mercredi 3 mai 2023

Swinging Sixties : les irrésistibiles Filipinki à l'étape de Szczecin (1968)

 

Le déferlement de la vague pop des années 60 fut quasi universel. Derrière le rideau de fer, comme partout ailleurs, la contagion fut générale. En Pologne, c'est un groupe de filles de Szczecin [ne vous effarouchez pas trop des consonnes : ça se prononce comme ça] qui décrocha la timbale : les Filipinki. Le début de leur histoire remonte à 1959 et leurs succès fut tel en Pologne, en URSS et dans tout le bloc de l'Est qu'elles purent même faire deux tournées en Occident en 1965 et 1966. En 1968, en tout cas, elles sont au sommet de leur forme et tous les titre du EP qu'on vous présente ce soir valent le détour avec leur irrésistible énergie mutine. On n'hésite pas à vous les coller tous les quatre à la suite l'un de l'autre.

Filipinki - Nie Ma Go [Il n'est pas là]


Filipinki - Własny Świat [Mon monde à moi]


Filipinki - Znam Go Na Pamięć [Je le connais bien]

Filipinki - O Dziesiątej [A dix heures]

 


 
 

jeudi 27 avril 2023

Fados comiques, yodels portugais et autres oxymores musicaux

 

 

Pour le coup, on ne sait pas très bien où tout cela se passe, quels sont les protagonistes ni quand cela a pu arriver bien exactement. C'est sur une compilation de musiques latinos classées selon un vrac relatif que l'on s'est procurée pour trois francs six sous (celle-là), qu'on a trouvé ces morceaux incongrus. Pas la moindre information sur la provenance exacte : le Portugal à coup sûr mais où... Le nom même de l’interprète pourrait être sujet à caution : on n'a absolument rien trouvé sur elle en parcourant la toile en tous sens ; et quant aux deux chansons, on ne connait rien d'autre que leur titre et le nom du compositeur un certain João Nobre. Bref, si quelqu'un en sait plus, qu'il n'hésite pas à se signaler.

Pour la Cellule, l'irrésistible attrait de ces deux perles baroques vient de leur caractère de contradiction dans les termes. La première se présente comme un fado yodelant. Autant dire que la mélancolie typique du genre, la saudade, est ici très parfaitement absente.

Maria Manuela "Fado tirolês"

Quant à la seconde, c'est un adieu à la guitare, l'instrument emblématique du Portugal. Bonjour trombone et saxophone, bonjour à la trompette, et même à la clarinette mais adieu à la guitare et à toute sa symbolique pleine de nostalgie.

Maria Manuela "Adeus Guitarra"

On doute qu'on puisse appeler ça un fado, ce serait plutôt un contre-fado... On soupçonne que ça pourrait venir d'une opérette portugaise, si une telle chose existe... Des années 30? peut-être 50, pourquoi pas?


 


 

 


mardi 11 avril 2023

No No Blues : un classique qui fuse comme une balle (Atlanta, 1928)

 

La Cellule vous propose aujourd'hui un blues qui fuse comme une balle le long d'une ligne de basse aussi sommaire qu'imparable. Nous sommes en 1928, les nuits d'Atlanta sont chaudes comme de la braise autour de Decatur Street. Officient là Blind Willie McTell ou Barbecue Bob ; et Curley Weaver, le "magicien" de la slide, qui vous hypnotise avec une chanson de dénégation dont les antiphrases ne trompent personne (sûr qu'il l'a mauvaise de s'être fait largué).

Curley Weaver "No No Blues" (1928)


dimanche 9 avril 2023

Le plus connu des classiques méconnus : Trouble So Hard de Vera Hall (1937, 1960, 1999)

 

Parmi les morceaux très âpres du gospel-blues de l'Alabama, celui-ci est sans doute le plus connu depuis que Moby l'a intégré à son tube de 1999 - "Natural Blues" - qui n'a pas pu ne pas passer à travers vos oreilles. La Cellule vous propose aujourd'hui de frisonner à l'écoute de la version a capella de Vera Hall (1902-1964) enregistrée dans toute sa pureté par Alan Lomax en 1960 : 

Vera Hall "Trouble So Hard" (1960)

Ce n'est pas pour rien que Lomax considérait que c'était la plus belle voix qu'il ait jamais gravée sur ses bandes (et dieu sait s'il en avait enregistrées, des voix merveilleuses). Il existe une version plus ancienne, où Vera Hall est accompagnée par ses cousins Dock et Henry Reed.

Vera Hall & Dock Reed "Trouble So Hard" (1937)




lundi 3 avril 2023

Soigner votre Karma avec la merveilleuse tritare de Jorge Amiden (Brésil, 1972)

 

Un des meilleurs disques - un des plus méconnus aussi - né de l'explosion créative psyché-pop de la fin des années 60 est paru au Brésil en 1972. Trois musiciens d'exception, avec une palette de cordes extraordinaire, sont à la manœuvre : Luiz Mendes Junior (violon et chant), Alen Cazinho Terra (contrebasse, violon et chant) et l'étonnant Jorge Amiden, premier musicien à manier la tritare, une guitare à trois manches - mais il joue aussi de la guitare douze cordes et d'autres instruments - dont la carrière météorique fut trop tôt abrégée par l'abus de psychotropes. Arthur Verocai se charge de la production. Légèreté et complexité, sophistication et douceur, l'album a sa place entre Butterfly des Hollies et Tabua des Esmeralda de Jorge Ben. Par exception, c'est tout l'album - l'unique production du groupe -  que la Cellule vous propose d'écouter aujourd'hui.

Karma, Karma (1972)


 

 

 

 


lundi 27 mars 2023

Un cavalier qui sort de la nuit : Juaneco y su Combo (1968)

 

La Cellule vous réveille aujourd'hui avec un des classiques séminaux de la Chicha péruvienne. Comme bien d'autres musiciens andins, Juan Wong Popolizio et son groupe jouaient jusque-là les standards latino-américains, tout particulièrement des cumbias en provenance de Colombie, mais en 1968, il remise son accordéon, se procure un orgue farfisa et s'adjoint les services d'un guitariste talentueux, Noe Fachin. Ils inventent alors un nouveau genre où la cumbia se métamorphose en quelque chose d'incroyablement euphorisant. Notre morceau ouvre en trombe le premier album de Juaneco y su Combo.

Juaneco y su Combo - Caballito nocturno (1968)



mercredi 15 mars 2023

Cubaines, italiennnes, hindoues, parisiennes... Les racines d'un grand classique de l'exotisme (1936)

 

La Cellule vous embarque aujourd'hui sur les traces d'un grand classique cubain, ou peut-être para-cubain devrait-on dire, ou méta-cubain, ou sur-cubain pourquoi pas... ou comme vous voulez. Les choses se passent à Paris où le monde du spectacle de l'Entre-deux-guerres est friand d'exotisme et peu regardant sur l'authenticité des pedigrees annoncés en haut des affiches. Les musiciens du Lecuona Cuban Boys sont cependant tout ce qu'il y a de plus cubains et sillonnent l'Europe en crise depuis quatre ans. Arrivés de La Havane en Espagne en 1932, les LCB avaient connu des débuts difficiles. En 1934, le compositeur Ernesto Lecuona, gravement malade, avait été obligé de les laisser poursuivre leur périple sans lui mais dès lors qu'ils mettent les pieds à Paris, où ils sont acclamés, leur succès est phénoménal sur tout le continent. Le seul élément que le grand orchestre de plus de douze membres avait négligé d'emporter des Caraïbes était un chanteur du cru. Aussi embauchent-ils une star italienne de retour d'Hollywood, Alberto Rabagliati qui officie sur la plupart de leurs disques des années 30. Sa voix n'en fait pas moins merveille sur cette composition d'Armando Valespi Orefiche et Armando Orefiche (deux Armand pour le prix d'un), ce dernier étant le pianiste et faisant figure de leader de l'ensemble. Le morceau évoque quant à lui un sous-continent indien d'opérette - exotismes en chaîne! - et constitue une merveille d'équilibre avec un arrangement d'une modernité saisissante, devenu plus tard (dans les années 50-60) un standard du sous-genre de l'exotica - exotismes concaténés! Il a été enregistré à Paris le 29 septembre 1936.

Lecuona Cuban Boys - Hindou (1936)



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