mercredi 29 septembre 2021

Un mot, qui je vous le donne en mille...

 

Un peu comme un lipogramme mais la contrainte est facile, puisque c'est un mot, un seul qui manque. Oui mas lequel? Le tout développé avec une délicatesse rêveuse bien propre à envelopper votre matinée dans une douce euphorie un peu farceuse.

Les Frères Jacques : "La marquise a dit" (1961)




samedi 28 août 2021

Et voilà que j'ai recommencé!

 

Petit intermède littéraire sur la Cellule, au moment où je tombe sur d'anciennes notes de lecture qui semblent appeler une immédiate illustration sonore. Le livre en question est L'Amant de Lady Chatterley, grand livre dont l'importance est dissimulée derrière l'ampleur sociologique du "phénomène de société". Comme on sait, pour être un "phénomène de société", un livre (érotique ou non) n'a nul besoin d'être vraiment un bon livre. La preuve avec Emmanuelle pour ne rien dire des je ne sais plus combien de nuances de l'autre... Voilà des livres qui ont pris beaucoup de lumière en dépits de leur qualité toute relative mais qui touchaient une fibre sensible au moment de leur sortie, coïncidence qui tient surtout de la veine! On peut aussi observer l'inverse : d'excellents livres qui n'excitent plus guère l'intérêt parce que leur surexposition même a fini par en cacher la valeur aux lecteurs exigeants. Que pourrait-il y avoir à chercher dans ces bouquins dont on retrouve immanquablement nombre d'exemplaires défraichis sur le moindre étal d'occasion ? Le snob en nous se révolte contre cette mise à niveau qui vous place au même rang que de tant de millions de lecteurs lambda qui ont cru bon eux aussi d'en orner leur bibliothèque...

Pourtant, donc, L'Amant de Lady Chatterley est un excellent livre. Son seul grave défaut, malheureusement tout à fait incurable, est de laisser en plan le lecteur parce qu'il est resté inachevé à la mort de l'auteur. Tout le monde a bien sûr en tête son aspect transgressif en ce qui concerne la sexualité et sa façon de heurter de front les "conventions sociales" sur le sujet. Remarquez que j'ai mis conventions sociales entre guillemets. En écrivant l'expression, j'ai eu la nette impression de manier quelque chose d'extrêmement figé, une coagulation de sens lourde comme un cliché fourré au plomb. Il faudrait creuser pourquoi l'association de mots me gêne comme ça ce matin. Ce sera peut-être pour un autre fois... mais revenons au livre de D.H. Lawrence et sautons cavalièrement par-dessus la question sexuelle, certes parfaitement centrale dans le roman, mais qui n'a échappé à personne. Soulignons d'autres aspects et notamment celui de protestation contre la civilisation industrielle. La question politique qui anime le livre reste le plus souvent sous-jacente mais elle est quelquefois exprimée avec une grande force. Dans le détail, on trouve aussi des analyses très justes comme celle du caractère de lord Chatterley devenu un farouche partisan de l'industrialisation à outrance et qui se définit comme "anarchiste conservateur" (conservative anarchist, dans le texte) en  annonçant ainsi de très près le cynisme social de nos actuels libéraux-libertaires (rien à voir en revanche avec "l'anarchiste tory" que Chesterton représente aux yeux d'Orwell ; Orwell qui ne s'est jamais défini de la sorte contrairement à ce qu'une légende a fait croire).

Pour boucler cette notule passablement bavarde, je voudrais placer une longue citation qui n'a rien à voir avec l'industrie ou la politique mais que je trouve bouleversante. Il s'agit d'un dialogue entre Constance "lady" Chatterley, et Mellors, qui vient de devenir son inoubliable "amant" et dont on apprendra progressivement que le passé l'a cruellement éprouvé. Peu après l'amour donc, on lit cet échange : 

“ – Vous ne regrettez rien, n’est-ce pas ? lui demanda-t-il, en marchant à côté d’elle.

– Oh ! non ! non ! Et vous ? dit-elle.

– Pas ça ! Non ! dit-il.

Puis, il ajouta, un peu plus tard :

– Mais il y a tout le reste.

– Quel reste ? dit-elle.

– Sir Clifford. Les autres. Toutes les complications.

– Pourquoi des complications ? dit-elle, déçue.

– C’est toujours comme ça. Pour moi, comme pour vous. Il y a toujours des complications.

Il marchait d’un pas ferme dans l’obscurité.

– Et vous, est-ce que vous regrettez ? dit-elle.

– Dans un sens ! répondit-il, en regardant le ciel. Je croyais en avoir terminé avec tout cela. Et voilà que j’ai recommencé.

– Recommencé quoi ?

– La vie.

– La vie ! ”  (D.H. Lawrence, L’Amant de Lady Chatterley (1928), Plon, 1980, trad. Pierrette Fleutiaux et Laure Vernière, p. 140-141).

*

Pour l'illustration sonore, deux morceaux s'imposent. L'un est l'inusable "Oops I did it again" de Britney Spears dont Richard Thompson a fait une reprise que je vous recommande chaudement malgré toute les préventions que vous pourriez nourrir (cette note est vraiment d'un snobisme achevé, car quoi de plus snob que de prendre systématiquement à contrepoil celui des autres)  : 

Richard Thompson "Oops" (2003)


L'autre est inévitablement le morceau des Monks.

The Monks "Complication" (1966)



 




mercredi 4 août 2021

Onomatopées : Dagadagada (Dexy's Midnight Runners, 1980)

 

Le hennissement, d'accord, on conçoit assez facilement que des cuivres bien entraînés puissent l'imiter de près mais le dagadagada du galop, ça c'est vraiment fortiche. Ecoutez donc cet instru des Dexy's Midnight Runners, qui se trouve sur la face B de "There, There My Dear" en 1980 et essayez de ne pas vous laisser désarçonner.

Dexy's Midnight Runners "The Horse" (1980)

PS : "The Horse" est la reprise d'un 45 T de Cliff Nobles. La version de 1968 a des qualités mais à côté du galop décoiffant des britanniques, on dirait qu'elle avance au trot de parade sans jamais oser se débrider. Vous pouvez comparer ici.


jeudi 22 juillet 2021

A la colle : l'improbable danse de cour tout droit sortie de celle du roi "Louie" (1966)

Danser le jerk, le twist, le cha cha cha, on voit bien comment faire. Et même le chien, la purée de pomme de terre ("mashed potatoes"), le karaté, le chameau, l'alligator ou le watusi... enfin on peut se fier à son intuition et improviser ou trouver des modèles assez facilement. Mais voici qu'un groupe au nom improbable originaire de Lansing, dans le Michigan (semble-t-il) avec un seul et unique 45T à son actif, The King Louie's Court (la cour du roi Louie, avec un E), vous propose de danser "la colle" : Do The Glue. Et là, on est vraiment curieux, il faut bien l'avouer, de savoir comment vous vous en tireriez.



 


mercredi 14 juillet 2021

Le fils de l'empereur d'Annam et les balluches créoles de la Réunion : Claude Vinh San

 

Aujourd'hui la Cellule célèbre un accordéoniste de très noble extraction puisqu'il s'agit d'un fils du dernier empereur de l'Annam exilé à la Réunion en 1916 : Claude Vinh San (1934-2016). Plutôt que de se chagriner de la perte des fastes de la cour annamite qu'il n'avait du reste jamais connue, le jeune Réunionnais décida de devenir le crac local de l'accordéon ou "ralé poussé" comme on dit là-bas. Son orchestre, le Tropical Jazz (pas plus jazz que l'African Jazz ou que tous les célèbres orchestres africains des années 40 et 50 qui ont aussi utilisé cette étiquette) devint un incontournable des bals créoles faisant rage sur l'île. Séga et chansonnette réunionnaise au menu, mais dans la composition des ces plats indigènes rentrent nombre ingrédients de la sono mondiale de l'après-guerre : musette, tango, bolero, biguine (avec la clarinette), calypso (compétiteur du maloya dans le deuxième morceau ci-dessous) auxquels il fait ajouter bien sûr les percussions réunionnaises qui en sont l'épice la plus originale.

Pour rentrer dans la danse, commençons donc par un peu de musette tropicale sous forte influence de la biguine :

 Claude Vinh San et le Tropical Jazz "Pousse Pas"

 Et puis, une petite merveille à la gloire du genre typique du Maloya, avec Irène Julie au chant :

Claude Vinh San et le Tropical Jazz "Maloya"


 

 



vendredi 2 juillet 2021

Retour à la campagne : exercice de préparation avec Duma of Durban, 1961

 


On ne connait vraiment pas grand chose de Duma de Durban. Sur l'unique disque, un 78T daté de 1961, il n'y a guère comme instruments que guitare et batterie mais aussi veaux, vaches, cochons et sinon eux précisément, du moins leurs répondants dans les fermes d'Afrique du Sud. Bref, nous aussi on se prépare doucettement à rentrer à la campagne.

 Duma Of Durban - diphoofolo tsotlhe (1961)

 

 


dimanche 6 juin 2021

Doux, délicieux, méconnu : Tudor Lodge (1971)

 

Le groupe eut une brève existence. A peine le temps d'enregistrer un album merveilleux à l'orée des années soixante-dix avant de jeter l'éponge épuisé par les tournées. Il y eut ensuite des reformations mais c'est de ce disque aérien enregistré en deux semaines au mois de février 1971 qu'il s'agit de faire l'apologie. Le trio est composé des guitaristes Lyndon et John Stannard et d'Ann Steuart qui joue du piano ou de la flute. Pour l'album, il s'est adjoint une section rythmique de luxe avec Danny Thompson et Terry Cox qui propulsent leurs harmonies vocales enchantées avec une sûreté absolue. Le résultat est un des albums folk les plus mélodiques que l'on puisse connaître. Rien ne pèse ici. Tout est comme suspendu, en apesanteur, hors du temps. La cellule vous transmet ses sentiments les meilleurs avec la Face A de ce chef d’œuvre passablement méconnu, quintessence de bienveillance joyeuse.

Tudor Lodge - Tudor Lodge (f ace A)