pour venir électrifier la bite et les couilles. Si l’un d’eux remuait la tête, à gauche, à droite, en haut ou en bas, l’autre sentait la vibration de ce mouvement dans le rayon et devait le suivre.
- Je suis défoncé ! s’écria Mingus.
- Oui, Charly baby… restons ainsi à faire l’amour par la pensée, à nous lécher mentalement jusqu’à ce que nous ne puissions pas le supporter… calmes, détendus… nous avons tout le temps… "

Je vous rassure : les protagonistes ne sont pas toujours aussi patients, mais comme ici ils n’ont positivement rien fait, vous reconnaitrez que l’honneur est sauf, pour nous en tous cas : La Cellule d’Ecoute ne s’est pas encore transformée en officine pornographique.



Reste à vous offrir en conclusion de ce post consacré à un bouquin pantagruélique un morceau non moins gargantuesque. Mingus s’y frotte à la cumbia si fort en faveur sur ce blog. Y’en a pour 27 mn : c’est-y pas top ? Vous ne pourrez pas dire qu’on a mégoté sur le poids aujourd’hui.

mardi 27 mai 2014

Les classiques : Étoile des Neiges


Montagne toujours !  Après les cow-boys suisses, la reprise étonnante du jour c'est Étoile des Neiges, par l'Orchestre A.H. Depalo une formation zaïroise des années soixante. 

Popularisé par Jacques Hélian en 1949, l'air provient d'Autriche où il fut enregistré l'année précédente par Franz Winkler et son épouse. La bluette montagnarde connût des deux cotés des Alpes de nombreuses versions jusqu'aux années 80, à Simon et les Modanais ou, bien sûr, aux bronzés font du ski.

Très honnêtement on n'en parlerait pas ici si je n'étais tombé sur cette version très libre dans la compilation The Sound of Kinshasa. Évidemment, l'aspect tirolien en prend un coup, mais ce n'est pas plus mal.





samedi 17 mai 2014

Cowboy suisse : Wilf Carter



Essayez de causer yodel avec vos amis, il y a au moins une chance sur deux que quelqu'un parle de Jimmy Rodgers et de son "Blue Yodel n°9" (1930), même si tout le monde ne sait pas que derrière le chanteur, il y a aussi la trompette de Louis Amstrong et Lil Hardin au piano. Et enfin, c'est normal, parce que c'est simplement génial. Un tube de country avec un arrangement jazz d'une telle classe, que demander de mieux? Enfin évidemment, c'est pas de la came pour les puristes.

Wilf Carter est beaucoup moins connu et c'est normal aussi, mais ce qu'il y a d'intéressant avec la première star de la country canadienne, c'est qu'il fait le lien direct avec la Suisse de yodelante tradition. C'est en effet après avoir vu un Suisse connu sous le nom de "Yodeling Fool" qu'il commence à chanter et son premier grand hit évoque un cowboy helvète perdu aux Amériques.


Le style de yodel personnel qu'il dévellope est proche du modèle alpestre, on l'appelle aussi "yodel écho" ou "trois en un". Ne me demandez pas ce que ça signifie, je ne suis quand même pas assez calé sur la question pour avoir réponse à tout. En revanche, c'est ma tournée de yodels, et je vous offre en outre un rock'n'roll yodelé plus tardif (1956) du même zigue. Allez voir là, c'est beau comme la rencontre sur une table de mixage d'un coucou et d'une cocotte-minute.




mercredi 14 mai 2014

Mélancolie tropicale : Caetano Veloso

Et si on pédalait un peu cette semaine avec Gaétan Véloce dans la saudade la plus épaisse. J'ai des dispositions spéciales en ce moment pour cette non-aventure là. La saudade est un spécialité du monde lusophone comme personne n'ignore mais les Hongrois qui n'ont aucun océan à se mettre sous la dent ne se défendent pas mal non plus. Voilà ce que j'ai relevé dans un roman de Gyula Krúdy, Le Compagnon de voyage (1918) :
“Je ne me rappelle pas ce que furent mes occupations le lendemain. On connait ces sortes de journée absolument vides […]. Les femmes se lassent de vous. On voit clair à travers elles, comme à travers de vieilles passoires. La vie vous est indifférente, on la trouve plutôt lugubre. On ne rencontrera plus jamais d’agréables compagnons de voyage.”
Je trouve ce passage sur l'encalminage admirable, d'une précision quasi-chirurgicale dans le genre désespéré, tout comme la chanson minimaliste de Caetano. Elle est sur un album récent du chanteur tropicaliste mais elle pourrait presque figurer sur un disque de Bill Callahan, non?