Parce qu'on sent bien que le processus de dislocation de ce que l'on avait pris l'habitude d'appeler l'Occident va être long et pénible, engloutissant sans doute beaucoup de choses belles et précieuses... Il faut se mettre un peu de courage au cœur, en écoutant, par exemple, le merveilleux Jimmy Reed qui ne perd jamais la pulsation du rythme même dans l'obscurité :
Carte postale inattendue d'une destination que la Cellule n'avait encore jamais visitée : l'Estonie soviétique. Quelques musiciens dont la célébrité n'a jamais dépassé le rideau de fer y déploient durant les 70's une perfection de groove qu'on ne savait pas pouvoir se loger dans la petite république balte.
D'abord, deux groupes, Collage et Apelsin, s'associent pour réanimer une chanson du folklore local avec parfaite classe. Nous sommes en 1977.
Ensuite un instrumental incroyable de 1973 par l'orchestre de la radio et télévision estonienne ; ç'aurait pu être le générique d'une série trépidante, mais le morceau est resté dans un placard jusqu'à son exhumation il y a deux ans par l'étiquette Funk Embassy.
Le label Canary Records a eu la brillante idée de rassembler un ensemble de morceaux enregistrés par des labels hawaïens indépendants et gravés sur des galettes 78 tours dans l'immédiat l'après-guerre (entre 1945 et 1956). Tout est bon, tout est parfaitement inconnu. Écoutez donc cet échantillon :
Vicki Il & Hooheno Serenaders - Hanauma (1956)
Et filez là en vitesse pour écoutez le reste et soutenir cette généreuse entreprise.
Nous sommes en 1957 et une escouade de très jeunes hommes au sex-appeal abrasif est en train de faire flamber depuis au moins trois ans un des plus excitantes épidémies de la musique populaire. Le feu est si vif que quelques vieilles branches de la country s'y laissent prendre. C'est le cas de Cecil Campbell, grand virtuose de la steel guitar et du style hawaïen qui à 46 ans peut passer pour une vénérable antiquité bluegrass. La tentative rock'n'roll de cet as du western swing ne conquit jamais un immense public et Cecil Campbell mit d'ailleurs un terme provisoire à sa carrière l'année suivante, elle n'en laissa pas moins comme trace une petite merveille malicieusement surannée dès sa sortie en 1957. La Cellule est heureuse de vous faire découvrir ce morceau délicieux où crise de la quarantaine et fièvre adolescente se confondent pendant 2 minutes 30.
Cecil Campbell "Rock'n'Roll Fever" (1957)
PS : pour en savoir plus sur Cecil Campbell, n'hésitez pas à aller voir là.
Monté à Paris depuis Marseille en 1922, Médard Ferrero (1907-1972) est un prodigieux virtuose qui se partage entre le classique (il interprète aussi Liszt, Saint-Saens, Rachmaninoff, Brahms ou Rossini) et le musette. Il deviendra un pédagogue respecté, réputé pour son intransigeance. En 1932, il grave quelques faces parmi les plus étourdissantes de l'accordéon musette. Comment ne pas rester ébaubi par les tours de force du "champion international de l'accordéon" ? On vous en laisse juger :
Nous sommes à Paris le 28 septembre 1938 et le Gus Viseur's Music - c'est le nom de la formation en perfectangliche - est d'attaque pour graver un morceau du genre spécial cosigné par l'accordéoniste belge Gustave-Joseph Viseur (1915-1974) et par Pierre 'Baro' Ferret (1908-1976), guitariste manouche d'origine espagnole, grand. disciple de Django Reinhardt. Derrière Gus et Baro, deux autres guitaristes de la famille de ce dernier, son jeune frère Jean 'Matelo' Ferret et son cousin René 'Challain' Ferret, ainsi que le bassiste de Gus, Maurice 'Momo' Speilleux. Ainsi vent et cordes, musette et jazz manouche (avec un fort parfum d'Espagne) se trouvent réunis pour convoler en union libre et merveilleuse quoiqu'un peu inquiétante aussi.
Gus Viseur's Music "Wind and Strings (Andalousia)" (1938)
Le morceau est un des sommets du 4e album de Mink DeVille, produit par Jack Nietzche. Il a été écrit à une date indéterminée dans les années 70 par un duo de songwriters ayant tous deux scandaleusement peu enregistré pour leur propre compte après avoir fait les beaux jours des studios de Muscle Shoals, Eddie Hinton et Dan Penn. Est-ce la raison qui a poussé Mink DeVille à en donner une version où l'on croit entendre chanter un hybride de ces deux immenses absents? Écoutez donc :
Mink DeVille "Help Me Make It" (1981)
Et si vous voulez comparer, voici la version du merveilleux Eddie Hinton - une démo de 1980 sortie en 2004 sur la deuxième des indispensables compilations Zane :
Eddie Hinton "Help Me Make It (Power Of A Woman's Love)" (1980)
Dan Penn n'a pas enregistré le morceau (et d'ailleurs il n'en est pas crédité, c'est Tony Rounce qui révèle cette attribution dans les notes de pochettes de l'excellente compilation consacrée au répertoire d'Eddie Hinton "Cover Me" chez Ace, 2018) mais si vous voulez vous faire une idée de sa voix, voici un échantillon délectable (même s'il faut bien reconnaître que Dan Penn n'est pas un interprète aussi génial qu'Eddie Hinton) :