Je sais, ce n'est pas très original pour quelqu'un de ma génération (et c'est un indice fort pour déterminer quelle est ma génération si vous ne la savez pas), mais j'ai vraiment beaucoup écouté les Smiths quand j'étais au lycée et bien sûr j'étais extrêmement impressionné par les intros du groupe. Sauf qu'aujourd'hui, je viens de découvrir que ce n'est peut-être pas Johnny Marr et les autres qui ont inventé les intros incroyables qui signent plus que quoi que ce soit d'autres le son des Smiths. On dirait bien que c'est plutôt Badfinger six ans avant que Morrissey ne rencontre Johnny Marr. Écoutez les 16 premières secondes de "Know One Knows", c'est stupéfiant (et le reste vaut aussi la peine mais pour d'autres raisons).
Parce que cela fait bien trop longtemps que l'on ne s'est pas remis Googoosh, la grande chanteuse iranienne, entre les oreilles sur la Cellule, voici une déchirante chanson d'amour impossible dont l'amertume s'insinue insidieusement sous votre cage thoracique et ne vous lâche plus.
On commence l'année sur la Cellule par un très haut sommet de la MPB (mais un sommet qui se monte en douceur) avec Cantiga de Longe d'Edu Lobo. S'il fallait un prétexte, on pourrait le trouver avec ce morceau aussi merveilleux que surprenant :
Rancho de Ano novo (1970)
Ce Ranch du Nouvel An serait alors le point de départ d'un voyage plein de mélancolie, somptueux cependant :
au début de la nouvelle année
je reviendrai te chercher
voilà le nouveau bateau
qui est tombé du ciel dans la mer
On entend la corne de brume qui appelle. Le signal est déchirant, on ne peut plus reculer mais c'est sur l'album intégralement qu'il s'agit d'embarquer. Edu Lobo n'y est pas seul : le Quarteto Em Cy l'accompagne et aussi (entre autres) le percussionniste Airto Moreira ou l'arrangeur et pan-instrumentiste Hermeto Pascoal idolâtré par Miles Davis. La production du disque est sans doute une des choses les plus précieuses qui soit. Jazz, pop, musique nordestine, bossa, Edu Lobo a recours à tous ces ingrédients mélangés selon des proportions extraordinairement originales. Tout est ici impressionnant de maîtrise, de délicatesse, de créativité. De ces chansons de loin, pleines de nostalgie, on ne revient pas vraiment.
Difficile d'être plus loin du monde à paillettes de la pop music! Quand paraît le seul et unique disque d' I.D. Stamper, en 1977, cela fait bien longtemps qu'il n'est plus un adolescent. Cet ancien mineur du Kentucky était aussi un fabuleux musicien et un constructeur hors pair. Il jouait de l'harmonica, du banjo, du violon, mais son instrument fétiche était le dulcimer des Appalaches dont il confectionna des centaines d'exemplaires dans la plus pure tradition locale. Voyez-le ici à l’œuvre.
Quant à sa propre technique musicale, elle se caractérise par une forte influence du blues couplée à la virtuosité des joueurs de cordes des Appalaches. Le résultat est comme hors du temps. Laissez-vous emporter par cette merveille capable de vous faire voyager comme les plus hypnotiques ragas de la musique indienne.
Red Wing, c'est aussi le titre de l'unique album d'ID Stamper que vous pouvez toujours vous procurer sur Bandcamp, ici. Un an plus tôt, en 1976, les mêmes passionnés animateurs de l'étiquette June Appal Recordings avaient réalisé un film "Sourwood Mountain Dulcimers" où ID Stamper apparaît. L'extrait absolument merveilleux est sur la même page (retournez-y illico si vous l'avez manqué) où le DVD est disponible .
L'histoire commence en 1982 (tout commence en 1982). Nous sommes à Durham et Paddy McAloon qui a fondé le groupe cinq ans plus tôt décide qu'il est temps de sortir le premier single de Prefab Sprout. Il est assez perturbé : sa petite amie vient de quitter les brumes du nord de l'Angleterre pour poursuivre ses études sous le riant climat du Limousin. Le 25 février, il réunit donc les deux autres membres du groupe, son frère Andy et le batteur, Michael Salmon, pour enregistrer une chanson dédiée à l'étudiante envolée. Les initiales des sept lettres du titre - "Lions In My Own Garden (Exit Someone)" - forment le nom de la ville de LIMOGES. "L'idée d'avoir des lions qui vous regardent dans votre propre jardin collait avec le sentiment d'insécurité d'une situation anormale. Quelque chose de plutôt effrayant exprimé dans un langage personnel, le mien" : c'est ce que confiera Paddy McAloon en 1988. Quelqu'un est parti et rugissent dans un cœur de 23 piges les lions limougeauds de la séparation. Remarquez que bien qu'assez usés, ils peuvent être assez flippants les félins limousins.
Le morceau était "énigmatique, mélancolique, mélodieux et donc parfait pour un jeune chômeur diplômé en littérature connaissant des problèmes avec sa petite amie", dira un journaliste.
Et bien sûr, deux jours après, il est arrivé ce que vous pensez ou plutôt non... il est arrivé ce à quoi vous ne pensez certainement pas. En fait, il est arrivé tout à fait autre chose. Mais à Limoges quand même... alors comment ne pas faire le rapprochement?
Quoi qu'il en soit, le morceau est une petite merveille indie-pop douce-amère, infiniment plus sophistiquée que la moyenne, qui va lancer la carrière singulière de Prefab Sprout, immédiatement repéré par Cherry Red, puis signé par une major, etc. Le reste appartient à l'histoire, comme on dit paresseusement. Mais alors, toi, Pierre-Jean, tu le connaissais ce morceau inaugural?
Prefab Sprout "Lions In My Own Garden (Exit Someone)" (1982)
J'aurai aimé qu'on t'offre un tombeau de cardinal romain, pour l'incongruité de la chose, et parce qu'à tout prendre les représentations baroques et rock'n'roll sont un peu parentes. Ce ne sera qu'une photo représentant un fragment de tombeau de cardinal romain avec un peu de musique : le piano de la nonne la plus bouleversante d’Abyssinie.
Emahoy Tsegué-Maryam Guèbrou - Last Tears of a Deceased (1963)
Et aussi un souvenir heureux qui revient de loin. Ciao l'ami. Tu vas nous manquer!
En matière de télécommunications, rien n'arrive vraiment à la cheville des projections d'un des plus fameux groupes de gospel de Memphis qui vous proposent sans sourciller de décrocher le combiné et d'entamer directement un bout de causette avec Dieu lui-même sur son téléphone atomique. Nous sommes en 1951, l'enregistrement est réalisé pour l'étiquette King et on n'a jamais grimpé les barreaux de l'échelle mystique avec tant d'élan.