mardi 24 février 2015

Les pinceaux du rock : Un peu de blues cubiste


Aujourd'hui le cubisme, et même le blues cubiste. Et d'abord, un petit mot de l'illustration. Non, ce n'est pas qui vous savez... Non, ce n'est pas non plus le deuxième auquel vous pensez immanquablement quand on prononce le mot de cubisme... Non, lui, c'est Paul Joostens, un peintre et collagiste belge que vous connaissez sans doute moins mais qui est passablement intriguant et comme la pochette de Cubist Blues, le  disque dont je voulais vous parler est franchement moche, il fallait bien que je trouve quelque chose...

Si la pochette n'est pas franchement réussie, le casting lui est de première bourre. Sur cette galette, vous trouvez Ben Vaughn, Alex Chilton, l'extraordinaire leader de Big Star et Alan Vega. Autant dire qu'il n'y a pas grand monde à avoir poussé la déconstruction des musiques populaires plus loin que ces types-là sur leurs précédents opus. Alors, blues cubiste, oui, ça n'est pas galvaudé. L'idée de les réunir au mois de décembre 1994 pour enregistrer cet album hors du temps fut en tout cas une idée magnifique. Et en voici trois fois la preuve. 

(Alex Chilton est aux claviers et à la guitare, Ben Vaughn s'occupe de la rythmique et prend aussi la guitare à l'occasion. Facile de trouver de quoi s'occupe Alan Vega)


Le dernier morceau me donne l'occasion d'enchaîner sur la version originale de Suicide, histoire de se rincer l'oeil avec la saisissante prestation d'Alan Vega. Pour celle de Cubist Blues, je soupçonne fortement Alex Chilton d'être responsable du nouveau traitement de la chanson.


Et pour être complet, n'oublions pas la version de Bruce Springsteen qui a pris l'habitude de terminer tous ses concerts avec la chanson (et dont vous trouverez de nombreuses versions sur le net). Un poil moins cubiste, cependant...

dimanche 22 février 2015

Les pinceaux du rock : Gene Merritt et Roy Orbison


Petit tour du côté de l'art brut aujourd'hui avec une présentation du coup de crayon très spécial de Gene Merritt. Gene Merritt est originaire de Caroline du Sud, où il est né en 1936. Une sévère fièvre à l'âge de cinq ans lui a laissé un handicap mental qui ne l'a pas empêché de se lancer dans une activité graphique débordante multipliant notamment les portraits de stars curieusement "dépliés" sur sa feuille et dûment légendés par le déssinateur (pour un reportage sur le personnage, voyez ici). Musicien lui-même, il est souvent inspiré par ses collègues plus connus comme le cher Roy Orbison, chouchou officiel de ce blog. Malheureusement, nous n'avons aucun enregistrement de Gene Merritt à vous faire écouter, mais pour nous rattraper, nous vous proposons un slow mortel du Big O (ça on n'en manque pas!) d'une période un peu moins connue que celles des classqiues de la période Monument : c'est "Crawling Back" et on est en 1965.



mardi 17 février 2015

Zimbabwe 1980 : Thomas Mapfumo


C'est un petit chef d’œuvre que nous sortons de notre manche aujourd'hui, tout spécialement pour vous, chers habitués de la Cellule. Avec ce disque de 1980, Thomas Mapfumo et ses Black Unlimited célèbrent la fin de la domination blanche au Zimbabwe. Plein d'enthousiasme révolutionnaire, l'opus rejoint les grands disques militants concoctés quelques années auparavant en Angola ou en Guinée Bissau. Refusant de mettre son drapeau dans sa poche, Mapfumo s'est ensuite exilé quand le dirigeant historique de la résistance, le désormais cacochyme Mugabe, s'est mué en redoutable autocrate. Mêlant avec grand brio ancrage locale et influences modernes, "Gwindingwi Rine Shumba" dont nous extrayons deux morceaux est un album puissant avec une production parfaite. Il est d'ailleurs loin d'être inconnu. Des gens comme Florent Mazzoleni ou le grand producteur Joe Boyd en ont dit tout le bien qu'il fallait avant nous. Le premier l'avait ainsi placé dans sa sélection Africa 100 (Le Mot et le reste, 2012) et le second en parle dans une visite commentée de la discothèque de John Peel qu'on vous recommande. Mais écoutez donc le grand musicien shona:



jeudi 5 février 2015

Dakar Dexter (2)

J'étais enthousiaste hier. Oui, mais la chanson que je préfère parmi celles des orchestres de Dexter Johnson, c'est St. Louis-Sierra avec le Star Band dans le plus pur style cubain des groupes aux noms d'étoiles dakarois. Alors là, je dis : flute, flute, flute et  flute encore.


mercredi 4 février 2015

Dans la touffeur de Dakar : Dexter Johnson et le Star Band

Imaginez-vous au club de l'Etoile à Dakar (7, avenue Jean Jaurès, si ce genre de précision, vous fait voyager). On est en 1969, le grand saxophoniste d'origine nigériane, Dexter Johnson, dirige encore le Super Star pour quelques jours avant de partir à Abidjan. Les musiciens portent des costumes impeccables et jouent rien que pour vous une version hallucinée hallucinante de "Something You Got" de Wilson Picket en réinventant la langue anglaise, puis enchaînent avec un boogaloo irresistible. Vous ne pourrez plus jamais quitter la piste de danse : c'est vous le roi du boogaloo.



PS : Le son n'est pas absolument parfait mais on peut être sûr que le label grec (hommage à la Grèce) Teranga Beat entièrement consacré à la musique sénégambienne a fait au mieux dans sa toute récente réédition. On vous recommande  chaudement de vous jeter sur leur catalogue.


mardi 3 février 2015

Les sources de Boby Lapointe (2) : Don Barreto


Dès que j'entend du fox-trot, j'ai, semble-t-il, tendance à penser Boby Lapointe et imaginer des sources pour ses tubes. Et vous, par exemple, ce "Cocktails For Two" de 1935, il  ne vous rappelle pas infailliblement celui de toilette? Avouez qu'il y a quelque chose...


Mais, au-delà de cette rencontre qui n'est peut-être pas tout à fait de hasard, c'est d'un nouvel épisode du Paris des musiques tropicales que je voudrais vous entretenir et de cette petite merveille d'orchestre que constitua le cubain Emilio Barreto au Melody's Bar de Montparnasse à partir de 1932. La biguine y avait sa part et Jean Sablon n'était pas le dernier à promouvoir la danse.


C'est cependant dans les musiques typiques cubaines, comme le souligne la presse de l'époque, que s'illustre l'orchestre avec la plus grande classe. Ecoutez donc ces deux majestueuses rumbas, parmi lesquelles figurent l'hymne de l'établissement.



PS : Précisons que nous empruntons l'image à la couverture du bouquin de Yannis Ruel, Les soirées Salsa à Paris que l'on est bien curieux de lire.

Le Hand ball et les Zombies

Pas facile de trouver quelque chose pour célébrer la toute récente victoire de l'équipe de France aux mondiaux. Le hand ball n'a pour l'instant suscité aucune littérature passionante comme le cyclisme ou le rugby ont pu le faire et, côté musical, c'est encore pire, même si là il y a abondance. Nous avons renoncé à vous infliger le rap que les handballeuses britanniques avaient commis pour gagner trois sous avant les JO, la punk-song patriotique de leurs homologues allemandes, le calamiteux "Handball für Leipzig" ou le détestable hymne touristique de la dernière compétition, etc... etc... Heureusement, il y a ce disque des Zombies sagement rangés dans l'emblématique cage rouge et blanche (même si les chansons n'ont rien à voir...). Bon, vous aurez sans doute remarqué que le ballon est plutôt un ballon de basket mais voilà la Grande-Bretagne n'ayant jamais vraiment été un pays de hand, on peut comprendre l'étourderie de Colin Blunstone. On est en tous cas dans un petit gymnase bien sobre et ça nous change de la débauche de kitsch déversée sur ce sport par l'émirat du Qatar, kitsch qui se cumule bien sûr avec une mortifère avalanche d'argent sous le poids duquel ledit hand ball pourrait bien étouffer, on le craint.