C'est d'abord une exception dans la discographie des Dogs : un morceau en français. Il est un peu perdu sur un 45 T de 1984. Mais il n'est pas mal du tout. Écoutez donc cette version live.
Dogs - Mon cœur bat encore (1984)
Mais, c'est de l'autre côté, sur la face B, que se situe l'euphorisant le plus puissant : une collaboration avec les Calamités, les inoubliables filles de Beaune, consistant en une reprise ultra-vitaminée de Ohio Express, 36 coudées au-dessus de l'original.
Les Dogs et les Calamités - Down at Lulu's (1984)
Sur l'histoire des Calamités, allez voir ici : tout y est dit ou presque à l'occasion de l'indispensable réédition de leurs morceaux chez Born Bad.
Parmi tous les confetti insulaires de l'océan Pacifique, la Cellule n'avait pas visité l'île de Guam plus connue pour les combats qui y eurent lieu durant la Seconde Guerre Mondiale que pour ses musiciens. Un peuple austronésien, celui des Chamorros, s'y installa il y a 3500 ans, Magellan visita l'île dès 1521 et l'ère coloniale espagnole dura jusqu'en 1898, date à laquelle l'impérialisme américain supplanta l'impérialisme ibérique. De toutes ces strates, peu de choses subsistent dans le morceau que nous vous proposons qui semble directement issu de la fin des 60's en Californie. La chanson constitue la face B d'un 45T extrêmement obscur sorti en 1977. On a pu la découvrir grâce à une des dernières compilations, très recommandable, de l'étiquette Tramp intitulée Hopes And Dreams: Rare & Unreleased Psych-Soul Nuggets from the 1970s
Guamanian Frankie & The Karter's Peanut Organization - Excuse Me Friend[1977]
N'hésitez pas à braver l'orage tropical pour écouter cette pépite mélancolique.
On a trouvé trace de l'énigmatique Guamanian Franckie, qui se nomme Frank Sanchez doté d'une page FB et d'une fiche sur le Guampédia : on lui doit un album en 1981 ; il est aussi tenu pour l'inventeur d'un nouvel art martial, le San-Jitsu, apparemment inspiré du ju-jitsu et des techniques de combat chamorros.
Nous sommes au cœur de l'Amazonie péruvienne, à Iquitos à la fin des 70's. La cumbia la plus entêtante se projette dans le vide des espaces infinis sous l'égide de Raúl Llerena Vásquez, alias Ranil, maître des combinaisons psychédéliques les plus improbables. Surf tropical et wah-wah polaire, aucun mélange ne nous effraie. Vive Ranil et son orchestre Tropical!
Ranil y su Conjunto Tropical - Vuelo a Saturno [1978]
Il y a quelque chose de glacial dans cette musique équatoriale. Malgré les milliers de kilomètres, le chaud-froid de la musique de Ranil me fait penser à celle du Super Mama Djombo, pas vous?
Analog Africa qui avait sorti une merveilleuse compilation de Ranil en 2020 (on y trouve le morceau ci-dessus), vient de réitérer. Chaudement recommandé!
Il y a peu de choses aussi âpres, aussi amères que les morceaux et l'inspiration de Markos Vamvarakis (1905-1972), un des plus grands joueurs de bouzoukis grecs souvent considéré comme le patriarche du rébétiko. Il y a peu de choses aussi puissantes musicalement non plus. Son autobiographie composée à partir d'entretiens à la fin des années 1960 a été traduite récemment en français chez les Fondeurs de briques. Lecture fascinante mais éprouvante car rien n'a été lissé ici et surtout pas les récriminations de Markos contre ses concurrents ou les femmes, et ce coureur de jupons invétéré en a connu beaucoup... Venu de l'île de Syros, Markos s'installa à Athènes où il travailla notamment dans les abattoirs avant de se consacrer plus exclusivement à l'art du bouzouki et de la défonce dans les tékés du Pirée. Jalousie, haschich, désespoir, sont les thèmes de ses chansons ; "chansons de chagrin" que Markos affectionne et qu'il compose souvent au plus profond de la mélancolie. Ses premiers enregistrements sont séminaux. "Les années 1930, pour moi, c'est une période dorée. C'est là que j'ai composé mes plus grands morceaux. Mon seul ennui, c'était mes déboires avec ma première femme. J'avais un chagrin terrible, qui m'a rongé pendant des années. Même si moi, le chagrin, ça m'aide dans mon travail, parce que quand je suis triste, j'écris mieux, plus facilement. Sachant qu'à côté de ça, j'étais constamment défoncé" (p. 261). Écoutez donc ce morceau enregistré en septembre 1935 pour Columbia avec son rythme lancinant marqué par le frottement du komboloï contre un verre.
Markos Vamvarakis - η γυναίκα μου ζηλεύει (ma femme est d'un jalousie) [1935]
Pas de répit, avec cette chanson enregistrée en janvier 1935.
Markos Vamavarakis - πειραιώτικος μανές (είναι πικρός ο θάνατος) (la mort est amère) [1934]
L'autobiographie de Markos se recommande pour la traduction des morceaux et l'insertion d'un merveilleux CD reprenant le disque réédité par Mississippi Records, impeccable comme toujours. Elle est dédiée à la mémoire de Marc Tomsin pour lequel on a une pensée.
C'est peu de dire que Mississippi Records nous gâte avec ses rééditions de musique africaine (entre autres merveilles dénichées). En ramenant à la surface une très belle sélection de titres d'Alick Nakhta (1922-1978), c'est à l'ambiance des années précédant l'indépendance de la Zambie que l'étiquette nous fait gouter avec une formidable qualité du son, inconnue des compilations antérieures. Alick Nakhta fut la figure majeure de la radio nationale et un pionnier de la production musicale à Lusaka après des débuts comme assistant d'Hugh Tracey, le Lomax de l'Afrique australe et de l'est (pour un aperçu biographique, voyez par exemple ici). La musique est à la fois moderne (influencée par le jazz, les harmonies pop comme par la country) et ancrée dans les traditions locales, bemba en particulier. Le mélange n'est pas très éloigné de ce que l'on produisait en Afrique du sud à la même époque. Difficile de trouver plus joyeuse façon d'entamer le mois de mai. Voici donc trois titres pour réguler l'équilibre de vos humeurs peut-être altéré par le chaos environnant et grimper au moins un moment au niveau "au beau fixe" de votre baromètre personnel.
Le morceau se trouve sur cette merveilleuse compilation que l'étiquette Dust-to-Digital a concocté à partir d'enregistrements 78 tours des années 1920 à 1950 récoltés à travers toute l'Asie du sud-est. On dit le livret prodigieux mais comme je n'ai jamais eu accès à ce coffret que par ce ce que Bandcamp permet d'en connaître, je n'en parle que par ouï-dire. Quant au morceau, je ne peux vous donner que des informations minimales à son sujet, c'est-à-dire qu'il s'intitule "Phleng Boran" et qu'il est joué par l'ensemble Sak Som Peo, originaire du Cambodge.
Si ce morceau m'a tant intrigué au milieu de cet ensemble dépaysant, c'est qu'il me rappelait quelque chose de beaucoup plus familier. Ces flûtes (sont-ce bien des flûte d'ailleurs?) me semblaient parentes extraordinairement proches de celles qu'on fait sonner en Irlande, vous ne trouvez pas vous aussi?
Je vous mets un morceau des Pogues, comme par hasard, pour comparer.
The Pogues - Streams of Whiskey [1984]
On parle régulièrement de plagiat par anticipation sur ce blog, on pourrait tout aussi bien parler ici de plagiat commis sur des planètes différentes. On peut aussi dire le Cambodge, c'est l'Irlande et vice-versa!
Nous sommes vraisemblablement en 1950 (l'enregistrement ne sortira qu'en 1970) et les bruits de bottes persistants sur fond d'apocalypse nucléaire inspirent à Lightnin' Hopkins ce morceau qui résonne bizarrement dans notre époque, alors que les grands démâtés ont pris le gouvernail et que la guerre revient faire son nid dans nos vies.
Lightning Hopkins "War News Blues" [1950]
Quand tu ouvres la radio tôt le matin, des mauvaises nouvelles tous les jours
Oui, j'ai été prévenu les ennuis arrivent
Les pauvres petits enfants viennent en courant et pleurent : "Whoaa, maman, maman, qu'est-ce qu'on doit faire maintenant?"
"Oui", répond-elle "Il ne reste plus qu'à prier, les enfants, la même chose arrivent à maman aussi"
*
Je vais me creuser un trou, au matin, le creuser bien profond dans la terre
Comme ça, s'il arrive qu'une bombe tombe à côté quelque part
Je n'entendrais pas l'écho quand ça pètera.
You may turn your radio on soon in the morning, sad news every day
Yes, you know I got a warning trouble is on its way.
Poor children running, crying, “Whoa, mama, mama, now what shall we do?”
“Yes,” she said, “You’d better pray, children, same thing is happening to mama too.
I’m gonna dig me a hole this morning, dig it deep down in the ground
So if it should happen to drop a bomb around Somewhere
I can’t hear the echo when it sounds.