Le mec faisait de la musique dans un groupe avant (c'était le batteur d'un groupe de surf, les New Dimensions), il en fera aussi après (ce sera celui des Smokestack Lightnin') mais en 1967, il enregistre sa seule et unique galette sous son propre nom. Y figure un des hymnes longtemps perdus du garage. D'abord uniquement distribué comme disque promotionnel de l'étiquette Valiant, le morceau ne rencontra pas son public immédiatement, mais finit par se retrouver sur de nombreuses compils et par être réédité en single en 2020. C'est un des brulots les plus incendiaires de l'époque :
Après la fulgurante carrière de Music Machine dans sa composition classique - un album et une poignée de simples dont le hit incombustible "Talk Talk" dans le courant de l'année 1966 - Sean Boniwell, leur leader charismatique, se retrouve progressivement seul aux manettes pour continuer cette aventure sur le Boniwell Music Machine. Le résultat est une production assez inégale mais avec quelques pépites franchement cintrées qu'on trouve sur leur album de 1968 et que la Cellule est heureuse de vous mettre entre les feuilles ce matin.
Oui, non? - D'abord oui! Avec une satire de l'égocentrisme pleine d'énergie habillée façon baroque (c'est encore la formation originale du Music Machine qui joue ici).
Music Machine "Absolutely positively" (1968)
- Puis non! Non, c'est non!
"Affirmative No" (1968)
Et enfin, le plus klaxonnant des morceaux barges du Bonniwell Music Machine toujours sur la thématique du narcissisme exacerbé : la danse du moi à s'en faire péter les articulations.
Danser le jerk, le twist, le cha cha cha, on voit bien comment faire. Et même le chien, la purée de pomme de terre ("mashed potatoes"), le karaté, le chameau, l'alligator ou le watusi... enfin on peut se fier à son intuition et improviser ou trouver des modèles assez facilement. Mais voici qu'un groupe au nom improbable originaire de Lansing, dans le Michigan (semble-t-il) avec un seul et unique 45T à son actif, The King Louie's Court (la cour du roi Louie, avec un E), vous propose de danser "la colle" : Do The Glue. Et là, on est vraiment curieux, il faut bien l'avouer, de savoir comment vous vous en tireriez.
"I Ain't No Miracle Worker" des Brogues, est un classique garage entre tous. La Cellule vous en avez déjà entretenu là (ainsi que de la formidable reprise en italien par les Corvi). Aujourd'hui, c'est d'abord sous les jupes des Great Scots que nous allons chercher la version qui nous excite. Comme leur nom l'indique, les Great Scots sont un groupe canadien... mais de Halifax, en Nouvelle-Ecosse, tout s'explique. Précédemment nommés The Beavers et dotés d'une crête pré-punk étonnante, ils troquèrent, sous l'impulsion d'un producteur facétieux, cette panoplie minimaliste pour enfiler de merveilleux kilts d'origine douteuse garantie. Cela ne les empêcha pas de produire une musique hyper-tonique bien propre à dégeler vos sous-vêtements (si vous en portez évidemment).
The Great Scots "I Ain't No Miracle Worker" (1966)
Mais ne nous éternisons pas en terre anglo-saxonne et reprenons la route des adaptations exotiques. Il ne s'agit pas cette fois-ci d'une reprise proprement dite mais le thème est le même de toute évidence. Il ne s'agit plus d'être un travailleur miraculeux mais un gladiateur et nous sommes en Tchécoslovaquie cette fois-ci car, voyez-vous, c'est partout un peu pareil : il est assez difficile de répondre aux attentes démesurées. Et puis, non, n'insistez pas, Václav Neckář (le chouchou tchèque de la Cellule) refuse obstinément de faire de la gonflette.
Václav Neckář "Nejsem gladiátor" (1971)
Comme souvent, ça vaut le coup de faire marcher google translate (erreurs y compris). Regardez ce que ça donne :
Je ne suis pas Lamzelezo, ni Hercule.
Le temps est un temps sans temps.
Ils disent que ça ne vous dérange pas
que je fasse beaucoup d'erreurs.
A vos yeux, je ne suis tout simplement pas du tout du genre.
Je devrais être un héros et un bagarreur,
mais je suis juste un dormeur passionné.
J'écoute tes raisons
comme me jeter aux lions.
Je ne suis pas un gladiateur,
je ne suis pas un gladiateur
et je n'ai pas de lance ou de bouclier
et la bête j'en aurais probablement un peu peur.
Je ne suis pas un gladiateur,
je ne suis pas un gladiateur,
si tu le veux juste,
alors peut-être aller à un bal costumé.
Je ne serai plus jamais astronaute.
Si je commençais à boxer,
j'assommerais tout de suite,
Je ne suis tout simplement pas l'idéal
des rêves de tes filles,
j'ai juste mal à la gorge,
je vais succomber tout de suite
Je devrais être un héros et un bagarreur,
mais je suis juste un dormeur passionné,
J'écoute tes raisons
comme quand un lion me jette.
Pas de bol! On peut dire que certains n'ont pas de chance. Prenez George Kinney d'Austin, par exemple, Voilà un gars qui aurait dû se faire une jolie réputation par sa contribution à la vie pleine de sève de la scène psyché-garage texane des sixties.
Ami de Roky Erickson, son camarade de classe, un temps dans le même groupe, les Fugitives, à leurs dix-sept ans, George avait suivi l'évolution du groupe le plus aventureux de la région (et de toutes les régions). Le sien, Golden Dawn, se mit aussi à jouer, en 66 un rock cintré et habité, d'une eau très voisine à celle de leurs camarades du 13th Floor Elevator. Evolution ne déparerait certainement pas sur un de leurs disques, avec ses clochettes tirées d'où ne sait quel noël sous acide en place de la divine cruche électrique:
Golden Dawn "Evolution" (1967/1968)
Les choses avaient pourtant commencé à ne pas trop mal se goupiller. Roky Erickson leur avait trouvé un label et, en 1967, ils enregistrent leur seul et unique opus, Power Plant, dix titres bourrés d'énergie dissonante et de théories fumeuses.
Golden Dawn "My Time" (1967/1968)
Le hic, c'est qu'au lieu de sortir immédiatement la galette, le label fait de la rétention et garde le corpus delicti de longs mois dans ses cartons. Quand, Power Plant paraît enfin. Cela fait déjà un an que Easter Everywhere, le disque jumeau du Thirteenth Floor Elevator est sorti. Golden Dawn apparaît alors comme un groupe de suivistes opportunistes. "ça nous a tué! C'est comme dans un scandale sexuel, l'accusation suffit à vous discréditer", se souvient George Kinney (voir son interview ici). C'était injuste, si les Elevators étaient bien les pionniers, Golden Dawn venait juste après. Le groupe ne s'en est pas remis. Il avait pourtant produit au moins une bombe parmi les plus explosives du genre :
Golden Dawn "Starvation" (1967/1968)
George Kinney n'en resta pas moins ami de Roky Erickson, écrivit des romans, puis après la réédition de l'album maudit relança le groupe en 2005, mais c'est une autre histoire. Toute en sourdine.
On commence à le savoir. Le groupe ultime de la vague garage n'a pas déferlé sur les plages de l'Oregon ou de la Californie mais bien plus au sud du côté de Lima, où quatre jeunes gens ont composé en tout et pour tout six singles entre 1965 et 1966 qui représentent la quintessence de la sauvagerie pré-punk! Los Sa(d)icos débutent sur les chapeau de roue. Écoutez donc leur premier 45.
"Come On" sur la face a
"Ana", en retournant la galette
Et puis quelques mois plus tard, le tube inévitable : "Demolicion"
Voilà, vous avez là déjà un quart de la discographie des Saicos, mais tout est indispensable!
"Des molaires, des molaires, des molaires", vous crie le dentiste dément qui a mangé le disc jokey!
On reste sous le signe rose des productions du label Piranha record, dont on ne cesse de louer les merveilleuses productions dédiées aux guitaristes du Botswana. Le héros du jour a une technique légèrement plus classique que ses collègues mais cette fois-ci l'électricité est branchée et, accrochez-vous, vous êtes sur le point de découvrir la perle garage lo-fi la plus décoiffante depuis des années et aussi un as de la mise en scène élémentaire (grâce aux vidéos de Bokete7) :
"Tika Molamu" (vidéo datée de 2013)
"Kgomo" (vidéo dater de 2018)
Et l'imparable "Gladys" (vidéo datée de 2013)
Les enregistrements de Piranha Record ont un excellent son. Il faut vous les procurer!
Aujourd'hui, je n'ai pas le choix : ce sera le morceau qui me trotte dans la tête depuis le début de la matinée, un classique entre les classiques du garage. Si vous voulez savoir plus précisément qui sont les Remains, allez voir là : le topo est tout à fait consistant. Pour ma part, je me contente de leur embrayer le pas et de courir à perdre haleine sans plus me retourner.
Aujourd'hui, journée de reprise. Ce sera donc d'abord l'originale créée par les Brogues en 1965, du côté de la Californie, puis l'imparable version des Corvi l'année suivante. N'épiloguons pas plus longtemps : sur le devant de la scène, il y a des merveilleux travailleurs (qui doutent d'eux-mêmes) et aussi des garçons des rues.
Comme la plupart des groupes beat du monde, les chiliens de Los Beat 4 passent beaucoup trop de temps à soigner leur allure. On leur pardonne parce que leurs morceaux de 1968 balancent exactement l' énergie dont on avait besoin aujourd'hui. Faîtes comme nous, suivons-les sur leur île solitaire :
De l'autre côté des Andes, c'est en 1965 que les Chats Sauvages locaux impriment leur marque au garage argentin. Donde vas? On ne sait plus très bien...
Grimpons maintenant sur les hautes terres boliviennes pour faire la rencontre des Tennyson qui ajoutent une touche psychédélique à notre périple du jour et aussi énergie plus déterminée, il faut bien le dire.
Les Trois titres sont issus de la formidable compil " 60's Latinos Nuggets" que vous trouverez sur le blog Radio Gwreg, que l'on salue bien bas.
Partie d'Angleterre, prenant un nouvel élan aux States, la vague garage rock n'a pas tardé à déferler sur le monde entier. Dans le cône australe du continent noir, c'est naturellement l'Afrique du Sud reliée à l'anglosphère qui lui a servi de tête de pont. Si personne ne sera vraiment étonné de voir émerger un garage sud-africain, l'existence d'un garage mozambicain ou angolais est sans doute moins évidente. La Cellule vous propose aujourd'hui un parcours à travers les nuggets africaines réunies sur la compil Cazumbi (vol. 1).
Commençons avec de vieilles connaissances du blog, le Conjunto de Oliveira Muge, groupe mozambicain que nous avons déjà présenté ici, qui reprenden 1967 un grand classique. "I Had To Much To Dream Last Night" des Electric Prunes devient "Sospesa Ad Un Filo" sans perdre un poil de son inquiétante étrangeté :
L'étape suivante nous amène en Afrique du Sud, où des jeunes gens ont choisi un nom de groupe particulièrement peu distinctif. On ne sait rien ou presque des Them sud-africain mais ils ne manquent pas d'énergie et vous racontent une histoire triste de ruine financière :
Passons enfin en Angola où sévissent les excellents Os Gambuzinos qu'on aime tant qu'on vous offre à la fois Aida (peut-être de 1969) :
Dans le prolongement de sa toute nouvelle campagne anti-neurasténique, la Cellule vous propose aujourd'hui un cocktail hautement énergique avec les Soledad Brothers. Ces frères-là viennent de l'Ohio et ont gravité un temps dans l'orbite des White Stripes. Jack White est d'ailleurs présent sur ce morceau qu'on retrouve aussi sur une compil du label Sympathy For The Record Industry. La formule est basique : rockabilly cintré à la Suicide + puissance blues-rock + grain garage + apologie explicite du sexe féminin. La nuance et l'élégance, ce sera pour un autre jour, les amis : aujourd'hui juste de l'excitation pure!
Le groupe indonésien Dara Puspita se démarque des autres groupes asiatiques des années soixante : c'est le seul groupe de la région à ne compter que des femmes, qui composent et jouent leurs propres chansons. Fuyant le régime de Sukarno qui assimilait le rock à une influence occidentale néfaste, elle font leur armes à Bangkok avant de retourner en 1965 enregistrer sept albums, tous excellents. La douceur de la langue indonésienne semble toute indiquée pour chanter leurs chansons pop et énergiques.
Y-a t-il deux groupes appelés "los Teen Agers"? Un colombien et un argentin? Ou s'agit-il d'une même formation à géométrie variable de quatre à sept membres ? Cumbia-twist ou garage-sud américain? Nos enquêteurs sont sur le coup, ce qui ne nous empêche pas de vous souhaiter de buenas fiestas!
Comme l'année dernière, la Cellule d'Écoute est fière de vous offrir son calendrier de l'avent : tous les jours une chanson de noël, et le 24 au matin, une compilation à glisser sous le sapin.
Pour ceux qui l'avaient raté, voici la précédente édition : le Twist du le Père Noël. Elle regroupe des chansons saisonnales par Darlene Love et la Bolduc, les Sonics et Mighty Spoiler, Marcel Martel et Robert Wyatt...
On commence le calendrier à bloc avec un morceau contre noël !
Genre d'équivalent canadien des Charlots, les Cyniques sortent leur premier single en 1968, en pleine Révolution Tranquille, un rock garage railleur intitulé Nôwell.
Merci bien au blog Psychébélique pour la trouvaille.
ԱՐԱ, en alphabet arménien, ou Ara, en transcription latine, n'est certainement pas un chanteur très connu. C'est un Libanais de la communauté arménienne du pays et avant la guerre civile (vers 1968, je dirais), une mode féminine affolante lui a inspiré ce disque de garage déjanté vantant les mini-midi-mini-maxi-micro jupes. Il y a un peu de français et un peu d'anglais (ou de franglais) aussi dans son arménien, mais pas suffisamment pour que je vous en dise beaucoup plus, Pour un mini-mini-micro complément d'information, allez voir Radiodiffusion Internasionaal Annexe, un des blogs le plus incroyables, consacré à la face méconnue de la musiques pop en Afrique et en Asie.
Sur le blog Highlife Haven, plein de super musique ghanéenne et cette surprise : un morceau de highlife/psyché garage. Sans aucun doute le morceau du mois.