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vendredi 5 mars 2021

Corps et âme : Eduardo Mateo en 1984

 

Cuerpo y Alma, le troisième album sorti en 1984 du grand Eduardo Mateo est un chef d’œuvre plus âpre que ses disques précédents [on vous en parlait , et encore ]. La délicatesse du chanteur uruguayen est toujours aussi joliment perchée comme sur Maria, avec son clavier stellaire.

Eduardo Mateo "Maria" (1984)

Mais une veine plus sèche est aussi au rendez-vous cette fois-ci. Comme sur "Carlitos" construit entièrement autour de la basse avec un minimalisme qui rappelle pas mal les Young Marble Giants.

Eduardo Mateo "Carlitos" (1984)

 

Voici les paroles (qui, entre nous soit dit, mériteraient bien une traduction) :

Se dice que Carlitos tiene
Un dulce para ti
Mil noches del señor
Que mira por el hueco
Donde se infiltró un pez
Cariñosamente diez
Por ser la primera vez

El pez le dijo al hombre mudo
Cariño que no puedo más
Le dijo de pasear desnudos
Por los puentes de la ciudad
Le dijo que Carlitos es mundo
Con puertas hacia el mar
Que un día al despertar
Pudo ver la sonrisa
De una bonita mujer
Cariñosamente diez
Por ser la primera vez

Mujer que andas por esta vida
Dime si tu no has visto al pez
Aquél que por cariños brilla
De alguno que ha creído en él
Se dice que Carlitos es mundo
Con puertas hacia el mar
Que un día al despertar
Pudo ver la sonrisa
De una bonita mujer
Cariñosamente diez
Por ser la primera vez


dimanche 3 mai 2020

De Chopin à Link Wray en passant par Tino Rossi et quelques autres

C'est peut-être la plus célèbre des études de Chopin. Tout commence donc dans les années 1830 avec cet inoubliable morceau pour piano :


Un siècle plus tard, fleurissent les adaptations munies de paroles en allemand, en français, etc. Tino Rossi livre une version suivant le motif troubadour des chansons d'aube. "L'ombre s'enfuit. Adieu Beaux rêves..."

 Tino Rossi "Tristesse" (1939)


Non moins sentimental, l'uruguayen Edgardo Donato en donne, lui, une saisissante version tango.

Edgardo Donato "La Melodia del Corazon" (1940)


N'oublions pas la version des Quatre barbus qui opèrent un retournement digne des Poésies de Lautréamont (Montevideo quant tu nous tiens!) et transforment, avec le concours de Pierre Dac, la tristesse en chant d'allégresse.

Les Quatre Barbus "Chant d'allégresse" (1960)


"Les hommes sandwich ne se mangent plus entre eux"

Et c'est enfin au tour improbable de Link Wray de pendre la mélodie de Chopin au cou de la guitare la plus sauvage d'Amérique (un peu adoucie pour l'occasion).

Link Wray "Golden Strings" (1960)
 

 




mardi 7 avril 2020

Chanson pour renaître : Mateo et Trasante

 
Aujourd'hui que le rideau semble tiré momentanément devant le magasin de la vie, la Cellule vous propose une bouleversante chanson d'exorcisme du grand Eduardo Mateo (on vous en a déjà parlé et ). Elle figure sur son album de 1976 réalisé avec Jorge Trasante. Guillaume Contré (grand merci) l'a même traduite pour vous.

Mateo y Trasante - Cancion para renacer (1976)



Chanson pour renaître

Quand le vert de la mousse sera revenu
couvrir le mur dans la pénombre
il me faudra partir avec cette fraîcheur tenue
que j'ai tant attendue et qu’il me faudra t'apporter

Quand mes pieds nus se poseront
là où le soleil a déposé sa chaleur
il me faudra aller de ce pas nouveau
qui se fraie un chemin en quête du vers.

Quand le vent embrassera à nouveau les herbes qui poussent
il me faudra traverser les champs
à la poursuite de ce temps qui m’a emporté

Quand cela sera revenu dans le sang
et que je serai soudain éveillé,
que cela soit comme une fleur du monde
qui ramène des vies depuis la mort



jeudi 27 juin 2019

Psychédélisme dépouillé et bouleversant en Uruguay : Eduardo Mateo (1972)

Après la séparation de son précédent groupe, les El Kinto si pleins de délicatesse [voir ici], Eduardo Mateo se lance une carrière solo au tout début des années 1970. Sa consommation de drogues en tout genre atteint alors des sommets, qui fragilisent régulièrement sa cohérence psychique. On a pu le comparer à ce titre à Syd Barrett, mais s'il y a un lien profond avec la production du flamand rose cramé de Cambridge c'est surtout par le dépouillement de ses enregistrements et l'émotion qui s'en dégage. Appréciez donc pour commencer la beauté sans filtre de ce morceau :


Cependant, le psychédélisme minimal d'Eduardo Mateo est infusé d'influences sud-américaines,  surtout la bossa-nova brésilienne qu'il dote d'une fragilité sans précédent. 

"Quien te vierra"


Eduardo Mateo est un équilibriste des sensations, un musicien lunaire. Sa poésie marche sur un fil à une hauteur vertigineuse. Écrit-il une comptine pour consoler une petite fille retenue à l'hôpital, il est  capable de vous bouleverser comme personne :

"Lala"






lundi 17 septembre 2018

Uruguay : la grande délicatesse d'El Kinto (1968-1969)


En 1965, à Montevideo, ce n'est pas tellement différent de partout ailleurs : il y a des jeunes gens dont l'idée principale est de reprendre les chansons des Beatles. Ils s'appellent par exemple les Hitfingers, Los Malditos ou The Knights selon l'évolution de leurs formations. On organise des Conciertos Beat et le club de l'Orfeo Negro tourne à plein régime. En 1967, les jeunes gens prennent le nom d'El Kinto. Le candombe local fournit une touche très particulière, l'influence brésilienne tropicaliste est manifeste et chanter en espagnol est un choix excellent mais qui ne va pas de soi. Les cinq membres initiaux d'El Kinto sont Walter Cambón, Rubén Rada, Luis Sosa Antonio «Lobito» Lagarde et Eduardo Mateo (dont on reparlera [c'est ici désormais] [et puis là]). Ils ont produits quelques-unes des chansons pop les plus délicates de l'époque. Écoutez donc d'abord "Principe Azul", petit conte lunaire à souhait, grignoté par les souris du rêve :


Puis laissez-vous envahir par le mouvement sans fin de l'écume des vagues avec "Suena Blanca Espuma", qui se range immédiatement parmi les sommets de notre série "mélancolie de plage" :
 


On laisse le groupe reprendre sa place, s'installer de nouveau et on termine aujourd'hui avec "Don Pascual", un petit joyaux que vous n'oublierez pas de sitôt :