Allez, c'est la rentrée : on se débouche les oreilles avec un musicien mozambicain du nom d'Aurelio Kowano dont on trouve cinq rares enregistrements merveilleusement chahutés sur une compilation dédiée à la tradition guitariste locale. On connaît cette perle rare qui illustre le genre du marrabenta grâce aux recherches du grand musicologue Hugh Tracey qui posa son matériel de prise de son aux alentours de Maputo vers 1956. Mais voici un échantillon pour vos oreilles curieuses.
Partie d'Angleterre, prenant un nouvel élan aux States, la vague garage rock n'a pas tardé à déferler sur le monde entier. Dans le cône australe du continent noir, c'est naturellement l'Afrique du Sud reliée à l'anglosphère qui lui a servi de tête de pont. Si personne ne sera vraiment étonné de voir émerger un garage sud-africain, l'existence d'un garage mozambicain ou angolais est sans doute moins évidente. La Cellule vous propose aujourd'hui un parcours à travers les nuggets africaines réunies sur la compil Cazumbi (vol. 1).
Commençons avec de vieilles connaissances du blog, le Conjunto de Oliveira Muge, groupe mozambicain que nous avons déjà présenté ici, qui reprenden 1967 un grand classique. "I Had To Much To Dream Last Night" des Electric Prunes devient "Sospesa Ad Un Filo" sans perdre un poil de son inquiétante étrangeté :
L'étape suivante nous amène en Afrique du Sud, où des jeunes gens ont choisi un nom de groupe particulièrement peu distinctif. On ne sait rien ou presque des Them sud-africain mais ils ne manquent pas d'énergie et vous racontent une histoire triste de ruine financière :
Passons enfin en Angola où sévissent les excellents Os Gambuzinos qu'on aime tant qu'on vous offre à la fois Aida (peut-être de 1969) :
J'ai visionné il y a peu le film de Miguel Gomes, Tabu ; un film qui peine à démarrer avant de devenir fascinant quand l'action se déplace du Lisbonne d'aujourd'hui vers le Mozambique des années 60. Comme l'on sait le Mozambique et l'Angola ont connu de terribles guerres de libération dans les années 70 avant de subir des guerres civiles encore plus meurtrières (pas moins de 20% de la population succomba durant deux décennies absolument furieuses). Peu de temps auparavant, l'empire portugais avait connu un court et tardif âge d'or. La dictature de Salazar avait alors conçu le projet de faire fusionner la maigre métropole européenne avec ses prometteuses colonies et se lança dans une fuite en avant desespérée, envoyant des centaines de milliers de colons en Afrique pour réaliser cette extension outre-mer à complet contre-courant de la vague de décolonisation contemporaine. Avant que les choses ne tournent définitivement mal, les Portugais expatriés purent croire pendant quelques années à cette aventure utopique sans équivalent. C'est leurs rêves fracassés que revisite Miguel Gomes dans son film en noir et blanc. Mais arrêtons-nous là pour ce qui est de l'histoire et du cinéma...
Si la Cellule évoque ce film, comme vous vous en doutez, c'est surtout pour sa bande son : une réussite absolue qui rend puissament les émotions contradictoires d'une époque. La grande découverte est le Conjunto de Oliveira Muge, un orchestre formé par ces récents expatriés des 60's (il existe une page fb à aller voir). Le groupe se distingue par une pop mélancolique d'une grande ingénuité. La chanson utilisée dans le film est une reprise d'un morceau italien, "Cosi Como Viene".
Sur le même single de 1967, on repère une reprise des Electric Prunes et dans la B.O, Mickey Gilley et les Ramones spectorisés de "Baby I Love You", morceau radicalement à sa place comme vous pouvez voir dans cet extrait.